Témoins du Christ dans le monde

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Catéchèse de Mgr Ricard aux JMJ, vendredi 19 août 2011 - Nous sommes invités à réfléchir aujourd’hui sur le témoignage, sur cet appel qui nous est fait d’être témoins du Christ dans le monde. Ma catéchèse sera très simple. Elle vise à répondre à une triple question : témoigner, pourquoi ? Pour qui ? Comment ?

I – Une mission confiée par le Christ

D’abord, pourquoi témoigner ? Pour certains, la foi est de l’ordre des convictions intimes qui ne regardent que soi. Chacun a ses opinions. Il faut savoir se respecter. Ils ne voient pas pourquoi il faudrait témoigner. Nous rencontrons assez souvent autour de nous cette façon de voir. Pourtant, nous sentons bien que cette découverte et cette expérience du Christ sont une richesse que nous ne pouvons pas garder pour nous tout seuls. Je ne peux pas avoir découvert une source et m’y être désaltéré sans la faire connaître à tous ceux qui sont assoiffés. D’ailleurs, dans la vie courante, des gens qui sont passionnés par quelque chose (la musique, la peinture, le sport, la politique…) ne peuvent pas s’empêcher de faire partager cette passion aux autres. De plus, quand on aime quelqu’un, on a envie d’en parler, de le ou de la faire connaître. Il en va de même pour la foi qui est une relation d’amitié, une relation d’amour.

Quand on aime quelqu’un, on a envie d’en parler, de le ou de la faire connaître

D’ailleurs, dans l’Evangile il est beaucoup question d’annonce, de Bonne Nouvelle, de témoignage. Le premier témoin, c’est le Christ lui-même. Remarquons que par deux fois le livre de l’Apocalypse l’appellera : « Le Témoin fidèle ». En effet, Jésus  annonce une Bonne Nouvelle, celle d’un Dieu qui vient à la rencontre de l’homme, qui lui offre son amour, qui lui communique sa vie afin que la vie de l’homme en soit elle-même transformée. Et Jésusassocie des disciples à cette annonce. Ce sont d’abord les Douze (Lc 9, 1-6), puis les 72 à qui Jésus demande : « Dans quelque ville que vous entriez et où l’on vous accueillera, mangez ce qu’on vous offrira. Guérissez les malades qui s’y trouveront, et dites-leur : « Le Règne de Dieu est arrivé jusqu’à vous » » (Lc 10, 8-9). Après la Résurrection, Jésus va envoyer ses disciples pour être témoins de sa résurrection, de sa parole, de son message de salut : «’Comme le Père m’a envoyé, à mon tour, je vous envoie’. Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et leur dit ‘Recevez l’Esprit Saint’ »  (Jn 20, 21) ; « Vous allez recevoir une puissance, celle du Saint Esprit qui viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8).

Mais les disciples ne sont pas envoyés comme les fondés de pouvoir d’un homme qui aurait disparu, comme les répétiteurs de l’enseignement d’un défunt. Ils sont les serviteurs duChrist Ressuscité qui se rend présent en eux par son Esprit. Vous avez d’ailleurs remarqué que dans les deux citations d’envoi en mission, il est fait chaque fois référence au don du Saint Esprit. A travers ses disciples, c’est le Christ ressuscité qui se rend présent au monde, qui s’adresse aux hommes des différentes générations, qui vient à eux avec ses actes de salut. A travers son Eglise, Jésus se donne un corps dans le monde et vous comprenez pourquoi Saint Paul dira aux Corinthiens : « Vous êtes le corps du Christ». Ces mains du Christ qui bénissaient, relevaient, guérissaient, accueillaient, ce sont aujourd’hui les mains des chrétiens. Les paroles du Christ qui révélaient l’amour du Père, dénonçaient le mal, pardonnaient, ce sont les paroles des chrétiens. Le cœur du Christ, c’est le cœur de chaque chrétien. Cela veut dire que Jésus s’en est remis totalement à nous pour se rendre présent au monde, qu’il n’a pas d’autre visibilité que celle que nous en manifestons. Jésus s’en remet à nous. Il remet entre nos mains son Evangile. Il s’en remet à notre responsabilité pour signifier sa présence. C’est là l’urgence et la grandeur de la mission que le Christ nous confie aujourd’hui.

La mission n’est pas réservée à certains spécialistes, à ceux qui ont un tempérament pour cela. Tout chrétien est appelé à la mission par le Christ. Chaque baptisé, chaque confirmé, chaque participant à l’Eucharistie est invité à témoigner du Christ. Le Seigneur passe par lui. Oui, le Seigneur passe par nous.

