Miséricordieux comme le père

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Réflexion du cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux, à l'occasion de l'ouverture en Gironde du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde, le 13 décembre 2015, à 16h, en la cathédrale Saint-André.

Après le synode romain sur la famille, le pape François a proposé à l’Eglise une année jubilaire tout entière consacrée à la miséricorde. Une parole de Jésus peut nous servir de porte d’entrée dans cette année : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6, 36). 

La première chose qui nous est demandée est d’accueillir et de découvrir cette miséricorde du Père. « Notre Dieu est patient et miséricordieux », voilà la conviction qui court à travers toute la Bible. Le Dieu qui se révèle à Israël n’est pas un Dieu lointain, une force impersonnelle, une divinité impassible et indifférente. Il est un Dieu qui se laisse toucher par ces hommes qu’il a créés. Il voit leurs souffrances. Il entend leurs cris. Comme il le dit à Moïse, il vient sauver son peuple. Il révèle sa miséricorde. Le mot de « miséricorde », en français, est un peu dévalué. Comme le mot de « pitié », il paraît sentimental et condescendant. Or, dans la Bible, la miséricorde est très concrète. Elle est charnelle. Le terme qui la désigne fait référence aux entrailles, au sein maternel. Dieu est un Père qui a des entrailles de mère. Le prophète Isaïe l’exprime bien par ces mots : « Une femme oublie-t-elle son petit enfant, est-elle sans pitié pour le fils de ses entrailles ? Même si les femmes oubliaient, moi, je ne t’oublierai pas » (Is 49, 15). On comprend que le pape François ait pu parler « d’amour viscéral » de Dieu. 

“C’est en vivant la miséricorde que nous ressemblons vraiment à notre Père du ciel”

Jésus vient révéler et mettre en pleine lumière cette miséricorde du Père. Dans les paraboles de la miséricorde (cf. saint Luc, chap. 15), il évoque le visage de ce Père qui est touché au plus profond de lui-même à la vue de son fils qui revient à lui. Il le guette, il l’aperçoit, il court vers lui, le prend dans ses bras et le couvre de baisers. Dieu est ce bon pasteur qui va à la recherche de la brebis qui s’est égarée et qui, l’ayant trouvée, la charge tout joyeux sur ses épaules. Mais Jésus ne fait pas qu’évoquer dans sa prédication ce visage du Père. Il vit lui-même cette miséricorde. Il lui donne visage. Il est bouleversé au plus profond de son être à la vue de ces foules qui étaient harassées et prostrées comme des brebis qui n’ont pas de berger (cf. Mt 9, 36-38). Il va les enseigner, les nourrir et guérir leurs malades. Mais c’est sur la croix, dans le don total de sa vie, que Jésus nous fait pressentir les profondeurs de la miséricorde de Dieu. Dieu se laisse toucher au coeur, voilà ce que va révéler la scène évangélique du flanc transpercé du Seigneur (Jn 19, 34) ! 

En contemplant dans le visage de Jésus la miséricorde du Père, nous sommes invités à découvrir combien nous sommes aimés et aimés gratuitement. Accueillir cette miséricorde est une puissante force de transformation personnelle. Elle apporte lumière, paix, joie et confiance renouvelée. Dans le sacrement de pénitence et de réconciliation, elle se communique à nous également comme pardon. Dieu nous pardonne. Il ne nous enferme pas dans notre passé, dans notre péché. Il nous redit son amour et nous ouvre à nouveau un avenir. Le pape François nous raconte comment, quand il avait dix-sept ans, une confession a changé sa vie. Et il ajoute : « Comme c’est beau de trouver l’étreinte miséricordieuse du Père dans le sacrement de Réconciliation, de découvrir le confessionnal comme le lieu de la miséricorde, de se laisser toucher par cet amour miséricordieux du Seigneur qui nous pardonne toujours !»

Quand le coeur est touché par la miséricorde, il devient miséricordieux. C’est en vivant la miséricorde que nous ressemblons vraiment à notre Père du ciel. On ne peut recevoir le pardon de Dieu sans entrer dans cette dynamique du pardon. Dans l’Évangile, Jésus nous donne un exemple d’une miséricorde en acte, celle du bon samaritain. Celui-ci est bouleversé au plus profond de lui-même à la vue de l’homme laissé pour mort au milieu du chemin. Il s’approche, il lui donne les premiers soins, le met sur sa monture, le confie à l’hôtellerie la plus proche et le prend en charge dans la durée. Pour devenir le prochain de cet homme, il a dû franchir bien des barrières géographiques, culturelles, sociales et religieuses. Il a surmonté ces contentieux historiques, ces murs de haine et d’incompréhension qui s’étaient élevés entre juifs et samaritains. Nous sommes invités, nous aussi, à faire de même et à ouvrir dans nos vies ces grands chantiers de la miséricorde !

+ Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

Évêque de Bazas

 

 

 

 

 


 

Source : Le bon Samaritain, détails - Cathédrale de Madrid / Avec l'aimble autorisation de Marko Rupnik, sj - © Centro Aletti

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