Homélie Mgr James - Mercredi des cendres 2022

« Convertissez-vous et croyez à l’Évangile ». C’est une parole du Christ Jésus pour tous. Pas seulement ceux et celles qui, autour de nous, ne seraient pas baptisés, pas seulement les catéchumènes. Non, nous tous ici

Homélie de Mgr James prononcée à l'occasion de la messe des Cendres en la cathédrale de Bordeaux le mercredi 2 mars 2022.

Visages apeurés et inquiets de réfugiés, immeubles éventrés ou en feu, morts, cendres dans la ville et sur les routes, triste et dramatique réalité de la guerre en Ukraine. Le monde serait-il condamné à revivre la haine et la violence ? L'humanité irait-elle à sa perte ? Que fais-tu Seigneur ?  Au début du carême, nous jeûnons, nous crions vers Dieu. Et dans cette eucharistie, en recevant les cendres sur nos fronts, nous entendons le Seigneur : « convertissez-vous et croyez à l’Évangile ».  Car ce carême nous replace devant l’essentiel de notre foi et notre vie chrétiennes.

 

« Convertissez-vous et croyez à l’Évangile ». C’est une parole du Christ Jésus pour tous. Pas seulement ceux et celles qui, autour de nous, ne seraient pas baptisés, pas seulement les catéchumènes. Non, nous tous ici ! Certains parmi nous refusent d’entendre le Seigneur : « Convertissez-vous ? Non, cette parole n’est pas pour moi ! Il faut me prendre comme je suis ! A mon âge, on ne change plus ! » D’autres complètent : « J’ai une idée de Dieu, de la foi chrétienne, de la manière de pratiquer : elle ne changera pas ! » Nous en croisons des gens qui vous disent droit dans les yeux : « je ne bougerai pas ! C’est comme cela et pas autrement ! » Des gens figés, statiques, immobiles ! Refusant d’écouter d’autres qu’eux et d’abord d’écouter le Seigneur ! Drame de l’orgueil qui conduit à la destruction, à la mort, aux paysages de cendres. Les évènements du monde, hélas, en témoignent. Notre foi nous invite à une autre attitude. D’abord entendre l’appel de Dieu : « Convertissez-vous ! Revenez à moi de tout votre cœur ».  Revenez à moi ! Le Seigneur nous demande de nous mettre en route, d’accepter de ne pas connaître encore vraiment notre Dieu, accepter d’avoir à découvrir un geste, une parole du Seigneur que je ne connais pas encore ! Accepter de changer au moins un peu, de me transformer, de m’ouvrir, de confronter mes opinions à celles des autres, d’ouvrir mon groupe à plus large que lui, d’écouter le Seigneur et ceux qui m’entourent ! « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile », convertissez-vous, c’est-à-dire croyez à l’Évangile ». Dimanche prochain, nous allons contempler le Christ dans le désert, affronté au mal, au Satan ; à chaque tentation, il répond par un verset de l’Écriture. Voilà une première attitude pour nous : la Parole de Dieu, accueillie dans la prière, dans l’Eucharistie, à travers des frères rencontrés, est Lumière, Vie, Sagesse pour affronter le quotidien des jours, les drames du monde, les choix à faire dans la vie professionnelle, familiale, politique ou sociale.  Pour beaucoup d’entre nous, ce n’est pas notre premier carême ! Nous sommes catholiques depuis des années. Mais si ce carême 2022 nous aidait à devenir un peu plus chrétiens, c’est-à-dire habités par la vie du Christ, la Parole du Christ, l’amour du Christ et à vivre notre mission chrétienne ?

 

« Nous tous, les chrétiens, écrivait le Pape François dans la « Joie de l’Évangile », petits mais forts dans l'amour de Dieu, nous sommes appelés à prendre soin de la fragilité du peuple et du monde dans lequel nous vivons » (n°216).   Oui notre monde est fragile, la paix n’est jamais acquise. Le drame de l’Ukraine nous le rappelle hélas et nous bouleverse. La violence est sans doute un des grands mystères de notre humanité. Comment se fait-il qu'il y en ait tant, pas seulement là-bas mais aussi chez nous ? Comment se fait-il qu'il soit parfois si difficile de vivre entre nous sans nous agresser ? Comment se fait-il que tant de propos échangés entre nous sont parfois durs, méprisants ou cyniques ? La violence qui nous habite ne se convertit en douceur qu'au prix d'un long combat intérieur. C’est ce combat intérieur que nous voulons mener dans ce carême. Etty Hillesum, femme juive hollandaise morte en déportation écrivait dans son journal : « que chacun de nous fasse un retour sur lui-même et extirpe et anéantisse en lui tout ce qu'il croit devoir anéantir chez les autres. Et soyons bien convaincus que le moindre atome de haine que nous ajoutons à ce monde nous le rend plus inhospitalier qu'il n'est déjà ». « Convertissez-vous », nous répète Jésus, en prenant les moyens de la prière, du jeûne, de l’aumône. Les catéchumènes prennent la phrase du Christ au sérieux et témoignent dans leur lettre à l’évêque : « la foi chrétienne m’aide à trouver la paix intérieure », « je me suis réconcilié avec un membre de ma famille » ; « je veux me mettre au service des autres ». C’est l’expérience des catéchumènes, mais aussi la nôtre.  En accueillant la parole du Christ, son invitation à la conversion, des aumôneries, des communautés, des paroisses, deviennent plus fraternelles. L’Église, le Peuple de Dieu confiant en son Seigneur, devient peu à peu « un peuple ardent à faire le bien » (Tt 2, 14), il agit pour la solidarité à l’égard des victimes des guerres et des réfugiés, il agit pour la paix dans la justice. Oui, dans ces temps difficiles, vivons avec plus d’intensité ce carême 2022 : « convertissez-vous et croyez à l’Évangile » ! Amen.

+Jean-Paul James
Mercredi 2 mars 2022
Cathédrale de Bordeaux