II – Dans un monde où l’Evangile doit être annoncé à nouveaux frais

 

Après la question : « Pourquoi témoigner ? », vient la question : mais témoigner auprès de qui ? Dans quel environnement ? Comment apparaît le monde dans lequel nous vivons et dans lequel nous avons à témoigner ?

Nous vivons dans nos pays d’Europe occidentale au sein d’une société ambivalente. D’un côté, nous constatons un réel décrochage vis-à-vis, non seulement de l’Eglise mais même de la foi chrétienne. Des générations vivent en dehors de toute référence religieuse. Je pense à certains jeunes. Alors que leurs grands-parents étaient catholiques, eux, n’ont été ni baptisés, ni catéchisés. On constate que bien des couples qui se présentent pour le mariage n’ont eu jusque là aucune catéchèse ni aucun contact avec la foi. Il y a une perte de mémoire et de culture religieuse, même pour des choses qui paraissent élémentaires ou qui appartiennent à la culture générale (cf. la jeune fille qui ignorait…qui était la mère de Jésus !). La référence à Dieu marque de moins en moins nos sociétés sécularisées. Nous constatons une indifférence vis-à-vis de la foi, un athéisme pratique (parfois théorique) qui peut  parfois côtoyer la participation à tel ou tel rite chrétien. Nos sociétés sont de nouveau à évangéliser. Jean-Paul II puis Benoît XVI, d’ailleurs, ont parlé de la nécessité d’une « nouvelle évangélisation ».Le prochain Synode romain de 2012 sera justement consacré à l’urgence de cette nouvelle évangélisation.

 

Mais notre société n’est pas simplement sécularisée et souvent ignorante de la religion chrétienne, elle a aussi un contentieux avec son passé chrétien, un contentieux avec l’institution ecclésiale. L’Eglise et plus largement le christianisme sont vus dans certains milieux comme ennemis de la liberté de l’homme, ennemis de son épanouissement, toujours opposés à l’évolution des mœurs. Les croyants sont alors taxés de « conservateurs », d’attardés, de rétrogrades,  de « ringards »…( « Tu crois encore à ça ! Tu en es encore là ! »). Un certain nombre de médias relaient ce discours qui semble être un des lieux communs d’une pensée convenue. Sans oublier la dérision qui est parfois utilisée quand on parle de l’Eglise ou de sa hiérarchie. Cela a comme conséquence qu’un certain nombre de chrétiens, de catholiques en particulier, surtout des jeunes, n’osent pas affronter cette situation. Souvent minoritaires, ils ont peur d’être confrontés à la moquerie de leurs camarades, à l’incompréhension ou à la dérision de leur environnement. Ils ne veulent pas se singulariser, surtout à un âge où on a besoin de vivre l’appartenance à un  groupe (de copains par exemple). Je pense à cette réflexion entendue par une fille à qui sa camarade musulmane avait dit un  jour : « On a l’impression que vous, les jeunes chrétiens, vous avez honte de votre religion, alors que moi, je suis fière d’être musulmane ! ». Cette réflexion avait été le déclic de toute une prise de conscience chez cette fille chrétienne et l’avait amenée à demander puis à préparer sa confirmation. Si on a honte d’être chrétien, on comprend qu’on aura alors beaucoup de mal à témoigner de sa foi. On se taira comme des chiens muets !

D’autant plus, que notre société est rétive à tout prosélytisme, c'est-à-dire à toute entreprise de conversion qui ne semble pas respecter la liberté des personnes. Le relativisme ambiant amène beaucoup à penser que chacun a ses convictions, son jardin secret, qu’il a bien le droit de penser ce qu’il veut et que chacun doit être respecté. Toute conviction forte exprimée à un autre semble alors une intrusion indue dans le domaine intérieur de celui-ci. Beaucoup de catholiques sont marquées par cette façon de voir et sont absolument muets en ce qui concerne leur foi et le témoignage de cette foi.

