Sans cesse, nous avons besoin d’être encouragés à la paix

Ainsi la paix requiert la justice, mais est appelée à aller plus loin, à entrer dans des processus de réconciliation, de pardon et de miséricorde, sans jamais oublier la première étape.

Partager sur: Partager sur Twitter Partager sur Facebook Partager sur Google+

Retrouvez le mot d'accueil et l'homélie prononcés par Mgr Bertrand Lacombe, lors de la messe solennelle pour la paix et à l'intention des victimes de toutes les guerres et du terrorisme, célébrée ce 11 novembre 2016 en l'église Saint-Bruno à Bordeaux.

Mot d'accueil

En commençant cette célébration, avec tous les participants, je salue et remercie particulièrement celles et ceux, représentants des autorités civiles, politiques, administratives, militaires, associatives et religieuses, M. le Maire de Bordeaux, M. le Préfet de région, qui ont répondu à l’invitation du cardinal Jean-Pierre Ricard à cette messe solennelle pour la paix et à l’intention des victimes de toutes les guerres et du terrorisme, alors que nous arrivons au premier anniversaire des attentats du 13 novembre 2015.

La troisième année de la Grande guerre, 1916, est marquée par des batailles qui restent dans les mémoires comme les plus sanglantes : Verdun et la Somme. Près d’un million de soldats y ont péri.

Le pape François nous invitait il y a quelques mois à reprendre ce travail de mémoire pour faire la paix et il ajoutait "aujourd'hui dans cette guerre mondiale ‘par morceaux’, que nous vivons actuellement, nous voyons beaucoup, beaucoup de cruauté. Faites toujours le contraire de la cruauté : ayez des attitudes de tendresse, de fraternité, de pardon, et portez la Croix de Jésus-Christ."

Notre manière de faire le contraire de la cruauté, de nous opposer au terrorisme, c’est notre rencontre de ce matin en cette église Saint-Bruno, pour un temps de méditation et de proximité, de prière et de célébration pour la paix, venons chercher à la source le pardon et la fraternité.

Nous portons dans notre prière toutes les victimes des guerres et du terrorisme, et plus particulièrement le Maréchal des logis-chef Fabien Jacq, mort pour la France au Mali le 4 novembre dernier.

 

Homélie 

Le mot de paix est utilisé pour se dire bonjour ou adieu, en hébreu comme en arabe. C’est un don de Dieu, le condensé de ses bénédictions "Le Seigneur dit la paix pour son peuple et ses fidèles" Ps 85,9.

Plus particulièrement pour les chrétiens, la paix est annoncée par les prophètes. Elle est offerte par Jésus, prince de la paix (Is 9,5), dont la naissance est signalée aux bergers par l’hymne angélique du Gloire à Dieu, paix aux hommes. La vie de Jésus témoigne de cette paix, dont l’une des expressions, la plus forte, se trouve au moment de la résurrection, lorsque le Christ ressuscité s’adresse à ses apôtres : La paix soit avec vous (Lc 24,36 ; Jn 20,19). C’est plus qu’une salutation, c’est en vertu de sa victoire sur la mort, qu’il donne sa paix et l’assurance de sa présence pour la réaliser. Il est lui-même qualifié de notre paix par l’apôtre Paul (Eph 2, 14-17).

Dans la liturgie de la messe, la paix est invoquée, notamment au début, puis juste avant la communion.

Sans cesse, nous avons besoin d’être encouragés à la paix, soit que nous en manquions, soit que la routine nous en détourne.

 

La paix n’est pas à confondre avec la passivité qui chercherait à maintenir une situation injuste pour ne pas faire de vague. La paix est un engagement de tout l’être pour lui-même, pour les autres, pour le monde.

Il est intéressant de constater que saint Martin, que nous honorons aujourd’hui et dont nous fêtons cette année les 1700 ans de la naissance, a commencé sa vie comme militaire. C’est dans cet état qu’il a partagé son manteau un jour d’hiver et que le Christ lui est apparu. La présence de Dieu est perceptible aux moments forts. Ce manteau partagé est le signe visible qui a marqué sa conversion et qui lui fera prendre une autre orientation. Néanmoins, il ne devient pas passif. Il fonde le monastère de Ligugé dans la Vienne et devient un grand évangélisateur. Évêque de Tours, il poursuit sa mission auprès des plus grands comme des plus fragiles, qu’il appelle à la foi. Son culte se développe à sa mort, près de 500 communes de notre pays portent son nom. Après sa conversion, Martin poursuit une vie résolument active de soldat de la paix.

