Vivre le Carême, avec saint Joseph comme compagnon...

Je l’observe en Gironde : dans ce temps de crise, ils sont nombreux à tenir leur mission, sans bruit, sans discours, mais à agir : comme Saint Joseph, ils sont là où ils doivent être et font ce qu’ils ont à faire. C’est peut être le point d’attention de notre carême cette année.

Mgr Jean-Paul James

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Au moment où nous entrons en Carême, avec la célébration des Cendres ce mercredi 17 février, Mgr Jean-Paul James nous invite à cheminer vers Pâques au côté de saint Joseph. Editorial paru dans le journal "Eglise catholique en Gironde" de Février 2021.

Le carême commence. C’est un temps important de ressourcement ! Comment le vivre cette année ? Les privations, les renoncements sont déjà nombreux : gestes d’amitié et d’affection rendus plus difficiles avec nos proches, rencontres de groupes limitées à cause du couvre-feu, célébrations avec un nombre réduit de personnes. Bref, avant même le début du carême, nous sommes en temps de pénitence ! Dans sa lettre « Avec un cœur de père », le Pape François nous propose une année Saint Joseph. Alors, pour vivre notre carême 2021, prenons Saint Joseph, comme compagnon de route.


En début d’année, j’évoquais combien l’espérance ne va pas de soi. Il est plus facile de désespérer, de se laisser gagner par la tristesse ou la lassitude. Alors, regardons Saint Joseph ; son seul prénom nous fait poser un acte d’espérance : Joseph veut dire : « Dieu ajoutera ». Mais qu’ajoutera Dieu ? La vie. Quel est l’enjeu de notre carême : la vie, plus de vie, la vie de Dieu en nous et autour de nous ! C’est l’appel du carême : « Choisis la vie pour que vous viviez » (Dt 30, 19) Dans l’Ecriture Sainte, il y a toujours un Joseph quand la vie est en jeu : au livre de la Genèse, Joseph le Patriarche, en Egypte, accueille ses frères et veut qu’ils vivent : il les sauve de la famine et se réconcilie avec eux. Joseph, l’époux de Marie, accueille Jésus et protège la vie de l’enfant et de la mère. Le vendredi saint, Joseph d’Arimathie prête son tombeau pour déposer le corps de Jésus : c’est de là que jaillit le Christ ressuscité et vivant ! Au début de l’Eglise, Joseph, surnommé Barnabé, l’homme du réconfort, est présent à la naissance de communautés vivantes. Au début du carême, nous prenons Saint Joseph comme compagnon et Dieu ajoutera la Vie, Sa vie à nos personnes lassées d’une épidémie qui dure.
La marche vers Pâques, cette année, peut nous paraître plus difficile. Le contexte est lourd, incertain. En choisissant Saint Joseph comme compagnon, nous prenons un habitué de la marche : de Nazareth à Bethléem, de Bethléem en Egypte, de l’Egypte à Nazareth, de Nazareth à Jérusalem, il y en a des déplacements de Joseph au début de l’Evangile ! Il sait ce que sont les routes peu sûres, l’inconfort des voyages. Mais il prend la route. Il nous aide à faire le petit pas supplémentaire sur le chemin de la Vie et de l’Amour. Et pourquoi Joseph prend-il la route ? Qu’est-ce qui lui fait prendre la route ? La Parole de Dieu. Dieu s’adresse à lui, en songes. Qu’est-ce que cela dit de Saint Joseph ? Cela dit d’abord qu’il est familier de l’Ecriture ; lui, un juif accueille, médite, goûte la Parole de Dieu. Même dans son sommeil, la Parole de Dieu ne le lâche pas. Voilà un enjeu du carême 2021 : contre les démons du découragement, du rêve, du désespoir, la Parole de Dieu ! N’oublions pas les réponses du Christ au Tentateur dans le désert : un passage d’Ecriture. Le carême, un temps privilégié pour méditer l’Ecriture. Les propositions ne manquent pas. Et si, sur l’écran de veille de notre ordinateur usé de visioconférences, nous mettions un verset de l’Ecriture ? Saint Joseph nous encourage à accueillir la Parole de Dieu. Il lui fait confiance !