Pourtant tout n’est pas dit par la description précédente, si pertinente soit-elle. Tous nous faisons l’expérience que les gens aujourd’hui, même loin de la foi chrétienne, ne sont passans questions ni sans interrogations. Nous sommes abordés, questionnés, même à des moments où nous ne nous y attendons pas. Il y a une curiosité qui s’exprime, une volonté de savoir, de découvrir. Je suis frappé de voir que l’approche culturelle (par l’architecture, la musique..) a été pour certains une porte d’entrée dans la foi. Et même, comme le dit l’expression courante : « un train peut en cacher un autre » : parfois, une attaque, une critique, peut cacher un désir masqué. Il vaut mieux parfois un adversaire, au moins un adversaire apparent, qu’un indifférent. De plus, bien des gens ont envie de parler, de se confier, cherchent des réponses à certains grands moments de la vie. De jeunes universitaires aujourd’hui en France redécouvrent avec joie la vie chrétienne et la théologie. Je pense également à tout ce qui a été vécu à Paris ces derniers mois autour du « Parvis des Gentils ». Nous ne sommes pas forcément dans un  désert spirituel.

C’est donc dans un environnement contrasté avec ses défis et ses chances que nous avons à vivre cette mission que le Christ nous confie d’annoncer la Bonne Nouvelle de l’Evangile.

III – Etre témoins du Christ dans le monde aujourd’hui.

         (Les conditions d’un témoignage évangélique)

1)      Les trois qualités du témoin aujourd’hui

Pour moi, il y a trois qualités principales qui sont demandées au témoin du Christ aujourd’hui : la fierté, la confiance et le courage.

a)      La fierté

La fierté n’est pas l’orgueil, c’est la joie de témoigner de ce qui est beau, de ce qui est grand, de ce qui nous émerveille de ce qui nous a été donné gratuitement. C’est la joie d’avoir un plus. Dans l’Ancien Testament, le sage « met sa fierté dans la loi de l’alliance du Seigneur » (Sir. 39, 8). Saint Paul est fier d’appartenir au Christ (2 Cor. 10 et 11). Et l’épître aux Hébreux parle de « la joyeuse fierté de l’espérance » (Heb. 3, 6).

Nous avons à retrouver la fierté d’être chrétiens, la fierté d’être disciples de quelqu’un comme le Christ, d’être aimés par ce Dieu passionné de l’homme, d’avoir la lumière et le sel de l’Evangile. Nous n’avons pas à rougir de notre foi. C’est ce que Saint Paul demande à Timothée, son « enfant bien-aimé » : « C'est pourquoi je t'invite à raviver le don spirituel que Dieu a déposé en toi par l'imposition de mes mains. Car ce n'est pas un esprit de crainte que Dieu nous a donné, mais un Esprit de force, d'amour et de maîtrise de soi. Ne rougis donc pas du témoignage à rendre à notre Seigneur, ni de moi son prisonnier, mais souffre plutôt avec moi pour l'Evangile, soutenu par la force de Dieu » (2 Tim. 1, 6-8). Nous répudions, nous aussi, la honte. Nous relevons la tête car nos sommes les amis de celui qui a les clefs de l’histoire et qui révèle aux hommes le vrai sens de leur destinée. Puissions-nous dire avec fierté et émerveillement comme Pierre à Jésus : « A qui irions-nous, Seigneur, c’est toi qui as les paroles de la Vie éternelle. Et nous, nous avons cru et nous avons connu que tu es le Saint de Dieu » (Jn 6, 68-69) !

Cette fierté n’est pas de l’orgueil. Elle n’est pas non plus un sentiment de suffisance ou de supériorité. Car ce qui fait notre fierté, le Christ et son salut, n’est pas une propriété qui nous appartiendrait et qui ferait de nous des privilégiés distants des autres.  Mais il est un don offert à tous. Tous peuvent l’accueillir et entrer dans cette fierté.

b)     La confiance

Cette fierté repose sur la confiance, cette confiance de ne pas être livrés à nos seules forces dans la mission que le Seigneur nous confie mais d’être soutenus par la force de son Esprit. Ce qui me frappe dans l’Evangile, c’est la pédagogie du Christ vis-à-vis de ses disciples. Sans cesse, il les invite à la confiance. Il leur dit : « N’ayez pas peur, ne craignez pas. Le Père sait ce dont vous avez besoin. Il ne vous abandonnera pas. Il ne vous laissera pas tomber : « Si donc, vous, qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent » (Lc 11, 13). Le Christ promet sa présence, promet l’action de son Esprit dans l’apôtre qui témoigne mais aussi dans le cœur de ceux qui l’écoutent. Relisons les textes où Jésus promet son Esprit dans les persécutions mais aussi le beau récit de la conversion de Corneille dans le livre des Actes (Ac 10-11, 18) :

« Lorsqu'on vous conduira devant les synagogues, les magistrats et les autorités, ne cherchez pas avec inquiétude comment vous défendre ou que dire, car le Saint Esprit vous enseignera à cette heure même ce qu'il faut dire » (Lc 12, 11-12).

