"Ne nous laissons pas voler notre joie pascale !"

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Depuis la cathédrale Saint-André, ce dimanche 12 avril 2020, Mgr Jean-Paul James, archevêque de Bordeaux, adresse son message de Pâques aux fidèles de l'Eglise catholique qui est en Gironde en cette période d'épidémie de Covid-19 et de confinement.
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Le Christ est ressuscité ! C’est le message pascal ! La joie pascale ! Cette année plus que les autres, la joie est incomplète : le covid 19 agit toujours. Joie incomplète, car à la table familiale ce dimanche, il y aura des places vides ; les déplacements sont impossibles. Joie incomplète car nous tremblons pour la santé d’un membre de la famille, plus exposé à cause de sa profession. Joie incomplète car l’économie est à l’arrêt, avec les inquiétudes pour les emplois ! Joie incomplète car des personnes en précarité vivent très durement cette crise. Alors, faudrait-il se dispenser de la fête de Pâques ? Surtout pas ! Ne nous laissons pas voler la joie pascale ! Dans notre vulnérabilité le Christ ressuscité nous rejoint ; et Il met le projecteur sur l’essentiel de nos vies.

La crise sanitaire met en évidence notre fragilité : un virus nous met à terre. Nous sommes vulnérables. Notre monde est vulnérable, et notre mode de vie : tant de choses qui nous paraissaient presque naturelles, prendre la voiture ou le train pour faire une visite, sont remises en cause. On nous parlait d’une espérance de vie presque sans limites et nous nous redécouvrons mortels ! Des activités, des loisirs, des relations rendues impossibles ! Oui nous sommes fragiles. Le premier jour de Pâques, c’est à des personnes fragiles que le Seigneur ressuscité se manifeste. Marie-Madeleine la première à se rendre au tombeau, puis Pierre, puis Jean passent par une crise terrible ! Ils avaient misé sur un homme et le voilà condamné et mis à mort comme un vulgaire bandit ! Ils croyaient tenir un chef qui allait satisfaire leurs ambitions, assurer la prospérité et ça se termine lamentablement. Leur maître, leur chef, leurs rêves enterrés ! C’est à ces gens-là que le Christ ressuscité se manifeste ! Et l’évènement pascal les sidère ! Ils ne savent pas trop comment en parler ! Ils ne savent pas trop s’il faut rire ou pleurer ! Et on voudrait qu'ils aient monté une supercherie ! Mais ils en étaient bien incapables ! Pâques les prend tous par surprise. C’est l’humilité, la joie humble du jour de Pâques ! J’aime ces Evangiles tellement vrais qui ne cachent pas que pour ces disciples aussi, il n'a pas été si facile d'entrer dans le mystère de la Résurrection du Christ. Merveille notre Dieu qui vient nous rejoindre dans nos fragilités, nos vulnérabilités et qui nous étonne. J’aime cette icône de la descente aux enfers. Le Christ ressuscité, vivant, saisit le poignet d’Adam et le relève. Adam, Eve, c’est chacun de nous dans ce temps de crise ! Il nous tire vers un monde nouveau, il met debout l’homme, la femme qui se lancent dans une vie nouvelle, une autre manière de vivre ! St Pierre un marin-pêcheur, St Paul un fabricant de tentes se lancent sur les routes du monde romain pour annoncer l’Evangile. Dans la crise, la vie jaillit, des groupes se créent. C’est vrai aujourd’hui : des catéchumènes adultes viennent de milieux anticléricaux. Des catéchumènes lycéens sont issus de familles indifférentes à leur démarche. Des personnes tirent les conséquences, jusque dans leurs choix professionnels de leur rencontre du christ ressuscité.

Oui, c’est la joie pascale ! De la mort, jaillit la vie ! L’amour qui se donne, et jusqu’au bout est vainqueur de la mort ! Avez-vous remarqué à qui Jésus ressuscité apparait ? A Pilate ? Non, aux soldats romains ? Non, pas plus à Hérode ! D’abord parce que Jésus n’est pas là pour prendre sa revanche et régler ses comptes ! Il apparait à ses amis, ceux qui l’ont suivi ! Il les rejoint chez eux ! Qu’est-ce que cela veut dire ? Un point majeur de notre foi chrétienne. Il met le projecteur sur l’essentiel de nos vies : notre foi au Christ ressuscité souligne le sérieux de nos relations humaines. Nos relations familiales, nos amitiés, la fraternité que nous voulons vivre, nos relations de solidarité ont un poids d'éternité ! Nous ne sommes pas des individus isolés, perdus dans le vaste monde, et soumis à une mondialisation sauvage ; nous sommes des personnes faites pour la relation. C’est le geste de Jésus sur l’icône : il rétablit le lien. Sans relations avec nos proches, nous sommes morts ! C’est la grande œuvre de Jésus ressuscité : restaurer les liens avec lui et entre nous. Non, notre foi en la résurrection ne fait pas de nous des résignés, des fatalistes du style : le monde est contaminé vivement l’éternité ! Bien sûr, nous aspirons au Royaume de Vie, d’amour, mais nous agissons dès maintenant sur les lieux de fracture, de désespoir. Non, nous ne sommes pas des individus isolés, mais nous dépendons les uns des autres. Et nos métiers, c’est pas seulement pour gagner de l’argent, c’est pour le service des autres : nous le redécouvrons en applaudissant les personnels soignants, mais aussi les caissières de nos magasins ou ceux qui s’occupent de la propreté de nos rues. Non, nous ne sommes pas des individus isolés, nous sommes solidaires des plus fragiles, des plus petits de nos frères. Voilà ce que nous dit le Christ ressuscité, voilà ce monde nouveau vers lequel il nous entraîne dans cette joie pascale. C’est la joie de croyants qui perçoivent la dure réalité de l’existence humaine, qui n’ont pas d’illusions sur les forces du mal, mais qui savent que la mort n’aura pas le dernier mot. Car le Christ l’a vaincue. Cultivons cette joie pascale entre nous, en renforçant, en restaurant, en développant les liens entre nous, entre voisins, entre proches. Et à vous frères et sœurs croyants, je propose pour ce temps pascal, trois points d’attention, un geste, des paroles, une prière. Un geste simple : le sourire, même si c’est un sourire triste, car il y a quelque chose de plus triste qu’un sourire triste, c’est la tristesse de ne pas sourire ; des paroles habitées par la vie du ressuscité, non pas à la recherche du bouc émissaire, mais des paroles de bienveillance, qui encouragent, qui réconfortent et commençons en familles : chers parents, quelle est la qualité de chacun de vos enfants ? Et vous chers enfants de vos parents ? Et étendons cela même à la belle-famille ! Et puis une prière : le merci au Seigneur, l’action de grâce pour sa présence, les signes du ressuscité. Oui, frères et sœurs, cultivons la joie pascale, proclamons le message pascal : le Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité. Amen.

+ Jean-Paul James

Archevêque de Bordeaux

Évêque de Bazas

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