Méditations pour le Chemin de Croix par Mgr Ricard

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Lors du Chemin de Croix au Jardin public de Bordeaux, le vendredi 29 mars 2013, les méditations des 6 stations étaient proposées par l'archevêque de Bordeaux, le cardinal Jean-Pierre Ricard et l'évêque auxiliaire Mgr Dognin

 

STATION 1

 

Chez le Grand Prêtre (Lc 22, 53-71)

 

Frères et sœurs, en cette première étape de notre chemin de croix, regardons plus particulièrement Pierre et Jésus, passons des pleurs de Pierre au regard du Christ.

“Ce regard du Christ [est] un pardon libérateur et un appel à repartir”

On fait sortir Jésus de la maison du Grand Prêtre, où, prisonnier, il a dû passer toute la nuit. Voici que Pierre croise son regard : « Le Seigneur, se retournant, posa son regard sur Pierre ». Et Pierre sort à son tour. Il pleure amèrement. Devant la servante et ceux qui se réchauffaient avec lui auprès du feu allumé dans la cour, il vient par trois fois de renier son maître.

Il pleure d’abord sur lui-même. L’image idéale qu’il portait en lui en a pris un sérieux coup. Lui qui se pensait solide, lui qui s’était fait fort de défendre Jésus et de lui rester fidèle, alors même que tous l’abandonneraient, voilà qu’il a pris peur, qu’il a flanché, qu’il s’est éloigné de Jésus au point de nier tout lien avec lui. Pierre pleure amèrement. Il a mal.

Il souffre aussi de l’image qu’il donne ainsi aux autres disciples, lui qui était leur chef et leur leader. Lui, Simon, que Jésus avait surnommé Pierre, lui qui aurait dû être ce roc inébranlable sur la foi duquel tous auraient pu s’appuyer, il a été cette pierre friable que redoutent les alpinistes en montagne, cette pierre qui ne tient pas sous les doigts et souvent se désagrège. Pierre n’est pas fier de lui. Son jugement sur lui-même et le regard des autres risquent de l’enfermer dans un sentiment profond de culpabilité.

Et c’est là que le regard du Christ vient le traverser au plus profond de lui-même. Pierre lit dans le regard de Jésus, bien sûr la souffrance que lui cause la trahison de son disciple, mais aussi toute son amitié pour lui et le rappel de sa promesse : « Moi, j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Et toi, quand tu seras revenu, affermis tes frères » (Lc 22, 32). Ce regard du Christ n’est pas une condamnation qui enfermerait Pierre dans sa culpabilité, mais un pardon libérateur et un appel à repartir. Pierre va se découvrir pécheur, mais un pécheur pardonné, appelé à compter, non pas sur ses propres forces, mais sur la présence fidèle et l’amour de son Seigneur.

Seigneur, nous aussi, nous sommes pécheurs. Nous ne sommes pas toujours fiers de nous. Nous sentons que nous avons du mal à être fidèles à ton amitié et à garder ta Parole. Toi qui as voulu affronter la mort pour nous libérer du péché, pose ton regard sur nous et donne-nous la force libératrice et la joie de ton pardon. Seigneur, fais-nous passer des ténèbres à la lumière.

STATION 3

 

Condamnation à mort (Lc 23, 13-25)

 

Ce qui est dramatique dans cette scène, c’est le contraste entre la lucidité de Pilate et sa lâcheté. Il aurait mieux valu qu’il soit convaincu de la culpabilité de Jésus. Mais, non ! Sa conscience est droite. Elle lui dicte ce qu’il faudrait qu’il fasse : cet homme est innocent de ce qu’on lui reproche. Il n’encourt donc aucun motif de condamnation. Et, entre libérer un prisonnier au passé chargé ou bien un innocent, il n’y a pas à hésiter. Le choix est évident.

“ Trahir la vérité, c’est trahir le Christ ”

Pourtant, Pilate va prendre une autre décision. Est-ce par peur d’une foule qui crie fort, qui risque de provoquer une émeute ? Est-ce par crainte pour sa carrière et son avancement ? Est-ce tout simplement par indifférence pour ce que vaut la vie d’un homme ? Il y a peut-être un peu de tout cela dans la décision que prend Pilate de livrer Jésus au bon plaisir de cette foule.

