Enracinés dans le Christ

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Catéchèse de Mgr Ricard aux JMJ, jeudi 18 août 2011 - Nous sommes invités ce matin à faire nôtre cette recommandation de Saint Paul aux Colossiens : « poursuivez donc votre route dans le Christ Jésus le Seigneur, soyez enracinés et fondés en lui. » (Col. 2, 6-7). Qu’est-ce que s’enraciner dans le Christ et fonder sa vie en lui ?

I – LA RELATION AU CHRIST COMME FONDEMENT D’UNE EXISTENCE

 

1)      Deux images évangéliques.

Vous avez remarqué que l’apôtre Paul emploie deux images, celle de la racine et celle des fondations, deux images que l’on trouve dans l’Evangile, dans deux textes d’ailleurs qui nous parlent de l’accueil de la Parole de Dieu et tout particulièrement de la parole du Christ. Il s’agit de la parabole du semeur et de la parabole de la maison construite sur le roc.

Le semeur sème abondamment. Il n’est pas avare de sa semence. Mais celle-ci ne pourra pousser que si elle arrive à germer et à prendre racine. Elle ne le pourra pas sur le bord du chemin, ni sur le terrain pierreux, ni dans les épines mais dans la bonne terre. La bonne terre, c’est justement, comme Jésus l’explique lui-même, celui qui entend la Parole, la comprend, la garde, lui permet de pousser dans sa vie et de porter du fruit. S’enraciner dans le Christ, c’est donc permettre à la Parole du Christ de m’habiter, de m’éclairer, de me transformer, de m’inspirer, de me fortifier, de m’affermir. C’est une image de germination qui implique du temps, de la durée, de la fidélité. C’est une belle image du travail de la foi en nous. Celle-ci n’est ni un coup de tête momentané, ni un sentiment passager mais véritablement une orientation de vie, une amitié avec le Seigneur.

Dieu est comparé à ce roc, ce rocher qui tient bon

Dans un autre passage de l’Evangile, Jésus compare celui qui accueille ses paroles et les met en pratique à cet homme qui a bâti sa maison sur le roc : « La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé ; ils se sont précipités contre cette maison et elle ne s’est pas écroulée, car ses fondations étaient sur le roc » (Mt 7, 25). Plusieurs fois dans la Bible, Dieu est comparé à ce roc, ce rocher qui tient bon. Il n’est pas comme cette pierre friable que redoutent les alpinistes qui s’effrite au moment d’une prise. Dieu est là. Il est le rocher d’Israël. Il est fidèle. On peut lui faire confiance. Comme dit le psalmiste : « Le Seigneur est mon roc et ma forteresse, mon libérateur, c'est mon Dieu. Je m'abrite en lui, mon rocher, mon bouclier et ma force de salut, ma citadelle et mon refuge » (Ps 18, 3).Oui, on peut bâtir la maison de notre vie sur la Parole du Seigneur et sur son amour.

Je crois que ceci est une grande grâce dans une société où beaucoup s’interrogent sur le sens à donner à leur vie, sur des raisons de vivre et d’espérer. Car nous  vivons dans des sociétés, surtout dans l’Europe de l’Ouest, qui sont marquées par le relativisme. Le relativisme, c’est cette idéologie pour laquelle toute vérité est partielle, chacun a sa vérité et la vérité en soi est inatteignable. Chacun se fait alors son éthique en fonction de ses idées, de ses convictions, de ses désirs. Il n’y a pas de normes qui s’imposent si ce n’est celle de ne pas vouloir faire du mal à l’autre (d’ailleurs sur ce point la sincérité du sujet prime sur l’objectivité de l’acte). On a pu parler de « dictature du relativisme ». Il n’ait pas étonnant que dans ce contexte un certain nombre fasse un jour l’expérience d’avoir construit leur maison sur le sable. Je pense à l’expérience de beaucoup de couples qui font l’expérience d’un effritement de leur amour…Les fondations ont été fragilisées. Au contraire, le Seigneur nous donne de construire sur des fondations solides  la maison de notre vie. Comme dit le pape Benoît XVI : « A l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive » (Deus Caritas est, n° 1). Réfléchissons sur cette relation avec une Personne, celle du Christ.

