La résurrection, une puissance de transformation de nos vies

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Réflexion du cardinal Jean-Pierre Ricard, publiée dans le journal Église catholique en Gironde de mars 2016, à l'occasion des fêtes de Pâques.

La proclamation de la résurrection du Christ est au cœur de la foi chrétienne. Elle en est la pierre angulaire. Si on l’enlève, tout s’écroule. Comme le dit Saint Paul : « Si le Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vide et vide aussi votre foi » (1 Cor. 15, 14). Cette proclamation de la foi repose sur une expérience, celle faite par les apôtres de Jésus, une expérience étonnante, largement inattendue. En effet, nos évangiles ne nous présentent pas un groupe de disciples illuminés, refusant d’admettre la mort de leur Maître et attendant fiévreusement son retour. Au contraire, la mort de Jésus les a désorientés. Ils vivent une épreuve terrible pour leur foi. Quand Jésus a été mis au tombeau, c’est leur espérance qui a été ensevelie avec lui. L’état d’esprit de ces disciples qui ont pris la route d’Emmaüs pour rentrer chez eux est révélateur des sentiments du groupe apostolique. Et il faudra que le Christ ressuscité se manifeste aux siens, se fasse reconnaître d’eux, pour qu’ils s’ouvrent à cette dimension nouvelle de la foi : « ce Jésus, que l’on a vu mourant sur la croix et mis au tombeau, Dieu l’a ressuscité des morts. Il est aujourd’hui vivant. Nous en sommes témoins ».

Cette expérience de la rencontre avec le Christ ressuscité va transformer la vie des apôtres. Ils passent du doute à la foi, du désespoir à l’espérance, de la peur au courage, de la tristesse à la joie. Leur foi s’éclaire. Ils entrent dans une nouvelle compréhension du dessein de Dieu. Le Christ leur a ouvert l’intelligence des Écritures. Ils comprennent enfin ce que Jésus avait essayé de leur révéler en montant à Jérusalem. Habités par le souffle du Ressuscité, ils sont prêts à témoigner de sa présence et à annoncer son Évangile au risque de leur vie. Croire en la résurrection du Seigneur n’est pas pour eux une simple affirmation mais une puissance de transformation personnelle. Paul fera une expérience analogue. Pour l’Apôtre, confesser le Christ ressuscité, c’est accueillir dans la foi sa présence, se laisser saisir par lui et expérimenter dans sa propre vie la puissance de la résurrection du Seigneur : « Il s’agit de le connaître, lui, et la puissance de sa résurrection » (Phil. 3, 10). La Résurrection du Christ s’éprouve plus qu’elle ne se prouve. C’est en accueillant le Christ et en laissant sa Parole nous habiter que nous expérimentons cette puissance de transformation qu’est la résurrection. Loin d’être une espérance pour l’au-delà seulement, la résurrection se présente à nous comme une force agissante pour l’ici-bas. Tout l’enjeu de la vie chrétienne est de laisser cette puissance de résurrection agir dans nos vies et y produire du fruit.

Je suis frappé de voir combien les catéchumènes adultes qui vont être baptisés dans la nuit pascale expérimentent très fortement ce que cette rencontre avec le Christ ressuscité a fait naître en eux. Ils en parlent comme d’une nouvelle naissance, d’une libération, d’une guérison,  d’une illumination où leurs yeux se sont ouverts, comme d’une autre façon de voir la vie et de se situer par rapport aux autres.

Célébrer Pâques, ce n’est pas fêter la victoire du printemps sur l’hiver ni développer un simple discours sur le triomphe de la vie, c’est inviter à vivre une expérience, celle de suivre le Christ et de laisser sa Parole travailler en nous. Nous savons qu’il peut y avoir en l’homme une puissance de destruction considérable, destruction des relations avec les autres par la recherche du profit ou du pouvoir, destruction des liens sociaux ou de l’environnement naturel par des décisions économiques, destruction des autres par le terrorisme pour défendre sa cause, destruction de soi-même par l’alcool, la drogue, la jalousie, la culpabilité ou l’anxiété. On sait ce que certaines blessures intérieures peuvent entraîner comme difficulté à vivre. Il nous arrive de rencontrer des êtres qui sont complètement noués, qui se sentent ligotés comme Lazare dans l’Évangile, sortant du tombeau enserré dans ses bandelettes. Ils ont besoin d’entendre une parole de vie, celle de Jésus qui leur dit comme à Lazare : « Lazare, sors » et qui ajoute aux gens de son entourage : « Déliez-le et laissez-le aller ! » (Jn 11, 43, 44)  Annoncer la Résurrection, c’est inviter à accueillir la Parole du Christ et à faire l’expérience de sa force de libération et de guérison. L’amour qui traverse l’abîme est naissance d’humanité. Par son Esprit, le Christ vient nous libérer des forces du mal, de la haine, de la destruction et de la mort qui nous emprisonnent. Il nous fait renaître dans notre humanité. Il ouvre un chemin de vie. Accueillons-le, ouvrons nous à sa puissance de résurrection et témoignons de ce que le Seigneur a fait en nous dans sa miséricorde. Voilà le vrai message de Pâques !

 

Image : Marko Rupnik © - Centro Aletti

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