Fin de vie : accompagner les personnes ou donner la mort ?

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Catéchèse de Mgr Jean-Pierre Ricard, en lien avec la préparation d'un projet de loi sur la fin de vie.

Allons-nous vers le vote d’une nouvelle loi autorisant le « suicide assisté » et dépénalisant l’euthanasie,  quitte à parler d’ « aide médicalisée à mourir », si le mot d’euthanasie fait peur ? Il semble bien. Après l’avis du Comité consultatif national d’éthique, un projet de loi est en préparation. Il n’est pas question de nier la complexité des questions et des situations, mais il est important que les catholiques soient au clair sur la vision de l’homme dont ils sont porteurs.

Certains groupes très actifs militent pour que chacun, en fin de vie ou en situation de grande souffrance, ait le droit d’être aidé à mourir. Ils citent le cas de personnes qui disent : « Je n’en peux plus. Je n’accepte pas la dégradation qui se manifeste ; je veux mourir dans la dignité. Aidez-moi à mourir ». Les médias orchestrent volontiers ces situations en faisant appel à l’émotion et à la compassion, même si ces demandes sont numériquement très peu nombreuses.

“ La dignité de la personne est une valeur inconditionnelle qui ne peut pas être perdue, qui ne dépend ni de l’idée que l’on se fait de soi-même, ni du regard posé par autrui ”

Pour analyser cette revendication, il faut tout d’abord distinguer deux choses : le refus de l’acharnement thérapeutique et la demande d’être aidé à mourir. La Loi « Léonetti » du 22 avril 2005 reconnaît au malade le droit de demander que l’on arrête des traitements lourds, qui s’avéreraient inutiles et disproportionnés par rapport aux résultats escomptés. Jean-Paul II déclarait : « Il faut distinguer de l’euthanasie la décision de renoncer à ce qu’on appelle “ l’acharnement thérapeutique ”, c’est-à-dire à certaines interventions médicales qui ne conviendraient plus à la situation réelle du malade, parce qu’elles sont désormais disproportionnées par rapport aux résultats que l’on pourrait espérer ou parce qu’elles sont trop lourdes pour lui ou pour sa famille » (Evangelium Vitae n° 65). Il revient à la médecine de soulager la souffrance du malade en fin de vie, même si certains analgésiques peuvent avoir comme effet indirect d’abréger éventuellement la vie du malade. Dans la mesure où la manière d’administrer les antalgiques ou les sédatifs témoigne d’une volonté réfléchie de rechercher uniquement l’apaisement des souffrances, l’Église et la législation française recommandent leur emploi chaque fois que, selon l’expérience acquise en ce domaine, ils sont jugés nécessaires. Ici, le médecin respecte la vie, tout en acceptant la mort lorsqu’elle est devenue inéluctable.

Faut-il aller plus loin et répondre à la demande de personnes en fin de vie qui souhaitent être aidées activement à mourir, par l’injection d’un produit létal, par exemple ? Ces personnes défendent la liberté de choisir leur mort et souhaitent qu’une loi reconnaisse ces libertés individuelles revendiquées. On peut d’ailleurs s’interroger sur cette volonté dans notre société de changer les lois pour qu’elles répondent aux situations particulières de quelques-uns.

Cette revendication de « liberté » mérite d’être questionnée :

1) Ces personnes sont-elles vraiment libres dans la situation qui est la leur ? Comment entendre leurs « demandes de mort » ? Celles-ci peuvent témoigner de leur fatigue et du poids des traitements médicaux, mais aussi d’une souffrance provenant d’une perte d’estime de soi et du sentiment d’être inutile ou abandonné de ses proches. À quoi bon vivre lorsqu’on se perçoit comme une charge pour autrui et que l’entourage renvoie une image dévalorisante ? Ces « demandes » sont, en fait, très souvent un appel au secours. Des soignants nous disent que, bien soignés et accompagnés, le plus grand nombre de ces malades ne réitèrent pas leur demande de mort.

2) La liberté de la personne qui souhaite qu’on l’aide à mourir va aussi se confronter à la liberté de son entourage, de sa famille. Certains ont renoncé à cette demande en voyant le traumatisme qu’ils faisaient vivre à leurs proches.

3) L’euthanasie implique l’action délibérée d’un tiers. La sollicitation faite à un médecin rencontre aussi la liberté de celui-ci. Or, toute l’éthique médicale  vise à soigner, à protéger la vie, à venir en aide aux personnes et non pas à leur donner la mort. Accepter le « suicide assisté » représenterait un bouleversement considérable dans l’éthique médicale. Elle serait en outre une transgression de cet interdit de l’homicide qui est un interdit fondateur de notre vie sociale.

4) On parle de « mourir dans la dignité ». Mais de quelle dignité s’agit-il ? Est-ce la caractéristique de l’homme bien-portant, qui a toutes ses facultés, qui n’est pas diminué, qui reste un consommateur et garde une utilité sociale ? Ou bien est-ce la valeur absolue qui est accordée à chaque personne humaine, quels que soient son état, ses handicaps ou ses limites ? La dignité de la personne est une valeur inconditionnelle qui ne peut pas être perdue, qui ne dépend ni de l’idée que l’on se fait de soi-même, ni du regard posé par autrui. C’est la grandeur d’une société de reconnaître cette dignité dans les plus fragiles et les plus vulnérables et de la protéger. C’est d’ailleurs une fonction du droit. Ce serait une régression sociale que d’y renoncer.

5) Finalement, la vraie réponse à ces situations dramatiques de fin de vie n’est pas le « suicide assisté » mais l’accompagnement des mourants, et en particulier le développement des soins palliatifs. Cela demande de poursuivre un véritable engagement de solidarité et de fraternité pour offrir à tous cet accompagnement. Notre société a encore beaucoup à faire en ce domaine.

On ne peut que souscrire à ce que déclarait dernièrement le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France : « Notre conviction profonde est qu’un changement législatif ne peut avoir pour objectif que de rendre plus manifeste le respect dû à toute personne en fin de vie. Cela passe par le refus de l’acharnement thérapeutique, le refus de l’acte de tuer ; ainsi que par le développement des soins palliatifs et le renforcement des solidarités familiales et sociales ».

† Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

Évêque de Bazas

 

 

 

 

 


 

 

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