 

Autre caractéristique de la paix, ce n’est pas seulement une absence de conflits ou la fin d’un état de guerre. Cela est une étape essentielle, et nous honorons et remercions tous ceux qui ont payé de leur vie, notamment en 1916, lors de batailles de Verdun et de la Somme, ainsi que ceux qui aujourd’hui encore donnent le meilleur d’eux-mêmes pour la paix, je mentionnai le Maréchal des logis-chef Fabien Jacq. Mais le service de la paix n’est pas réservé à la grande et belle mission de nos soldats de par le monde. Chacun est appelé à être artisan de paix, là où il est. La recherche de la paix autour de soi et en soi est un engagement précieux qui accompagne l’ensemble de nos activités. La solidarité de pensée avec ceux qui sont exposés est un encouragement à être artisan de paix dans la résolution des conflits de la vie qui se présentent à nous. C’est aussi dans une perspective de croissance qui prévient la haine, permet à ceux qui s’opposent de se parler, apporte un baume de paix dans l’ensemble des relations humaines.

Ce qui est énuméré dans la première lecture du prophète Isaïe : annoncer la Bonne nouvelle aux humbles, guérir les cœurs blessés, proclamer la délivrance des captifs, annoncer une année de bienfaits, consoler ceux qui sont dans le deuil trouve un grand écho dans l’Évangile de ce jour selon saint Matthieu. Donner à manger et à boire, accueillir l’étranger, vêtir celui qui est nu, visiter celui qui est malade ou en prison, on peut ajouter aussi une dernière œuvre de miséricorde : ensevelir les morts, ce sont autant de manière de servir la paix, au sens d’un apaisement et d’un relèvement des personnes au moment de l’épreuve.

 

Pour illustrer cette paix qui n’est pas de la passivité, ni seulement une absence de conflit, je voudrais reprendre une citation du pape saint Jean-Paul II pour la journée de mondiale de la paix de 2002 : "il n’y a pas de paix sans justice, il n’y a pas de justice sans pardon." Déjà, dans son message, il rappelait que l’ "on ne tue pas au nom de Dieu !" (6) et que c’est la paix fondée sur la justice et le pardon qui est attaquée par le terrorisme international (4), ces paroles restent d’actualité après les attentats de Paris, de Nice et de Saint-Etienne du Rouvray.

En son temps, saint Thomas d’Aquin établissait que la paix est l’ordre de la vie en commun sur le fondement de la justice. La paix ne peut venir sans la recherche et parfois le combat pour la justice. Pour le familier de la Bible, la justice ne s’arrête pas à une juste sentence qui laisserait repartir deux parties dos à dos. C’est aussi entrer dans un chemin où l’on se laisse ajuster les uns aux autres. Ainsi la paix requiert la justice, mais est appelée à aller plus loin, à entrer dans des processus de réconciliation, de pardon et de miséricorde, sans jamais oublier la première étape.

 

Pour mener ces préventions, luttes et combats, les chrétiens reconnaissent que les motivations peuvent être diverses. C’est le sens de l’Evangile d’aujourd’hui, ce qui est fait, n’est pas nécessairement motivé par la foi. Au contraire la 1ère lecture et le psaume insistent sur le fait que c’est Dieu qui œuvre et envoie. Ces deux aspects sont importants car ils soulignent tant la liberté religieuse et de conviction, que la nécessaire présence de Dieu pour les croyants et l’œuvre de l’Esprit annoncée par les chrétiens.

 

Que cette messe, en ce 11 novembre 2016, soit un hommage à la fois à tous ceux qui st tombés en 1916, aux victimes de la guerre et du terrorisme, à tous les artisans de paix qui donnent d’eux-mêmes, qui ont donné leur vie pour la paix.

Que ce soit aussi un encouragement pour tous les artisans de paix d’aujourd’hui. Amen

 

 

Photo : Flickr - Dominique Salé - CC BY-NC-ND

Partager sur: Partager sur Twitter Partager sur Facebook Partager sur Google+