Et pourtant, l’annonce de la naissance de Jésus a de quoi surprendre. Voilà Joseph affronté à un évènement inédit. Sa mission ne se vit pas sans douleur et sans questionnements. C’est l’écoute de la Parole de Dieu qui lui fait trouver l’attitude juste. Joseph est un homme juste, c’est-à-dire ajusté au projet de Dieu, acceptant la mission que Dieu lui confie. Quelle est cette mission ? « Marie enfantera un fils et tu lui donneras le nom de Jésus » (Mt 1, 20). C’est-à-dire : tu l’adopteras ! Tu seras son père adoptif. À l’époque, donner un nom, c’est adopter l’enfant. L’épidémie actuelle nous place devant des situations déroutantes, des défis nouveaux. Il y en a des questions sur le monde d’après et la manière d’animer nos communautés chrétiennes, sur les orientations à privilégier. Parfois, nous sommes tentés de vouloir nous replier, rejeter notre époque, ignorer ce que nous disent les évènements : Joseph nous invite à l’adoption. Adopter notre corps fragile et tellement dépendant de son environnement, adopter les situations inédites à affronter. En les vivant dans la foi, en nous laissant éclairer par la Parole de Dieu, nous trouverons l’attitude juste pour les vivre.


Joseph ne fait aucun discours. Il n’y a aucune parole de lui dans l’Evangile, mais des actes. Désormais, il est tout donné à sa mission de père adoptif ; il protège l’enfant et sa mère. « Son silence persistant ne contient pas de plaintes mais toujours des gestes concrets de confiance. Il se donne » (Pape François). Joseph aspire à la réussite de la mission qui lui est confiée : l’enfant Jésus est destiné à une grande mission. Avec Marie, il en a la responsabilité ; il fera tout pour ne pas échouer. Il introduit Jésus dans son atelier, il rend Jésus capable de prendre des responsabilités concrètes dans son travail. « Être père signifie introduire l’enfant à l’expérience de la vie, à la réalité, ne pas le retenir, ne pas l’emprisonner, ne pas le posséder, mais le rendre capable de choix, de liberté, de départs » (Pape François, Patris corde). A la suite de Saint Joseph qui a accueilli Jésus enfant fragile, nos communautés, nos groupes continuent à accueillir, accompagner, soutenir la personne malade, souffrante, les personnes en situation de précarité, fragilisées par la crise pour qu’elles trouvent leur place dans le monde actuel. Le carême nous donne un nouvel élan pour vivre la diaconie de l’Eglise. Je l’observe en Gironde : dans ce temps de crise, ils sont nombreux à tenir leur mission, sans bruit, sans discours, mais à agir : ce sont les parents et grands-parents qui ont à soutenir un des enfants étudiants, un autre en recherche d’emploi, les plus petits qui ne comprennent pas toujours les gestes-barrières ; ce sont les personnels soignants, les enseignants et directeurs d’écoles, les animateurs de nos groupes de jeunes, les membres des aumôneries ; mais aussi avec eux, toutes les personnes qui vivent leur métier et facilitent notre quotidien. Ce sont les gens de la vie ordinaire : comme Saint Joseph, ils sont là où ils doivent être et font ce qu’ils ont à faire. C’est peut-être le point d’attention de notre carême cette année.


« Nous pouvons trouver en Saint Joseph l’homme qui passe inaperçu, l’homme de la présence quotidienne, discrète et cachée, un intercesseur, un soutien et un guide dans les moments de difficulté » (Pape François). Invoquons-le : Saint Joseph, dans ce temps de carême, conduis-nous sur le chemin de la vie.

PHOTO : LA FUITE EN EGYPTE - Henry Ossawa Tanner - 1923 - DOMAINE PUBLIC

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