Dieu est présent dans l’apôtre qu’il envoie mais il prépare aussi les cœurs de ceux qu’il va rencontrer. Le Seigneur met en route et ouvre le cœur à la parole apostolique : « Pierre exposait encore ces événements quand l’Esprit Saint tomba sur tous ceux qui avaient écouté la Parole » (Ac 10, 44). Beaucoup de convertis et de catéchumènes aujourd’hui nous parlent de cette action prévenante de l’Esprit.

Dans des situations difficiles ou devant des auditoires qui peuvent nous impressionner ou nous faire peur, demandons dans la prière l’aide de Dieu et remettons-nous entre ses mains.

c)      Le courage

C’est cette confiance qui donne à l’apôtre assurance et persévérance. Paul y revient souvent. Il parle de la « parrhésia » (on fait face) et de l’ « upomonè » (on va jusqu’au bout) de l’apôtre. Celui-ci sait que sa vie comme celle du Christ rencontrera objections, refus, moqueries et oppositions. Jésus nous a d’ailleurs prévenus : « Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite : ‘Le serviteur n’est pas plus grand que son maître’, s’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi ; s’ils ont épié ma parole, ils épieront aussi la vôtre » (Jn 15, 20). Le témoin du Christ n’est pas surpris de l’affrontement. Il est le disciple d’un Crucifié. Il affronte la difficulté. Il fait face avec assurance et courage. Il ne se décourage pas et ne baisse pas les bras.  « Courage, dit Jésus, j’ai vaincu le monde » (Jn 16, 33).

2)      Témoigner en paroles et en actes

Les disciples d’Emmaüs parlent de Jésus comme un « prophète puissant en paroles et en actes devant Dieu et devant tout le peuple » (Lc 24, 19). A sa suite, les apôtres témoigneront eux aussi en paroles et en actes. Nous avons, nous aussi, à témoigner en paroles et en actes.

a)      En paroles

Il faut aujourd’hui ne pas avoir peur de témoigner explicitement de sa foi. Certains affirment que le plus important est le témoignage que nous pouvons donner par notre vie. De fait, le témoignage de la vie est capital - je vais y revenir – mais il ne suffit pas. Il faut que nous puissions confesser Celui en qui nous croyons, que nous puissions nommer la source d’eau vive dont l’eau irrigue nos vies, rendre compte de l’espérance qui est en nous, comme le demande Saint Pierre dans sa Première Lettre (3, 15). C’est par la Parole que se transmet le message de foi : « Mais comment l'invoquer sans d'abord croire en lui? Et comment croire sans d'abord l'entendre? Et comment entendre sans prédicateur? Et comment prêcher sans être d'abord envoyé? Selon le mot de l'Ecriture: Qu'ils sont beaux les pieds des messagers de bonnes nouvelles!... Ainsi la foi naît de la prédication et la prédication se fait par la parole du Christ. (Rom. 10, 14-17). N’hésitons pas à nous risquer à une parole.

Cela, bien sûr, nous questionne, renvoie à notre assurance dans la foi, à la qualité de notre expérience chrétienne. Nous devons pouvoir dire comme Paul : « Je sais en qui j’ai mis ma foi » (2 Tim. 1, 12) ; « Pourtant forts de ce même esprit de foi, dont il est écrit :’J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé’, nous aussi, nous croyons, et c'est pourquoi nous parlons » (2 Cor 4, 13).

Cette parole de foi sera plus aisée pour nous aujourd’hui si nous sommes plus assurés dans une intelligence de la foi, plus sereins, moins troublés par des questions, des critiques ou des remises en causes. D’où l’importance aujourd’hui d’être des chrétiens formés. Une foi qui grandit dans son intelligence est une foi qui est plus aguerrie pour le dialogue.

b)     En actes

A la parole doit être jointe l’action et ceci pour deux raisons :