Nous pouvons, nous aussi, même dans des conditions moins dramatiques, nous trouver dans la même situation que Pilate. Nous pouvons avoir du mal à écouter et à suivre notre conscience. Elle est pourtant, comme le rappelle le pape Jean-Paul II, ce « lieu, cet espace sacré où Dieu parle à l’homme ». Nous voyons bien ce que nous devrions dire, ce que nous devrions faire. Mais, nous ne suivons pas la voix de notre conscience. Nous nous taisons, nous falsifions la vérité, nous ne passons pas à l’acte ou bien nous agissons contre notre conscience. Nous faisons cela, un peu comme Pilate, par peur, par respect humain, par ambition, par intérêt, par volonté de n’avoir pas d’histoire ou tout simplement par négligence ou légèreté.

Ce récit de la passion nous révèle que, derrière le service de la vérité, c’est, en fait, le Christ que nous servons. Trahir la vérité, c’est trahir le Christ. Se compromettre pour la vérité, c’est se compromettre avec le Christ. Et Jésus de nous promettre : « Quiconque se prononcera pour moi devant les hommes, le Fils de l’homme aussi se déclarera pour lui devant les anges de Dieu » (Lc 12, 8).

Seigneur, éclaire-nous. Sois notre lumière intérieure. Donne-nous le courage d’agir selon ce que nous dicte notre conscience, même si cela nous coûte à certains jours. Que ton Esprit mette, en nos esprits et nos cœurs, lumière, force et audace. Que ta Parole nous réconforte, toi qui as dit : « Ne vous inquiétez pas de savoir comment vous défendre et que dire. Car le Saint Esprit vous enseignera à l’heure même ce qu’il faut dire » (Lc 12, 11-12).

STATION 5

 

Paroles sur la croix (Lc 23, 39-49)

 

Nous sommes invités à contempler le Christ qui meurt pour nous sur la croix. Il est beaucoup question de voir et de regarder dans ce récit de Saint Luc. Il y a d’abord ceux qui n’ont rien vu, ou plus exactement qui n’ont vu dans la mort de Jésus qu’un dramatique fait divers : un révolté a été crucifié, un doux rêveur qui se prenait pour le messie a été éliminé. C’est ce que pensent un des malfaiteurs crucifiés avec ce Jésus de Nazareth et sans doute un certain nombre de spectateurs. Après la mort des condamnés tout rentrera dans l’ordre et tous pourront célébrer en paix la grande fête de Pâques.

“Apprends-nous [...] à remettre nos vies, comme toi et en toi, entre les mains du Père”

Il y a aussi ceux qui se tiennent à distance, qui regardent et qui s’interrogent avec des sentiments mêlés : les amis de Jésus et les femmes qui le suivaient depuis la Galilée.

Il y en a d’autres enfin, qui savent voir avec les yeux du cœur, avec les yeux de la foi : l’un des malfaiteurs et le centurion romain. Ils perçoivent en Jésus une présence qui les étonne, une offrande de tout lui-même qui les surprend, un amour qui les interroge. Ce qui les marque, ce qui les impressionne, c’est la confiance totale de Jésus en ce Dieu qu’il nomme « Son Père ». Ne l’ont-ils pas entendu dire - et ce sont ses dernières paroles - : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit ». On comprend qu’en le voyant mourir ainsi le centurion ait pu rendre gloire à Dieu en disant : « Sûrement, cet homme était un juste ».

Frères et sœurs, regardons, nous aussi, Jésus et contemplons son amour pour chacun d’entre nous. Comme le bon larron, demandons-lui de se souvenir de nous, maintenant qu’il a inauguré son Règne et qu’il siège à la droite du Père.

 

Seigneur, souviens-toi de nous quand tu viendras dans ton Royaume. Apprends-nous à grandir dans la confiance, à remettre nos vies, comme toi et en toi, entre les mains du Père. Accueille-nous dans Ta Maison. Conduis-nous vers elle, en prenant, jour après jour, le chemin des Béatitudes. Donne-nous d’entrer, comme le centurion qui rendait gloire à Dieu, dans la louange et l’action de grâce.

 

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