Le cri de ces chrétiens qui monte vers Dieu

Lorem ipsum dolor sit amet

Partager sur: Partager sur Twitter Partager sur Facebook Partager sur Google+

Catéchèse du cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux, sur la situation tragique des chrétiens d'Orient et l'aide à leurs apporter par la prière et le soutien matériel.

Depuis plusieurs années, la situation des communautés chrétiennes au Moyen Orient (Égypte, Irak et Syrie) était devenue préoccupante. Ces derniers mois, en Irak, elle est carrément devenue tragique. Avec la prise de villes comme Mossoul et Qaraqosh par les troupes de l’État islamique, des dizaines de milliers de chrétiens ont été dépouillés de tout et chassés de chez eux. Mis devant le choix de se convertir à l’Islam, de payer la jiziah (impôt imposé aux non musulmans) ou de quitter leur maison, ils ont refusé de renier leur foi et se sont enfuis vers les villes et villages défendus par les combattants kurdes. Aujourd’hui des centaines de milliers de réfugiés sont à la charge de ceux qui les accueillent. Certains envisagent d’émigrer, d’autres gardent encore la secrète espérance de pouvoir un jour rentrer chez eux. Tous se trouvent en grande douleur et précarité.

“ Ces chrétiens ont parfois l’impression d’être oubliés de tout le monde ”

À travers ce départ, c’est la disparition de cette présence plus que millénaire des communautés chrétiennes en terre d’Irak qui se profile à l’horizon, avec leur patrimoine historique, leurs traditions et leur culture. Le Patriarche L.R Sako écrivait de Bagdad le 24 août dernier : « Maintenant la seconde phase de la catastrophe a déjà commencé, qui consiste dans l’émigration de ces familles aux quatre coins du monde, disséminant ainsi l’histoire, l’héritage et l’identité de ces peuples dans le vide. Le déplacement et la migration ont un grand impact sur nous tous, aussi bien chrétiens que musulmans. L’Irak est en train de perdre une composante irremplaçable de sa société, la part chrétienne ; ainsi démarre la disparition d’une tradition authentique ». 

UNE UTILISATION DÉVOYÉE DE LA FOI MUSULMANE

Qui faut-il dénoncer ? Ce n’est pas l’Islam qui est à la racine de tous ces maux mais une instrumentalisation dévoyée et terroriste de la foi musulmane. Car, il ne s’agit pas d’une lutte frontale entre l’Islam et le Christianisme. D’autres croyants subissent de la part de l’État islamique une même persécution : des musulmans (chiites en particulier) ont été exécutés, les Yézidis ont dû fuir eux aussi. Certains ont été tués et leurs femmes vendues. Combien d’enfants et de personnes âgées ont trouvé la mort dans cette fuite ! Nous sommes en présence ici de la mise en œuvre d’une conception totalitaire de l’État et de la religion : toutes les minorités sont éliminées. Il s’agit d’une version nouvelle et particulièrement dangereuse de ces totalitarismes dont l’idéologie a souvent débouché sur des génocides (pensons à Hitler, à Staline, ou à Pol Pot). Il est heureux de constater que de plus en plus d’autorités religieuses musulmanes condamnent cette utilisation politique et meurtrière de la foi. La Fédération musulmane de Gironde a publié une déclaration très claire sur ce point. Elle écrit : « Devant cette horreur, on ne peut s’empêcher de penser que ce mouvement de terreur tenu au nom de l’islam ne fait que participer d’un processus géopolitique plus vaste, celui d’une reconfiguration politico-ethnico-religieuse de la région au service d’une nouvelle distribution des pouvoirs et des richesses où la religion musulmane n’est qu’un élément de mobilisation ».

DÉFENDRE LA LIBERTÉ RELIGIEUSE

En fait, ce qu’il faut défendre ici c’est le droit pour tout être humain à la liberté de conscience et à la liberté religieuse. L’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme rappelle que « Tout homme a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites ». Le pape François, à la suite de saint Jean-Paul II et de ­Benoît XVI, a rappelé que ce respect de la liberté religieuse était le fondement du respect des autres libertés. Toute personne doit être respectée. « Non on ne tue pas au nom de Dieu » (Pape François). 

“ Je demande aux différentes communautés chrétiennes d’organiser des temps de rencontre ou de prière pour ces frères et sœurs chrétiens ”

Devant ce drame des chrétiens d’Orient, nous ne pouvons pas nous contenter de n’être que de simples spectateurs. Car ces chrétiens ont parfois l’impression d’être oubliés de tout le monde. Qui se soucie encore aujourd’hui dans l’opinion publique mondiale de tous ces chrétiens réfugiés qui ont quitté la Syrie depuis le début de la guerre civile et vivent par centaines de milliers dans des camps au Liban ou en Turquie ? 

QUE NOUS DEMANDENT LES CHRÉTIENS D'ORIENT ?

Tout d’abord d’alerter l’opinion publique et nos gouvernements sur leur situation et celle des diverses minorités persécutées. Le danger de l’État islamique peut avoir une portée internationale. Il y a des totalitarismes à qui il faut savoir dire non. C’est tout l’équilibre du Moyen Orient qui est en jeu et si déséquilibre il y a, celui-ci ne sera pas sans répercussion sur la paix mondiale. Le terrorisme s’exporte partout.

Nous devons aussi venir en aide matériellement à tous ceux qui sont dans une situation de détresse matérielle et morale redoutable. Beaucoup ont tout perdu. Les communautés chrétiennes qui les accueillent et les organisations caritatives ont besoin d’être aidées. On pourra faire un don à différents organismes : 

- l’Œuvre d’Orient 

- le Secours Catholique (Caritas)

- l’Aide à l’Église en Détresse 

Ceux qui viendront en France, et en particulier dans notre région, auront besoin également d’être accueillis. 

Enfin ils nous demandent de les soutenir dans la prière. La communion des saints dans la prière aide à tenir bon dans la foi et dans l’espérance. C’est cette dernière surtout qui est difficile à vivre pour ceux qui ne voient pas quel avenir ils peuvent encore avoir. Nous avons à prier pour eux et avec eux. Ils veulent mettre en pratique la parole du Christ dans l’Évangile : « Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes » (Mt 5, 44-45). Cette prière est difficile. Nous avons à la faire ensemble. 

ÉTABLIR CES LIENS DE SOLIDARITÉ ET DE PRIÈRE

Je demande aux différentes communautés chrétiennes d’organiser des temps de rencontre ou de prière pour ces frères et sœurs chrétiens, de se mettre à l’écoute de la vie et du témoignage de foi de ceux qui sont parmi nous. Leur foi est forte, leur fidélité impressionnante. Ils ont beaucoup à nous apporter. Pourquoi ne pas prendre aussi contact avec telle ou telle communauté chrétienne d’Irak, de Syrie ou du Liban ? Le diocèse aidera à établir ces liens de solidarité et de prière. Le cri de nos frères d’Orient doit être entendu !

« Heureux qui pense au pauvre et au faible : 

Le Seigneur le sauve au jour du malheur !

Il le protège et le garde en vie, heureux sur la terre.

Seigneur, ne le livre pas à la merci de l’ennemi ! »

(Ps 40, 1-3)

† Jean-Pierre Cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

Évêque de Bazas

 

 

 

 


 

Photo : Daniel Etter pour le Catholic Relief Services / Caritas (sur Flickr)

Partager sur: Partager sur Twitter Partager sur Facebook Partager sur Google+