La flamme de la foi s’entretient en accueillant la lumière des autres !

Nous ne pouvons pas « vivre la charité par procuration »

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Retrouvez l'éditorial de Mgr James, archevêque de Bordeaux pour la rentrée 2021.

 Cet été, à Tokyo, autour de la flamme olympique, des athlètes du monde entier ont disputé des compétitions. A la fin de l’été, autour de la même flamme olympique, des athlètes avec un handicap impressionnent par leur courage. J’accueille ces moments, comme une parabole de notre rentrée scolaire, universitaire, pastorale. Nous allons vivre cette année, dans la lumière de la foi chrétienne, une lumière qui guide nos intelligences et nos engagements, une flamme qui réchauffe et encourage nos élans de fraternité et de solidarité.

 Oui, la lumière de la foi. Pour aujourd’hui. Le christianisme n’appartient pas au passé obscurantiste d'un monde révolu. En ce début d’année, je parle de la « lumière de la foi », de sa pertinence pour notre vie personnelle et pour le monde. La lumière nous guide. Comme les athlètes dans leur parcours sportif, notre parcours de foi connaît l'épreuve et l'enthousiasme, l'assurance ferme, les hésitations et les questions. Notre personne tout entière est mobilisée, affectée, transformée par la foi qui nous habite. Adultes, nous avons besoin d’en vérifier les fondements, de confronter notre foi aux évènements de notre vie : on n’est pas croyants de la même façon à 10 ans, à 30 ans ou à 70 ans. De ce point de vue, le parcours de catéchèse pour adultes « croire et comprendre » veut nous aider. Et les enfants et les jeunes ? De même que les athlètes se forment très tôt aux bases de leur discipline, les enfants ont besoin d’acquérir les fondements de la foi. Pour redire l’importance de la catéchèse pour enfants, une campagne de communication est lancée en Gironde. Affiches, tracts seront diffusés largement. Ils n'ont pas vocation à rester dans les sacristies ou les coffres des voitures ! Ils sont à faire connaître. Grâce à qui ? Aux paroissiens par exemple. Ce qui va aider des parents peu pratiquants à franchir le pas du catéchisme pour leur enfant, c’est qu’ils auront pu parler avec quelqu’un de la paroisse, ne serait-ce que pour savoir près de qui s'inscrire. Comment les membres d’une communauté chrétienne sont-ils désireux de transmettre des informations sur la catéchèse ? Quelles démarches sont-ils prêts à faire pour aller à la rencontre des parents ? C’est la communauté chrétienne toute entière qui est responsable de la catéchèse des enfants, et pas seulement les prêtres ou les catéchistes.

 Dans leur entraînement et dans la compétition, les athlètes sont soutenus : ce sont les entraîneurs, les soignants, les supporters, mais aussi l’équipe à laquelle ils appartiennent. Si c’est vrai dans le monde du sport, ce l’est encore davantage dans la foi chrétienne. Benoit XVI parlait d’un changement important à vivre : le passage d’un christianisme sociologique à un christianisme de choix. Dit autrement, ce ne sont pas le groupe social, le quartier ou le village qui soutiennent la pratique de la foi chrétienne. C’est, de plus en plus, une décision personnelle. Et nos décisions ont besoin de se nourrir de la foi d’autres personnes. La flamme de la foi s’entretient en accueillant la lumière des autres. Plusieurs parmi nous, appartiennent à des mouvements, groupes de prière ou groupes de spiritualité. Plusieurs autres n’ont de contact avec d’autres chrétiens qu’à l’occasion d’une célébration. Développons les fraternités chrétiennes de quartier ! Et qu’est-ce qu’une fraternité ? C'est un groupe pas trop nombreux pour que ses membres se connaissent assez et entretiennent des relations fraternelles (et pas seulement pendant les réunions). Dans un tel groupe, les membres prient ensemble. Ils lisent la Parole de Dieu puis, à sa lumière, réfléchissent et décident d'agir. Ils se soutiennent mutuellement pendant et en dehors des rencontres. Ils ont le souci de faire naître d'autres groupes : leur groupe est ouvert, accueillant et toujours prêt à se démultiplier.

 À la demande du Pape, le 17 octobre prochain, nous allons vivre le début du processus qui conduira au synode des évêques. Il a un thème : la synodalité. Ce thème évoque notre pèlerinage commun dans la foi chrétienne. C’est ensemble, par exemple, que nous portons l’avenir de nos secteurs pastoraux, prêtres, diacres, laïcs.  Je trouve beaucoup d'actualité à un proverbe africain : « Si tu veux aller vite, vas-y seul. Si tu veux aller loin, allons-y ensemble ! » C’est vrai pour un secteur pastoral, c’est vrai tout autant entre les secteurs pastoraux : les visitations ont laissé un excellent souvenir. Si elles portent du fruit, pourquoi ne pas les poursuivre ? Il n'est d’ailleurs pas honteux de reprendre les documents ou les initiatives d'autres paroisses que la sienne. Je compte aussi reprendre les conclusions du conseil pastoral diocésain sur le souci de la solidarité, de l’attention aux plus faibles, dans le diocèse. Nous ne pouvons pas « vivre la charité par procuration », déléguer ce souci des plus fragiles à un organisme pour éviter de les rencontrer dans nos rassemblements. La foi chrétienne n'est pas pleinement en acte si nous ne portons pas le souci des plus petits de nos frères. Quelle place ont-ils dans nos groupes ? Et cette solidarité s’étend aussi à notre « maison commune ».  Les rapports se succèdent pour nous alerter, les handicaps de notre planète se font de plus en plus visibles. Il y a là un point d’attention. Revient, à ce sujet, la question posée par le Pape François dans « Laudato si’ », son encyclique : « Quelle genre de monde voulons-nous laisser à ceux qui nous succèdent, aux enfants qui grandissent ? » (n° 160 ).     

 Lumière de la foi, flamme de la charité et de la solidarité, comment éviter qu’elles s’éteignent ? Je propose, pour commencer l’année, un geste concret : un temps gratuit, une démarche spirituelle. Je vous invite dimanche 5 septembre à Verdelais, à un pèlerinage près de Notre-Dame. Nous raviverons près d’elle, cette lumière qui habite en nous depuis notre baptême. Les athlètes des jeux paralympiques rayonnent la joie de concourir, la joie de se retrouver, la joie d’avoir pu donner sens à leur vie avec leur handicap. Nous chrétiens, avec nos talents et nos handicaps, avec nos engagements parfois coûteux, exigeants, nous sommes invités à rayonner la joie de croire.  « Demeure en moi Seigneur, et alors, je pourrai comme Toi, rayonner, au point d'être à mon tour, une lumière pour les autres, lumière qui émanera complètement de Toi. C'est Toi qui à travers moi, illumineras les autres » (Newman).  

                 Bonne rentrée,
+Jean-Paul James

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