 

2)      Une relation avec le Christ qui est une vie.

Notre relation au Christ n’est pas celle que nous pourrions avoir avec un personnage du passé, un prophète, un maître de sagesse dont nous admirerions l’enseignement et dont nous voudrions méditer la parole. C’est souvent d’ailleurs ainsi que le présentent les médias qui rangent Jésus de Nazareth parmi les grands sages de l’humanité. Notre relation au Christ est la relation avec un Vivant, le Ressuscité qui nous a promis sa présence tout au long de l’histoire des hommes : « Et moi, dit Jésus à ses disciples, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des siècles » (Mt 28, 20). Et le Christ n’est pas présent à notre histoire comme un étranger qui nous observerait de l’extérieur mais comme  un ami, qui nous communique son Esprit, sa vie, son dynamisme vivant. J’aime beaucoup cette image que l’on trouve dans l’Evangile de Jean où le Christ ressuscité souffle sur ses apôtres et leur dit « Recevez l’Esprit Saint » (Jn 20, 22). Jésus communique aux siens ce qu’il a de plus intérieur, sa passion pour le Père et son amour pour les hommes. Il leur communique cette force de donner leur vie, de livrer leur vie, comme lui ou mieux en lui. Saint Paul  expérimente à quel point la vie du disciple est participation à la vie du Fils. Comme il le dit dans l’épître aux Galates : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. Car ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi » (Gal. 2 20). Dans le Christ, dans le Fils nous devenons fils de Dieu et nous sommes invités à entrer dans l’amour trinitaire. Nous sommes invités à vivre de cet amour du Père et du Fils et à accueillir en nous ce jaillissement du Saint Esprit. Vous connaissez la célèbre icône de la Trinité de Roublev où sont représentées sous l’apparence de trois anges les trois personnes divines. Il y a à leurs pieds une petite table basse avec une place vide : c’est la nôtre. Chacun d’entre nous est invité, est attendu, est aimé de toute éternité. C’est ce que Saint Paul nous dit dans ce bel hymne aux Ephésiens : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a bénis par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ. C'est ainsi qu'Il nous a élus en lui, dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l'amour, déterminant d'avance que nous serions pour Lui des fils adoptifs par Jésus Christ. Tel fut le bon plaisir de sa volonté,  à la louange de gloire de sa grâce, dont Il nous a gratifiés dans le Bien-Aimé. » (Eph. 1, 3-6).

"Entrez en dialogue avec Lui dans la prière, donnez-lui votre confiance ; il ne la trahira jamais !", nous dit Benoît XVI

Il y a une belle image qui dans Saint Jean exprime cette relation vitale que nous avons avec le Seigneur, c’est celle de la vigne et des sarments, au chap. 15 : « Demeurez en moi comme je demeure en vous ! De même que le sarment, s’il ne demeure sur la vigne, ne peut de lui-même produire du fruit, ainsi vous non plus si vous ne demeurez en moi. Je suis la vigne, vous êtes les sarments : celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là produira du fruit en abondance car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15, 4-5). Jésus nous communique sa vie, nous fait vivre de son Esprit. Il est en nous comme la sève du cep qui irrigue les sarments. C’est cette vie avec le Christ qui fait fleurir nos vies et qui leur fait porter en abondance du fruit d’amour et de sainteté.

Mais - me direz-vous - comment rencontrons-nous le Seigneur ? Quels sont les signes qu’il nous donne de sa présence, les rendez-vous qu’il nous fixe ?

