L'Avent et l'Espérance de Noël

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Cette année plus que les autres, j’ai hâte de fêter Noël ! Même si on réduit les illuminations dans les rues ? Même s’il y a la guerre en Ukraine avec toutes ses menaces ? Même si l’inflation rend difficile les achats pour beaucoup, surtout les personnes aux revenus modestes ? Même si les scandales dans l’Église nous ébranlent et nous désespèrent parfois ? Oui, avec tout cela, j’ai hâte de fêter Noël ! Les caricatures de la fête, le gaspillage, le faux-semblant s’estompent pour laisser place au message lumineux de Noël : « aujourd'hui, vous est né un sauveur » (Lc 2, 10). Un message d’Espérance pour un monde et des cœurs humains qui en manquent.

Le temps de l’Avent nous prépare à cette grande fête. Pour fêter Noël de manière plus authentique, quatre semaines nous sont proposées. Et des très beaux textes liturgiques ! Je vous invite à être attentifs aux premières lectures des messes. Je retiens l’une d’entre elles, celle de la messe de minuit : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres, a vu se lever une grande lumière » (Is 9, 1). À l'époque d'Isaïe, un roi de l'Irak actuel, fort, totalitaire, menaçant et très fier de lui a une armée redoutable. Partout où il passe, il écrase et détruit. Il sème la mort. Et à Jérusalem, on s'inquiète, comme on s’inquiète aujourd’hui en Ukraine, mais aussi dans toute l’Europe.

À l’époque du Christ, le peuple qui marche dans les ténèbres, c’est un peuple occupé, esclave, écrasé. Et les croyants sont un petit reste dans l'immense empire romain que César Auguste dénombre, car il veut évaluer son pouvoir. Et les croyants se désolent : Dieu les aurait-il oubliés ? Dieu pourrait-il les libérer de leurs malheurs ? Pourrait-il vaincre les épreuves ? « Ah Seigneur, si tu déchirais les cieux, si tu descendais ! » (Is 63, 19) : c’est la prière des croyants. C’est la prière de Marie et de Joseph. C’est notre prière souvent quand nous suivons les actualités du monde, et que nous évaluons l’état de l’Église.

Et quelle est la réponse ? « Un enfant nous est né, un fils nous a été donné » (Is 9, 5) ; « Vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire » (Lc 2, 12). Oui, il y a les ténèbres, des pouvoirs mortifères, des contre-témoignages, mais un enfant nous est né. C’est la réponse du Seigneur ! C’est clair : notre Espérance est autre que bien des espoirs humains. En effet, la réponse est étrange ! Comment mettre en balance les ténèbres, la violence des puissants et l'enfant ? Qu'est-ce que cet enfant face au pouvoir de César ou d'Hérode ? Cela paraît dérisoire ! Que veut dire Dieu ? Tant de parents et de grands-parents en ont fait l’expérience à l’occasion d’une naissance : quand on se penche sur un enfant, que voit-on ? On voit de l'invisible, on devine le surgissement d'une existence dont on ne sait absolument pas ce qu'elle sera. Mais ce qu'on sait c'est que c'est une existence qui peut changer tout, qui a déjà changé pas mal de choses dans le cœur des parents. Et cela a un prix infini et extraordinaire. C'est plus fort que nous, c'est plus grand que nous. Dieu se manifeste à notre monde souffrant, sous les traits d’un nouveau-né. En choisissant de se faire petit enfant, lui le Sauveur du monde peut changer nos cœurs. Au cours de l’Avent, laissons l’Enfant-Dieu naître dans notre cœur et dans notre vie. « Le Christ aurait bien pu naître mille fois à Bethléem. S'il ne naît pas dans ton cœur et dans ta vie, il est né en vain » (Angelus Silesius). Laissons-le naitre pour renaître à l'Espérance. 

Pensant aux épreuves du monde et de l’Église, aux textes de l’Écriture, et pour nous préparer à Noël, je vous propose une représentation de la Nativité du Seigneur : un tableau de Georges de La Tour. C’est un peintre du clair-obscur.  La scène se déroule de nuit, la nuit du monde, notre propre nuit : Pour certains parmi nous, peut-être l'avenir paraît-il trop incertain ? La vie humaine menacée ? Ou s'agit-il de solitude ? De soif d'amour non satisfaite, d'un vide mal défini ? C'est au coeur de la nuit que la lumière de Noël se propose. Dans le tableau, la source de la lumière est cachée par la main de la femme. La Lumière est discrète, mais elle éclaire les visages d'un Nouveau-Né et de deux femmes.  Beaucoup célébreront l’Espérance et la lumière de Noël en famille. Ils se réjouiront du regard émerveillé et lumineux des enfants, ce jour-là. Ils se réjouiront du regard serein et heureux de nos aînés qui aiment voir leur famille réunie.  

Au centre du tableau, Georges de La Tour, à la différence des peintres de son époque, dessine un « vrai » nouveau-né ; le visage est lisse, il n'a ni cheveux ni sourcils. L'artiste ne dessine pas l'auréole qui signale la divinité de l’Enfant, mais le geste de la main plein de respect de la servante suggère le Mystère. Ce n'est pas n'importe quelle naissance :  Dieu se fait homme. Il se fait l'un de nous. C'est l’Espérance de Noël : en se faisant l'un de nous, Dieu souligne la dignité de toute personne humaine, du sportif au vieillard grabataire ou à l'enfant trisomique. "Par son incarnation, Dieu s'est en quelque sorte uni lui-même à tout homme" (Gaudium et Spes n°22). Le Fils de Dieu a voulu connaître la vie ordinaire d'une famille. Il nous incite à être toujours plus attentifs et à goûter les simples joies humaines : joie de l'existence et de la vie, joie de l'amour vrai et d'un travail soigné, joie du service, joie exigeante du don de soi.

Les deux femmes, comme illuminées par l'Enfant, contemplent le Mystère de Noël. La Mère a un visage plein de douceur, de sérénité. La chaleureuse présence de Notre-Dame est soulignée par la couleur de son vêtement. Marie entoure Jésus de sa tendresse. Elle donne au monde, le Sauveur. C'est sa mission. C'est aussi la nôtre :  proposer le Christ, par nos paroles et nos gestes d'amitié, d'affection, par les cadeaux les plus simples de ces jours de fête, et surtout par nos vies offertes.

Chers amis, le temps de l’Avent nous prépare à accueillir l’Espérance de Noël. Cette Espérance s’appuie non pas sur nous, mais sur le roc de la Parole de Dieu : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres, a vu se lever une grande lumière » (Is 9, 1). Préparons-nous ensemble à recevoir le message de Noël, à accueillir de manière nouvelle, « le Christ notre espérance » (1Tm 1, 1).  

Bon temps d’Avent,

+Jean-Paul James

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Georges de La Tour - Le nouveau-né, 1645