Ordinations 2022 : homélie de Mgr James

Chers frères ordinands, s’il vous plaît, aimez concrètement celles et ceux que vous servirez, les convaincus et les hésitants, les militants et les prudents, les affectifs et les cérébraux, aimez-les tous de l’amour du Christ.

Retrouvez l'homélie de Mgr Jean-Paul James à l'occasion de l'ordination presbytérale de Charles Bruet, Clément Barré et Basile Dumont.

« En cours de route, il dit à un autre : suis-moi ! » Frères et sœurs 3 hommes jeunes s’engagent ce soir dans ce qui ressemble à une association, où il n’y a pratiquement pas de promotion ni d’évolution de carrière. Ils se sont déjà engagés dans le célibat et la continence. Et ils rejoignent un groupe d’hommes qu’on appelle les prêtres, groupe de moins en moins nombreux et vieillissant. Clément, Charles et Basile seraient-ils devenus fous ? S’ils n’ont pas perdu la tête, qu’ils nous donnent les raisons de leur choix ! Les raisons, de fait ils nous les donnent. Les raisons nous les trouvons dans les textes de ce dimanche, qu’ils n’ont pas voulu changer, et dans les gestes de l’ordination, qu’ils désirent depuis des années. Par le sacrement de l’ordre ils sont appelés à être prêtres, c’est-à-dire pasteurs et apôtres au service du peuple de Dieu.

Oui, ils sont appelés. « Jésus leur dit : Suis-moi ! » C’est la raison majeure d’un tel engagement qui peut paraître tellement étrange aujourd’hui. C’est la raison majeure : suivre le Christ ! Non pas suivre des valeurs, des théories ou de belles idées. Suivre le Christ : c’est le point de départ de tout engagement chrétien. Suivre le Christ, non pas mes intuitions, mes passions ou mes pulsions, non pas l’air du temps ou le courant comme un chien crevé, suivre le Christ. Et aujourd’hui, le Seigneur, après les avoir revêtus déjà du vêtement blanc du baptême, leur tend le manteau nouveau, la chasuble, signe d’une nouvelle mission : ils vont être habillés de la mission du Christ Jésus Bon Pasteur qui rassemble son Peuple ! Alors folie tout cela ? On pourrait le penser ! La tâche est si grande et le contexte si éprouvant ! Comment accueillent-ils cette mission nos trois frères ? En héros ? Non, je l’ai lu dans leurs lettres et j’en témoigne : comme des pauvres ! comme des pauvres ! Charles et Clément dans leurs lettres citent Saint Paul : « la grâce du Christ vient au secours de notre faiblesse, je peux tout en celui qui me fortifie ». Et Basile, lui, évoque le beau témoignage de Pierre Goursat, fondateur de l’Emmanuel : l’humilité de Pierre Goursat. Oui, tout ministère dans l’Église ne se comprend qu'à cause et dans l'Amour pour le Christ, notre Bon Berger. Ceux qui vivent ces engagements, le font parce qu’ils veulent vivre pour le Christ et avec lui, unis à lui. Saint Charles de Foucauld, canonisé il y a un mois, écrivait : « l'imitation est inséparable de l'amour : c'est le secret de ma vie. J'ai perdu mon cœur pour ce Jésus de Nazareth. Et je passe ma vie à l'imiter autant que le peut ma faiblesse ». Voilà chers amis la folie de ces 3 ordinands. Voilà le chemin de ces 3 ordinands. Un chemin qui à cause du Christ va jusqu’à tout donner, jusqu’au don de soi-même. Les ordinands vont risquer devant nous ce geste fou : s’étendre sur le sol, à terre, se prosterner ! Tout le monde comprend le geste : c’est le geste de Jésus étendu sur la croix et couché dans le tombeau, Jésus qui a tout donné. A sa suite, habité par l’Esprit-Saint et dans l’élan de l’Esprit-Saint, le pasteur lui aussi donne tout. Il s’en remet, avec confiance, entre les mains de Dieu. Car il en a l’assurance : comme le grain de blé tombé en terre, l’abandon entre les mains de Dieu est porteur de vie et de joie. C’est l’assurance des trois ordinands, c’est notre assurance dans la foi chrétienne.

