“ Laissez-vous réconcilier avec Dieu ! ”

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Catéchèse du cardinal Jean-Pierre Ricard, parue dans le journal " Église catholique en Gironde " d'avril 2014.

Je suis frappé de voir la place que le pardon a dans l’Evangile. Le don du pardon est au cœur du salut apporté par Jésus. L’Apôtre Pierre invitera les habitants de Jérusalem à se convertir et à recevoir le baptême « pour le pardon des péchés » (Ac. 2, 38).

Le pardon comme don gratuit de Dieu

Ce pardon n’est pas une récompense qui serait donnée par Dieu après des efforts méritoires de l’homme. Il est un don gratuit. Ce n’est pas nous qui nous tournons d’abord vers Dieu, c’est lui qui prend l’initiative de venir à notre rencontre. Saint Jean le soulignera : « Voilà ce qu’est l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime d’expiation pour nos péchés » (1 Jn 4, 10). Oui, vraiment, c’est Dieu « qui nous a aimés le premier » (id. 4, 19). En s’invitant chez les pécheurs, Jésus vient leur signifier cet amour de Dieu en acte qui les rejoint et les appelle. Le scandale que Jésus provoque (cf. Lc 15, 1-2) n’est pas d’abord moral (il serait allé manger chez des gens peu recommandables !) mais religieux : Jésus partage le pain, offre la communion de Dieu à des pécheurs qui ne se sont pas encore convertis. L’homme ne mérite pas le pardon de Dieu, il le reçoit gratuitement.

L’accueil du pardon et la réconciliation

Encore faut-il que l’homme l’accueille. S’il le fait, il expérimentera que ce pardon est une puissance de vie, une force de renouvellement intérieur. La joie, la paix, l’action de grâce et le désir de convertir sa vie l’habiteront. Il vivra une véritable réconciliation avec Dieu. La réconciliation, c’est le pardon donné et reçu. Nous faisons tous l’expérience qu’il ne suffit pas de pardonner pour que l’on soit réconcilié avec quelqu’un. Encore faut-il que  ce dernier accueille notre pardon et accepte de renouer des liens avec nous. Sans cela, il n’y a pas de réconciliation. Cette réconciliation est toujours rencontre, événement, nouveauté qui advient. On comprend pourquoi, dans l’Evangile, c’est toujours dans le cadre d’une rencontre que Jésus vient donner un visage humain au pardon du Père : rencontre avec un paralysé à qui il va dire : « Tes péchés te sont pardonnés » (Lc. 5, 20), rencontre avec Zachée, avec la femme adultère, rencontre du père qui ouvre grands ses bras pour accueillir son fils  qui était parti…C’est toujours par des médiations humaines que Dieu vient nous dire son amour : par l’humanité de Jésus puis par celle de l’Eglise. C’est  en rencontrant un frère que m’est dit aujourd’hui ce pardon de Dieu. Il prononcera sur moi ces paroles : « Et moi, au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, je te pardonne tous tes péchés ».

“ Votre archevêque aussi se confesse. [...] La confession est pour moi ce temps où je m’arrête, où je ressaisis ma vie devant le Seigneur, à l’écoute de sa Parole ”
Dieu vient à notre rencontre. Le pardon comme événement

Certains peuvent se dire : si Dieu est pardon, et si on est sûr de son amour, pourquoi se confesser ? Ne peut-on pas se reconnaître pécheur dans le secret de son cœur ? Certes, Dieu est pardon, mais il veut nous dire ce pardon, non pas indistinctement mais  comme une bonne nouvelle qui nous touche personnellement. Il sait que cette parole de pardon dite et reçue est source de grâce et de renouvellement spirituel pour l’homme qui la reçoit. Récemment, lors d’une célébration pénitentielle dans la basilique Saint-Pierre de Rome, le pape François est allé se confesser aux yeux de tous avant de confesser lui-même un certain nombre de fidèles, soulignant par cette démarche personnelle l’importance qu’il attachait à la confession. Dans l’homélie qu’il prononçait ce soir-là, il disait : «  Notre Père nous attend toujours, non seulement il nous laisse la porte ouverte, mais il nous attend. Il participe à cette attente de ses enfants…   À ceux que vous rencontrerez, vous pourrez communiquer la joie de recevoir le pardon du Père et de retrouver la pleine amitié avec Lui. Et vous leur direz que notre Père nous attend, notre Père nous pardonne, et même davantage, il fait la fête. Si tu vas à Lui avec toute ta vie, même avec tes nombreux péchés, au lieu de te réprimander, il fait la fête : tel est notre Père ».

Votre archevêque aussi se confesse. Cette démarche est pour moi importante. Je sais que nous nous remettons devant le pardon de Dieu dans la prière, dans la récitation du Notre Père, dans la lecture d’un texte de l’Ecriture, lors des démarches pénitentielles de la messe, mais rien ne remplace cette rencontre du sacrement de Pénitence et de Réconciliation où Dieu lui-même nous tend les bras et vient nous dire son pardon au cœur de notre vie personnelle. La confession est pour moi ce temps où je m’arrête, où je ressaisis ma vie devant le Seigneur, à l’écoute de sa Parole. Je confesse tout à la fois mes péchés et l’amour de Dieu qui me rejoint. A travers le pardon que me dit le prêtre au nom du Seigneur, je découvre ce visage d’un Dieu qui m’ouvre toujours à nouveau un avenir, qui espère en moi et repart avec moi comme un compagnon de route. J’en ressors toujours renouvelé, plus joyeux, plus léger, davantage attentif à Dieu, aux autres et à moi-même. On comprend que l’Eglise insiste sur l’importance de cette démarche personnelle, que ce soit dans le cadre d’une confession ou celle d’une célébration pénitentielle avec confession et absolution individuelles. Elle le fait non pas par une volonté d’exercer une police des consciences (le pape François a dit : « Le confessionnal n’est pas une chambre de torture ! »), mais par désir  de donner à goûter la joie de cette rencontre avec Dieu.

Vers un renouveau de la confession

Certes, la confession a connu une crise sérieuse dans les dernières décennies. Mais je vois des signes aujourd’hui d’une nouvelle découverte de ce sacrement, spécialement chez les jeunes. Le mercredi des Cendres, à la cathédrale Saint-André de Bordeaux, un grand nombre de jeunes pendant deux heures se sont confessés. Beaucoup ressentaient cette démarche comme vitale pour leur vie. De nos jours la célébration de ce sacrement est souvent un moment important des grands temps forts de la pastorale des jeunes (préparation à la confirmation, marche des lycéens, pèlerinages, Journées mondiales de la jeunesse…). Les jeunes nous montrent la route !

Certains peuvent craindre qu’aujourd’hui, avec des prêtres moins nombreux, la pratique de ce sacrement soit plus difficile. N’hésitez pas pourtant à solliciter vos prêtres. Beaucoup d’entre eux vous diront que ces rencontres où ils sont les ministres du pardon de Dieu sont les moments où ils vivent le plus intensément leur ministère presbytéral.

A l’approche de Pâques, écoutons cet appel pressant de Paul aux Corinthiens : « C’est au nom du Christ que nous sommes en ambassade, et par nous, c’est Dieu lui-même qui, en fait, vous adresse un appel. Au nom du Christ, nous vous en supplions, laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2 Cor. 5, 20).

 

† Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

Évêque de Bazas

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