“Entrez dans la nouvelle année par la porte de la Miséricorde”

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Éditorial du cardinal Jean-Pierre Ricard, paru dans le journal "Église catholique en Gironde" du mois de janvier 2016.

À la suite du pape François je vous propose d’entrer dans l’année 2016 sous le signe de la miséricorde. Deux paroles de Jésus peuvent nous accompagner tout au long de cette année. L’ une est en Saint Matthieu : « Heureux les miséricordieux. Il leur sera fait miséricorde » (Mt 5, 7) et l’autre en Saint Luc : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6, 36).

La miséricorde : une pratique, une façon d’être

Si nous voulons être disciples du Christ, il nous faut grandir en miséricorde. En effet, le Seigneur nous invite à une pratique de la miséricorde. Il nous appelle à être habités par elle, à avoir le cœur compatissant, bienveillant, attentif à l’autre et aux autres, mais aussi à avoir une pratique de charité, de solidarité, d’entraide, de réconciliation et de pardon. Saint Augustin, méditant sur la miséricorde, nous dit que celle-ci est plus que de l’émotion ou du sentiment. Elle est un agir, une pratique, un comportement qui peut s’inscrire dans la durée.

“Le pardon est libérateur pour les autres et pour nous. Là est la source de la paix intérieure que le Christ veut nous communiquer”

Ceci nous invite à une conversion permanente. Car une telle attitude de fond n’est pas pour nous chose aisée, facile, allant de soi. Certes, nous pouvons avoir un coup de cœur, être remués en voyant à la télévision des situations de grande détresse. Mais, cela est fugace. Une émotion chasse l’autre. La miséricorde au contraire est une attitude qui marque notre personnalité, une façon d’être et de voir qui s’inscrit dans une certaine permanence. Saint Paul la décrit aux chrétiens de Colosses : « Revêtez des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience ; supportez-vous les uns les autres et pardonnez-vous mutuellement, si l’un a contre l’autre quelque sujet de plainte ; le Seigneur vous a pardonné, faites de même à votre tour » (Col. 3, 12-13).

La miséricorde : un don que l’on reçoit

La miséricorde ne s’acquiert pas à coup de volonté ou à la force du poignet. Elle est une grâce, un don de Dieu que l’on reçoit, et que l’on demande dans la prière. C’est la contemplation du visage miséricordieux de Dieu, tel qu’il nous est révélé en Jésus Christ, qui forme en nous cette âme de miséricorde. C’est pour cela que le pape François nous invite durant cette année à méditer l’Écriture pour nous imprégner de miséricorde. Prenons le temps de goûter la Parole de Dieu en relisant le chapitre 15 de Saint Luc et les trois paraboles de la miséricorde (dont celle de l’enfant prodigue et celle du bon pasteur), la parabole du bon Samaritain (Luc 10, 29-37), la parabole du débiteur impitoyable (Mt 18, 23-35), la rencontre avec Zachée (Luc 19, 1-10), la scène du jugement dernier chez Matthieu (Mt 25, 31-46).

La participation à l’Eucharistie et la pratique du sacrement de Pénitence et de Réconciliation seront également des lieux sources pour nous laisser habiter par la tendresse de celui qui veut demeurer chez nous, pour nous laisser renouveler par son pardon.

Au cœur de la miséricorde, le pardon et la bienveillance

Un des premiers fruits de la miséricorde sera l’invitation intérieure que nous ressentirons à être, à notre tour, artisans de réconciliation et de pardon. Le pardon est libérateur pour les autres et pour nous. Là est la source de la paix intérieure que le Christ veut nous communiquer.

La miséricorde se traduit aussi dans nos vies par une attitude de bienveillance. La bienveillance n’est pas la naïveté. Elle n’est pas non plus un optimisme superficiel. Elle est ce parti pris de voir d’abord le côté positif des êtres et des situations, de ne jamais réduire l’autre à ce qu’il a fait ou à l’impression que l’on en a. Souvent le pape François nous interpelle sur ce point. Il dénonce ce qu’il appelle le « caquetage », le bavardage souvent critique et négatif, qui ne construit pas mais contribue souvent, au contraire, à détériorer le climat interne du groupe auquel on appartient.

Une miséricorde qui se traduit en solidarité effective

Je disais que la miséricorde est aussi fondamentalement une pratique. Le pape François nous invite justement à mettre en pratique les œuvres de miséricorde. Il en dénombre 14. Toutes nous parlent d’une aide concrète à apporter aux autres : une aide matérielle, psychologique, affective et spirituelle. Je le cite : « J’ai un grand désir que le peuple chrétien réfléchisse durant le Jubilé sur les œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles. Ce sera une façon de réveiller notre conscience souvent endormie face au drame de la pauvreté, et de pénétrer toujours davantage le cœur de l’Évangile, où les pauvres sont les destinataires privilégiés de la miséricorde divine» (Misericordiae Vultus, n° 15).

Le pape nous invite à combattre l’indifférence, la sécheresse du cœur de ceux qui ne se laissent pas toucher par la détresse de ceux qui souffrent, qui d’ailleurs ne la voient pas, barricadés qu’ils sont à l’intérieur de leur cadre de vie et dans le cercle étroit de leurs préoccupations familières. Aux jeunes réunis à Valencia, en Espagne, le frère Aloïs, Supérieur de la Communauté de Taizé, précise : « la miséricorde ouvre notre cœur à la misère d’autrui, aux détresses cachées, à la pauvreté matérielle, comme à toute autre souffrance : celle d’un enfant en peine, d’une famille en difficulté, d’un sans-abri, d’un jeune qui ne trouve pas de sens à sa vie, d’une personne âgée dans la solitude, d’un exilé…et aussi de ceux qui n’ont pas accès à l’éducation, à l’art, à la culture ». Et, il ajoute : « Osons nous approcher, seuls ou à quelques-uns, d’une situation de détresse dans notre entourage, au bord de notre chemin » (Proposition 2016, p.5). Ce ne sont pas ces situations qui manquent aujourd’hui dans notre société et dans notre monde. Car la charité et la fraternité ont aussi une dimension sociale et planétaire. N’oublions pas que les pays riches ont leur part de responsabilité dans les blessures de l’histoire qui ont provoqué d’immenses migrations notamment depuis l’Afrique ou le Moyen Orient.

La miséricorde, une urgence aujourd’hui

Notre monde a besoin, aujourd’hui plus que jamais de la miséricorde. Le pape François l’a encore rappelé fortement lors de la fête de Noël : « Seule la miséricorde de Dieu peut libérer l’humanité de nombreuses formes de mal, aux visages monstrueux, que l’égoïsme engendre en elle ». Alors, soyons artisans de miséricorde. Nous apporterons lumière et flamme autour de nous. Si nous vivons ainsi, nous contribuerons à faire de 2016 une « bonne » année. Oui, dans cette dynamique de la miséricorde,  « Bonne Année » à tous !

+ Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

 

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