La première, c’est que nous  appartenons à une génération qui est très sensible au témoignage de la vie, au lien entre ce qu’on dit et ce qu’on vit. Paul VI a dit que notre époque était plus sensible aux témoins qu’aux maîtres et qui si elle était sensible aux maîtres, c’est parce que ceux-ci étaient aussi des témoins. On ne peut être les témoins de l’amour conditionnel du Seigneur pour tout homme sans vivre nous-mêmes de cet amour. Saint Jean est très explicite sur ce point : « Si quelqu'un dit: ‘J'aime Dieu’ et qu'il déteste son frère, c'est un menteur: celui qui n'aime pas son frère, qu'il voit, ne saurait aimer le Dieu qu'il ne voit pas. Oui, voilà le commandement que nous avons reçu de lui: que celui qui aime Dieu aime aussi son frère » (1 Jn 4, 20). Tout l’enjeu de la vie chrétienne est de se laisser transformer par l’amour. Nos vies doivent donner un avant-goût d’Evangile, doivent, comme dit Saint Paul, faire sentir « la bonne odeur du Christ (1 Cor. 14-16). Nous devons être porteurs d’une lumière et d’un sel pour le monde : « Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel vient à s'affadir, avec quoi le salera-t-on? Il n'est plus bon à rien qu'à être jeté dehors et foulé aux pieds par les gens. Vous êtes la lumière du monde. Une ville ne se peut cacher, qui est sise au sommet d'un mont. Et l'on n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais bien sur le lampadaire, où elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. Ainsi votre lumière doit-elle briller devant les hommes afin qu’en voyant vos bonnes actions ils rendent gloire à votre Père qui est aux cieux » (Mt 5, 13-16).

La deuxième raison que ce qui est au cœur du message de salut dont nous avons à témoigner ce sont l’amour de Dieu, la bonté de Dieu, la compassion de Dieu pour l’homme. Or, comment croire en cette bonté de Dieu, comment percevoir que je suis aimé par Dieu, si ce que je vis semble contredire cette bonté de Dieu: la maladie, la solitude, le sentiment d’abandon, la pauvreté, le rejet, l’exclusion et toutes les difficultés de la vie. Seules la présence et l’aide de frères proches me permettent de ne pas perdre cœur et de garder foi et espérance. Je pense à tous ceux qui s’engagent auprès des malades, des handicapés, des personnes âgés, des jeunes en échec scolaire, des prisonniers, des immigrés, des blessés de la vie, des pays du Tiers-monde et des autres Eglises. J’ai vu des jeunes couples programmant comme voyage de noces une année ou deux au service d’une jeunes Eglise ! Ce n’est pas pour rien que les visages de sainteté qui restent les plus populaires aujourd’hui, comme l’abbé Pierre, Mère Thérésa ou Sœur Emmanuelle, sont  justement ceux qui sont des modèles d’amour fraternel et de charité quotidienne. Que faisons-nous pour nos frères, chacun, très concrètement, là où nous sommes, en fonction de nos possibilités et de nos disponibilités ? Il y a toujours quelque chose à faire. N’oublions pas que finalement seul l’amour touche les cœurs !

La mission implique l’engagement pour le Royaume, pour que notre monde s’humanise et soit davantage conforme au dessein de Dieu de réunir tous les hommes en une seule famille. Ce travail de  changement des structures, des modes de pensée et des modes de vie, fait aussi partie de la mission de l’Eglise et donc du témoignage que nous avons à donner au Christ, à Celui qui annonce l’irruption dans notre monde du Règne de Dieu.

Je dirai en terminant que, si la dynamique missionnaire suppose la foi, elle la nourrit aussi.Elle la renouvelle et l’approfondit. Dans son encyclique sur La Mission du Rédempteur, le pape Jean-Paul II affirme : « La mission renouvelle l’Eglise, renforce la foi et l’identité chrétiennes, donne un regain d’enthousiasme et des motivations nouvelles. La foi s’affermit lorsqu’on la donne ! » (n° 2). En effet, toute mission est marche vers le Christ, rencontre avec celui qui nous a toujours précédés sur ce chemin des hommes. Et toute rencontre avec le Christ est source de grâce, de vitalité pour la foi.  Témoignez du Christ, vous le rencontrerez sur la route comme Celui qui vient vers vous. Heureux serez-vous !

N’oublions pas que sur cette route de la mission, nous ne marchons pas tout seuls. Nous sommes précédés et accompagnés par cette foule immense de témoins, ceux dont parle l’Epître aux Hébreux au ch. 11, mais aussi les apôtres, les saints, les martyrs, les grands évangélisateurs : Saints Cyrille et Méthode, Saint Dominique, Saint François d’Assise, Saint Ignace de Loyola, tous ceux qui ont donné leur vie pour le Christ – je pense au très beau livre consacré à des prêtres des Missions étrangères de Paris, intitulé Vingt trois Saints pour l’Asie, CLD. Leur témoignage a porté du fruit. Ils nous parlent de la fécondité selon l’Evangile. Ils nous appellent à être  comme eux, nous aussi, aujourd’hui des « témoins du Christ pour le monde ».

 

†  Jean-Pierre cardinal RICARD

Archevêque de Bordeaux
 

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