II – LES RENCONTRES AVEC UN CHRIST QUI SE FAIT PROCHE 

Je partirais volontiers de ces paroles du pape Benoît XVI dans le Message qu’il nous a adressé pour cette 26° Journée mondiale de la Jeunesse : « Jésus …apparaissant de nouveau huit jours après aux disciples, dit à Thomas : « Porte ton doigt ici : voici mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté, et ne deviens pas incrédule mais croyant » (Jn 20, 26-27). Nous aussi, nous pouvons avoir un contact sensible avec Jésus, mettre pour ainsi dire, la main sur les signes de sa Passion, les signes de son amour. Dans les sacrements, il se fait proche de nous, Il se donne à nous. Chers jeunes, apprenez à « voir », à « rencontrer » Jésus dans l’Eucharistie, là où il est présent et proche jusqu’à se faire nourriture pour notre chemin ; dans le Sacrement de Pénitence, dans lequel le Seigneur manifeste sa miséricorde en offrant son pardon. Reconnaissez et servez Jésus dans les pauvres, les malades, les frères qui sont en difficulté et ont besoin d’aide. Ouvrez et cultivez  un dialogue personnel avec Jésus Christ, dans la foi.

Connaissez-le par la lecture des Evangiles et le Catéchisme de l’Eglise catholique. Entrez en dialogue avec Lui dans la prière, donnez-lui votre confiance ; il ne la trahira jamais ! » (n°4).

Je voudrais reprendre avec vous ce que nous dit le pape.

Le Christ ressuscité vient à notre rencontre de diverses manières. Enumérons les principales et profitons pour nous interroger : quelles sont celles qui nous sont les plus familières ? Celles auxquelles il nous faut être plus attentifs, celles vis-à-vis desquelles nous avons à faire un effort. ?

1.      La prière

Elle est la respiration de la foi. Elle est le signe d’une foi vivante. Elle est ce dialogue, cœur à cœur avec le Seigneur. Elle n’est pas cette petite prière qu’on récite à la va-vite…pour être débarrassé du Seigneur ! Le dialogue est fondamental dans la relation d’amitié ou d’amour. Un couple où on ne se parle plus, où on ne communique plus, est un couple malade. Il en va de même de la relation de foi. Parfois, on a l’impression qu’il ne s’est rien passé pendant ce temps de prière et pourtant on ressent confusément qu’on en sort autrement que comme on y était entré. Sachons dire merci au Seigneur et lui confier tout ce qui fait le quotidien de nos vies. Oui, dans la prière, mystérieusement le Seigneur vient nous visiter. Sachons trouver du temps pour Dieu. Nous en trouvons bien pour être devant notre ordinateur, pour être sur Facebook. A Dieu, on ne peut pas envoyer le SMS « Il faudra qu’on se voie » !

2.      La lecture de l’Ecriture

Vous vous rappelez certainement de cette réflexion des disciples d’Emmaüs qui avaient rencontré sur leur route le Christ Ressuscité comme ce voyageur mystérieux. Ils se disaient l’un à l’autre : « Notre cœur ne brûlait-il pas en nous tandis qu’il nous parlait en chemin et nous ouvrait les Ecritures ? » (Lc 24, 32). Oui, à travers la lecture de l’Ecriture, c’est le Seigneur qui parle à son peuple, qui nous parle, pour nourrir notre foi. La Tradition de l’Eglise évoque les deux tables : celle de la Parole et celles de l’Eucharistie. La Parole de Dieu présente dans les Ecritures, dans l’Evangile, est aussi pain pour nous sur la route. Nous avons besoin de nourrir et de fortifier notre foi. Plusieurs fois, cet été, le pape Benoît XVI a invité les catholiques à lire la Bible, à ouvrir la Bible pendant ce temps de vacances. Ouvrons la Bible.

N’hésitons pas non plus à  approfondir notre compréhension du dessein de Dieu, à entrer dans une intelligence de notre foi. N’oublions pas que dans le Christ se révèle tout à la fois qui est Dieu mais aussi qui est l’homme : « dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, (le Christ) manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation » (VATICAN II : Gaudium et Spes, n°22). Nous avons à entrer dans une intelligence plus approfondie de cette révélation de Dieu, telle que l’Eglise, dans sa foi et sa tradition, l’a reçue et continue de la recevoir. C’est dans ce but que Youcat a été rédigé et vous a été distribué. N’hésitez pas à le lire, à le consulter, à vous rapporter à tel ou tel de ses articles. Cela vous aidera à mieux comprendre en qui vous croyez, en quoi vous croyez et pourquoi vous croyez. Cela vous aidera à savoir rendre compte de votre foi, comme le demande l’apôtre Pierre quand il écrit : « Soyez toujours prêts à justifier votre espérance devant ceux qui vous en demandent compte » (1 Pi 3, 15).

