La Mission de l’Église vis-à-vis des couples et des familles

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Catéchèse du cardinal Jean-Pierre Ricard, parue dans le journal Église catholique en Gironde, à l'occasion du Synode des évêques sur la famille qui s'est achevé à Rome ce dimanche 19 octobre 2014.

Le synode qui vient de se tenir à Rome a beaucoup débattu de la pastorale des couples et des familles. Les présidents de conférences épiscopales, qui étaient membres de ce synode avec les cardinaux de Curie et quelques couples invités, ont précisé des axes de travail sur lesquels il va nous falloir revenir dans chacun de nos diocèses pour préparer le prochain synode qui se tiendra en octobre 2015.

« Dans l’Évangile, on voit le Christ rencontrer des personnes qui sont dans des situations humaines, familiales et matrimoniales extrêmement diverses. Aucune n’est exclue de sa sollicitude. »

C’est l’occasion de préciser ce qu’est la mission de l’Église vis-à-vis des couples et des familles.

Cette mission est double : une mission d’enseignement et une mission d’accompagnement des personnes. Dans son exhortation sur « Les tâches de la famille chrétienne », parue en 1981 (après le synode sur la Famille de 1980), le pape Jean-Paul II rappelait que l’Église devait tout à la fois : « Susciter des convictions et offrir une aide concrète » (n° 35).

L’éclairage de la foi

L’Église doit éclairer cette réalité de l’amour humain, du couple et de la vie familiale avec la lumière qui lui vient de la Parole de Dieu. Ce qui est au cœur de l’Évangile, c’est l’invitation faite à chacun de découvrir à quel point il est aimé par Dieu, invité à accueillir cet amour et à vivre de cet amour. Cet amour est généreux et fidèle. Saint Paul dira aux Corinthiens : « L’amour excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout. L’amour ne disparaît jamais » (1 Cor. 13, 7-8). Souvent nos affections sont moins généreuses, plus autocentrées, plus sujettes au changement. C’est pour cela que le Christ est venu sauver l’amour, nous apprendre à aimer, nous permettre d’aimer vraiment et profondément.

C’est cet amour qui donne toute sa grandeur à l’amour conjugal et à l’amour filial. C’est lui qui invite à engager toute sa vie pour l’autre (indissolubilité du mariage). C’est lui qui invite à accueillir généreusement la vie et à en défendre la fragilité (respect de la vie en ses commencements et en sa fin, accueil du handicap). C’est lui enfin qui fait passer le respect du droit de l’enfant à avoir un père et une mère avant le désir d’enfant. Cet appel à aimer est exigeant. Dieu a de l’ambition pour nous : c’est à la sainteté que nous sommes appelés.

Ces convictions, chacun est appelé à les accueillir, à les approfondir et à les partager. La mission que l’Église a vis-à-vis des couples et des familles n’est pas seulement celle du pape, des évêques ou des prêtres. Elle est celle de tous. Tous, nous sommes concernés. Nous le sommes par exemple par l’urgence éducative : quelle bonne nouvelle sur l’amour humain allons-nous transmettre aux enfants et aux jeunes ? Nous ne pouvons pas nous laisser envahir par le relativisme ambiant au point de ne plus savoir quoi dire en ces domaines du couple et de la famille.

L’accompagnement des personnes

Mais l’Église ne saurait se contenter de livrer un enseignement, si indispensable soit-il. Elle doit aussi accompagner les personnes sur le chemin de l’exigence évangélique, pour leur permettre d’accueillir l’appel du Christ dans la complexité des situations conjugales et familiales. Il y a un discernement à faire, parfois des conflits de devoirs à gérer, une décision à prendre. Nous savons bien aussi que tout ne se fait pas en un jour. Il faut intégrer la durée. L’Évangile parle souvent de croissance et de germination. Si nous avons de la peine à atteindre aujourd’hui le but poursuivi, ne nous décourageons pas et faisons le pas qui nous est aujourd’hui demandé (ce que certains Pères du Synode ont appelé « gradualité »).

De plus, dans l’Évangile, on voit le Christ rencontrer des personnes qui sont dans des situations humaines, familiales et matrimoniales extrêmement diverses. Aucune n’est exclue de sa sollicitude. À chacune, il ouvre un avenir, il redonne une espérance. C’est bien cette sollicitude que l’Église, à la suite du Christ, doit aujourd’hui signifier et servir. Quelle parole peut-elle avoir pour les divorcés remariés, les couples non mariés, les femmes seules avec enfants, les personnes homosexuelles …? Nous sommes là au cœur de la préoccupation pastorale de notre dernier synode.

L’Église serait infidèle à ce que Dieu attend d’elle si elle sacrifiait une des composantes de sa mission. Elle ne peut se contenter de rappeler la doctrine en oubliant les personnes. Elle ne peut pas non plus s’adapter à l’évolution des mœurs, en accompagnant certes les personnes mais en oubliant la Parole de vie qui la fait vivre.  Il nous faut tout à la fois scruter plus avant la Parole de Dieu et la Tradition de l’Église et vivre une plus grande proximité avec les hommes et les femmes de notre temps. Cela a été le grand enjeu du concile Vatican II. Il garde toute son actualité. Que le bienheureux Paul VI, qui après Jean XXIII a mené à bon port le concile, veille sur nous pour que nous menions à bien à notre tour cette mission d’annoncer aux couples et aux familles d’aujourd’hui la Bonne Nouvelle de l’Évangile !

 

† Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

Évêque de Bazas

 

 

 


 

Crédit Photo : © Mazur/catholicnews.org sur Flickr

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