Oui, ils sont appelés, appelés à être pasteurs, et apôtres, librement, et à partir au service de tous. Librement oui, ils l’écrivent dans leurs lettres. C’est un choix libre. A la suite de Saint Paul dans la 2ème lecture, chers frères ordinands, vous avez éprouvé dans tout votre être, pendant ces années de séminaire, que la vraie liberté est dans la décision de se donner sans retour. Oh bien sûr vous n’êtes pas seuls à avoir pris cette décision. Sur la route du don de soi, sur la route Christ Jésus, vous retrouvez vos frères aînés prêtres : avec joie et gravité, dans un instant, ils vont vous imposer les mains. Sur la route du don de soi, la route du Christ, vous allez retrouver vos frères et sœurs mariés, vos frères et sœurs consacrés ! Joie, beauté, grandeur de ces engagements définitifs, où on se donne totalement et librement : comme il est libre, celui ou celle qui, dans ces engagements, se donne sans hésiter, sans revenir en arrière, tout tendu vers l’avant, comme et à la suite des apôtres. Dans cette Église en marche, dans cette Église synodale, nous nous soutenons dans nos engagements : non, nous ne nous mordons pas les uns les autres, nous ne nous dévorons pas les uns les autres, nous nous soutenons. Nous nous soutenons. Comment ? Par l’amour fraternel. Dans les maisonnées de la communauté de l’Emmanuel, dans les fraternités de quartier, dans les fraternités sacerdotales, nous nous soutenons. Devant la diversité des sensibilités spirituelles et pastorales des prêtres, des diacres ou des laïcs, le monde autour de nous nous encourageait à la tolérance. Le Christ lui nous appelle à davantage, Il nous appelle à l'amour. On tolère celui qu'on n'aime pas beaucoup et avec lequel on est obligé de composer. L'appel du Christ dans l’Église synodale, l’appel du Christ exige davantage : il exige une confiance, un amour, une réconciliation, une estime pour les autres. Chers frères ordinands, s’il vous plaît, aimez concrètement celles et ceux que vous servirez, les convaincus et les hésitants, les militants et les prudents, les affectifs et les cérébraux, aimez-les tous de l’amour du Christ.

Après ma visite cette semaine au phare de Cordouan et face au large avec les prêtres et les paroissiens du Médoc, je me suis rappelé la confidence d’un évêque aujourd’hui décédé, au prêtre que j’étais qui s’inquiétait des difficultés du ministère et de la foi chrétienne. Cet évêque dit : "Il y a deux attitudes possibles, soit être le dos au mur, soit être face au large. J'ai choisi d'être face au large." Vous, Clément, Charles, Basile, vous avez choisi d’être face au large. Ce large, c'est l'immensité de l'univers tenu entre les bras du Christ étendu sur la croix. Ce large, c’est l’immensité des champs déjà blancs pour la moisson. Et en regardant le large, vous repérez les foules de Gironde. Vous voyez les prêtres du diocèse avec lesquels vous serez pasteurs, les diacres, les consacrés et les milliers de laïcs avec lesquels vous serez missionnaires et pour lesquels vous serez prêtres. Réjouissez-vous ! Vous qui avez choisi d’être face au large, vous ne serez pas seuls. Car on n'est jamais seul dans l’Église. Plus que cela, je le souhaite et je le crois, des jeunes vous rejoindront. Je le dis à vous chers jeunes qui êtes dans cette assemblée de ce soir : choisissez vous aussi d’être face au large, non pas le dos au mur, non pas allongés sur le divan, choisissez non pas une vie étriquée mais la joie de répondre à l’appel du Seigneur. Il frappe à la porte de notre cœur ? N’hésitons pas. Il frappe à nouveau, n’hésitons pas, n’ayons pas peur. Regardons le large. Le Seigneur nous le suivrons. Le Seigneur n’enlève rien… Il donne tout ! Amen.

Dimanche 26 juin
Cathédrale Saint-André