 

3.      L’Eucharistie

L’Eucharistie est le lieu par excellence ou le Christ Ressuscité vient à la rencontre de son peuple. Dès le début de la foi chrétienne, il y eu un lien très fort entre proclamation de la Résurrection et célébration du repas du Seigneur. On connaissait à l’époque de Jésus ces communautés de disciples autour d’un maître, d’un sage, d’un rabbi, communautés d’enseignement mais aussi communautés de vie et communautés de table. Tous prenaient leur repas ensemble et c’est le maître qui présidait le repas. Mais quand le maître mourait, la communauté des disciples se dissolvait. Chacun repartait de son côté. Vous comprenez l’étonnement de ceux qui regardent la communauté des disciples de Jésus après la mort de leur maître. Non seulement, la communauté ne s’est pas dissoute mais ils se retrouvent, continuent à prendre le repas ensemble. Ils disent que Jésus leur a demandé de refaire la bénédiction sur le pain et sur le vin. Ils ajoutent que c’est le Ressuscité qui les convoque, préside la table et se donne à eux en nourriture. Le pain est la présence de son Corps et le vin celle de son sang. C’est sa vie, son sacrifice, qu’il communique aux siens. Au cœur de l’Eucharistie, le Seigneur vient à nous. Il nous donne son corps. Il s’offre à nous. En venant habiter chez nous, il nous invite à le suivre, à participer au don qu’il fait de lui-même, à communier à son amour pour le Père et pour les hommes, à vivre comme lui une vie donnée, livrée, offerte. Saint Paul ne dit-il pas aux chrétiens de Rome : « Je vous exhorte donc, frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu: c'est là le culte spirituel que vous avez à rendre. Et ne vous modelez pas sur le monde présent, mais que le renouvellement de votre jugement vous transforme et vous fasse discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait » (Rom. 12, 1-2) ? L’Eucharistie est vraiment l’école du don de soi, le lieu de la communion profonde au Seigneur. Nous nous branchons vraiment sur sa vie.

L'adoration eucharistique est un peu comme « un arrêt sur image » sur le repas du Seigneur

J’ai parlé du repas du Seigneur. Il faudrait parler aussi de l’adoration eucharistique, qui est profondément liée au repas du Seigneur. Elle en est un peu comme « l’arrêt sur image » (pour reprendre un terme photographique). Elle nous permet de contempler cet amour du Seigneur qui se donne, ce corps du Christ offert comme nourriture pour la multitude. L’adoration nous invite à nous émerveiller du don de Dieu, à l’accueillir, à nous y unir en donnant notre vie et à élargir notre prière aux horizons de cette humanité aimée par Dieu.

4.      Le sacrement de Pénitence et de Réconciliation

Le sacrement de Pénitence et de Réconciliation a traversé une période de désaffection. Je crois qu’on le redécouvre aujourd’hui. J’espère que, vous aussi, vous le découvrirez si ce n’est pas déjà fait et profiterez de la grâce des JMJ pour le célébrer. Le sacrement de Pénitence n’est pas d’abord un dialogue avec nous-mêmes, avec notre culpabilité, avec notre passé, avec nos fautes, soit pour nous en lamenter soit pour nous en excuser. Il est d’abord une rencontre avec le Seigneur qui nous attend, qui nous ouvre les bras, qui nous pardonne, qui nous invite à repartir avec lui, nous redonnant la force de son Esprit. Le sacrement de Pénitence est la fête des retrouvailles comme dans la parabole du père et de l’enfant prodigue. Devant ce Dieu qui nous aime, nous nous situons en vérité. Nous reconnaissons notre faiblesse, notre péché. Nous demandons pardon à Dieu pour ce que nous avons fait contre l’Alliance, contre l’esprit de l’Evangile. Ces actes que nous avouons sont ces lieux où, comme en creux, nous discernons des appels à une conversion souhaitable. Le pardon reçu nous libère du trop peu ou du trop plein de culpabilité. Du trop peu, quand nous disons : je n’ai pas tué, je n’ai pas volé, je ne vois pas ce que j’ai fait de mal ; plus on progresse dans la découverte de l’amour du Seigneur, plus on sent la petitesse de notre réponse. Du trop plein : la culpabilité peut nous enfermer dans ce que nous avons fait ou bien  dans le malaise de voir notre image idéale du moi ainsi atteinte. Oui, le pardon de Dieu est libérateur, il nous libère du repli sur le passé ou du renfermement sur soi. Il nous fait regarder le Seigneur et nous ouvre l’avenir.

5.      Le service des frères

 

Mais il y a aussi un autre lieu de rencontre avec le Christ qui nous est révélé par lui dans la parabole du jugement dernier que l’on trouve dans l’évangile selon Saint Matthieu. Le Christ est présent dans celui qui a besoin de nous, dans le frère que l’on rencontre : « J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais étranger et vous m’avez recueilli ; nu, et vous m’avez vêtu ; malade, et vous m’avez visité ; en prison et vous êtes venus à moi….en vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ! » (Mt 25, 35-36, 40). L’attention aux autres, la bienveillance, la patience, l’entraide, la solidarité, le service concret des autres, un engagement pour les autres (ponctuel, régulier ou sur une durée de sa vie) sont comme autant de rencontres mystérieuses avec le Seigneur, un accueil de sa présence et de son Esprit. Nous le ressentons d’ailleurs : nous sommes alors habités par une joie, une manière d’être dont nous percevons intuitivement qu’elle va dans le sens d’une véritable réalisation de nous-mêmes selon Dieu.

Profitons de ces JMJ pour nous demander sur lesquels de ces points nous sommes davantage invités à inscrire une rencontre avec le Seigneur pour vraiment être enracinés en lui.

 

III – AVEC LE CHRIST MENER LE COMBAT SPIRITUEL

Je voudrais en terminant aborder avec vous un point important de notre vie chrétienne, de notre vie spirituelle, celui du combat spirituel.

 

1)      La réalité du combat spirituel

Il suffit de regarder nos vies pour voir que cet enracinement dans le Christ n’est pas un état facile, évident, acquis une fois pour toutes et toujours au rendez-vous. Certes, le Christ, lui, est toujours au rendez-vous. Dans le baptême, le don de la grâce est toujours présent et nous accompagne tout au long de notre vie de baptisés. Confirmés, l’Esprit nous est toujours offert. Le problème, c’est que nous ne sommes pas toujours présents au rendez-vous. Dieu fait alliance avec nous. Mais nous ne sommes pas toujours fidèles. Toute l’expérience d’Israël est marquée par cette difficulté et la Bible parle à ce propos de la « tentation » : tentation d’abandonner le grand Dieu d’Israël, tentation d’aller vers des idoles plus prometteuses, tentation de laisser tomber une alliance qui paraît trop exigeante. C’est cette tentation que nous demandons à Dieu dans le Notre Père d’éloigner de nous.

Nous faisons l’expérience dans notre vie de passages à vide : on laisse tomber le Seigneur. On n’est plus présent à ces lieux où il nous donne rendez-vous. On est tenté de se passer de Dieu : soit quand ça va trop bien (on n’en a pas besoin)…soit quand ça va trop mal (on pense que cela ne sert plus à rien). Dieu est alors transformé en moteur auxiliaire pour notre vie. A certains moments, d’autres valeurs  peuvent aussi sembler tellement plus fascinantes que la relation à Dieu: la recherche de l’argent, la réussite à tout prix dans la vie, au risque d’écraser les pieds des autres, la recherche ou la réussite politique auxquelles on sacrifie tout, l’usage désordonné du sexe et des plaisirs de la vie… Nous sentons que vivre une vie donnée avec le Christ n’est ni toujours facile ou ni toujours évident. Et nous avons souvent  la tentation de tout centrer sur nous.

Saint Paul a bien décrit cette tentation. Il l’appelle « vivre selon la chair ». La chair, chez Saint Paul (attention au contresens !) ne signifie pas le corps  mais toute la personne quand elle est centrée sur elle-même et repliée sur ses propres désirs et intérêts. Il l’oppose à « l’esprit ». « Vivre selon l’esprit », c’est vivre comme le Christ, avec l’Esprit du Christ,  dans une vie donnée, ouverte, décentrée, fraternelle. Paul nous parle du fruit de la chair et du fruit de l’Esprit : « Laissez-vous mener par l'Esprit et vous ne risquerez pas de satisfaire la convoitise charnelle. Car la chair convoite contre l'esprit et l'esprit contre la chair; il y a entre eux antagonisme, si bien que vous ne faites pas ce que vous voudriez. Mais si l'Esprit vous anime, vous n'êtes pas sous la Loi. Or on sait bien tout ce que produit la chair: fornication, impureté, débauche, idolâtrie, magie, haines, discorde, magie, jalousie, emportements, disputes, dissensions, scissions, sentiments d'envie, orgies, ripailles et choses semblables --  et je vous préviens, comme je l'ai déjà fait, que ceux qui commettent ces fautes-là n'hériteront pas du Royaume de Dieu. -- Mais le fruit de l'Esprit est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi: contre de telles choses il n'y a pas de loi. Or ceux qui appartiennent au Christ Jésus ont crucifié la chair avec ses passions et ses convoitises. Puisque l'Esprit est notre vie, que l'Esprit nous fasse aussi agir » (Gal. 5, 16-25).Reconnaissons que le don de soi aux autres passe, à certains jours, par la croix et nous n’avons pas beaucoup envie d’entrer dans le mystère pascal du Seigneur.


2)      Combattre avec le Christ

 

Ce combat en nous entre la chair et l’esprit, heureusement, que nous ne le menons pas seuls, livrés à nos seules forces. Le Christ, par le don de l’Esprit saint, nous donne la force de le mener victorieusement. Il nous fait entrer dans la dynamique de son message pascal. Il nous donne, quand nous faiblissons ou quand nous tombons à terre de nous relever et de repartir. Comme dit Saint Paul : «  En tout cela nous sommes les grands vainqueurs par celui qui nous a aimés.  Oui, j'en ai l'assurance, ni mort ni vie, ni anges ni principautés, ni présent ni avenir, ni puissances, ni hauteur ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rom. 8, 37-39). La vie chrétienne nous équipe pour ce combat. Dans l’épître aux Ephésiens, Paul nous demande de revêtir l’armure de Dieu, avec le bouclier de la foi, le casque du salut et le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la Parole de Dieu (cf. Eph. 6, 10-17).

Soyons fidèles à tous ces rendez-vous où le Christ nous attend et il nous donnera la force de livrer le bon combat de la foi. Sachons toujours saisir la main que le Seigneur nous tend et nous serons toujours affermis par lui et enracinés en lui. Je vous laisse sur ce texte que j’aime bien  et que nous avons entendu hier à la messe, où on voit Pierre, qui était parti avec fougue à la rencontre du Seigneur, en train de couler jusqu’au moment où il est repêché par le Christ : «Devant la violence du vent, il eut peur et, commençant à couler, il s’écria : « Seigneur sauve-moi ! ». Aussitôt, Jésus, tendant la main, le saisit en lui disant : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » (Mt 14, 30-31).

Le Seigneur ne cesse de nous tendre la main. Saisissons-la et gardons-la, c’est ce que je vous souhaite et c’est ce que nous pourrons demander ce matin dans la prière.

 

+ Jean-Pierre cardinal RICARD

Archevêque de Bordeaux

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