Bioéthique, demeurer humain dans la Maison commune

« L’humanité suppose gratuité, respect, fraternité, filiation, accueil de la fragilité
et de la différence. »

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Éditorial de Mgr Bertrand Lacombe, évêque auxiliaire du diocèse de Bordeaux, paru dans le journal Église catholique en Gironde de février 2020. Il porte sur la révision en cours de la loi de bioéthique.

Nombreuses sont les raisons de se pencher sur les questions de bioéthique : le projet de loi en cours d’examen, l’engagement de l’Eglise mais aussi de divers groupes et personnes différemment situés, le climat d’inquiétude sur l’avenir, la perspective des prochaines élections… La raison principale est à la fois plus ancienne et plus profonde. Elle traverse tous les débats : est-il souhaitable, bon, moral de faire ce qui est techniquement possible ? Elle n’est pas sans lien avec l’épreuve douloureuse des couples qui ont des difficultés à avoir des enfants ou qui ne peuvent en avoir. Chacun est invité à s’informer et à se former à la lumière de l’enseignement de l’Eglise pour forger sa conscience. Ce sera aussi une manière de poursuivre l’engagement dans le débat.

Des inquiétudes pour l’avenir

Ce qui est possible en matière de bioéthique, et donc les répercussions immédiates sur le quotidien, se situe à brève échéance. Rappelons quelques questions posées : dignité et droits de l’enfant, PMA sans père qualifiée parfois de mise en œuvre de ‘l’invraisemblable’, diagnostic préimplantatoire et conséquences… La porte est ouverte à un certain nombre de menaces : marchandisation du corps de la femme en cas de GPA et de la procréation en général, marché des tests génétiques, contrôle en matière d’intelligence artificielle, modification de l’embryon humain et sélection, embryons chimères, eugénisme…
Le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France a rappelé le 13 janvier 2020 ce repère éminent : ‘Aucun être humain ne peut en traiter un autre comme un objet’. D’un point de vue éthique, ces évolutions techniques s’accompagnent de la survalorisation de l’envie ou du désir par rapport au bien, au bon, au vrai.
Deux critères immédiats de discernement de ce qui n’est pas acceptable sont l’amoindrissement de la dignité de la personne humaine et la marchandisation du vivant humain. On se trouve ainsi devant autant de questions auxquelles il convient de s’atteler tout en ayant à l’esprit les réponses peu opportunes qui ont pu être apportées par le passé : tentation du salut par le progrès, diktat technico-économique, oubli des personnes fragiles (voire pire)…

Conditions du débat

Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes, porte l’ensemble de ses questions de longue date pour la Conférence des évêques de France au sein du groupe bioéthique qu’il préside1. Dans une lettre au Premier ministre du 27 janvier dernier, il souligne qu’il ne suffit pas de s’attacher à la qualité d’un débat et son caractère pacifique. D’autant que nous nous attristons des dernières dérives, dont certaines dans notre métropole. Nous voulons croire qu’elles sont le fait de personnes isolées, et nous continuons notre engagement dans la cité au service de la paix et de la fraternité. Ces débats doivent se tenir dans le respect, la dignité et l’écoute de chacun.

Des convergences dans des questionnements issus de tous horizons.

Les inquiétudes se font sentir de tous bords. Des groupes constitués, des collectifs et des personnes prennent position et se manifestent. Le CORP (Collectif pour le respect de la personne) et des mouvements féministes luttent pour l’abolition de la GPA au niveau mondial. Deux collectifs se revendiquant de gauche ont alerté sur la modification génétique des embryons à des fins de recherche dans les quotidiens ‘Le Monde’ et ‘Libération’ mi-janvier. Notons les prises de paroles engagées de praticiens de la santé, d’acteurs politiques comme les Poissons roses, ou de philosophes telle Sylviane Agacinski qui n’a pu participer à une conférence à l’université de Bordeaux le 24 octobre dernier, au motif de ‘menaces violentes’.

Le collectif ‘Marchons enfants’ regroupant notamment ‘La Manif pour tous’, ‘Alliance Vita’, les ‘Associations familiales catholiques’, ainsi que d’autres associations et mouvements, mène une lutte explicite pour notamment promouvoir le service de la vie, défendre la paternité et la filiation.

La diversité d’origines de ces courants, allant parfois jusqu’à s’opposer, sur l’avortement par exemple, converge néanmoins et donne du poids à une attitude pleinement humaine.

Demeurer humain pour respecter la dignité des personnes, notamment des plus fragiles

Au cours de l’histoire, les exemples de limitations pour le bien de l’humanité sont nombreux. Aujourd’hui, la dignité de la personne est atteinte par la marchandisation, l’instrumentalisation, la fabrication, la modification du vivant. Ce qui peut être perçu comme des limites, est au contraire un moyen de progresser grâce à des balises. Il ne s’agit pas de s’opposer au progrès, la question est davantage de savoir comment mieux en bénéficier. L’étendue immense qui s’ouvre avec la bioéthique invite à demeurer humain tant dans ces nouveaux champs eux-mêmes que dans la manière de les aborder. L’humanité suppose gratuité, respect, fraternité, filiation, accueil de la fragilité et de la différence.
Il convient de remercier tous ceux qui de différents horizons sont acteurs d’un vrai débat à l’écoute attentive de chacun. Ils s’engagent pour le service de la dignité de la personne aujourd’hui et demain, animés par un bon sens éthique orienté vers l’humain et la fraternité.

La grâce de la Parole

Jusque-là l’argumentation était volontairement humaine pour être plus largement partagée. Mais il convient d’accueillir la spécificité et le cœur de notre foi chrétienne. La dignité la plus profonde de l’être humain est donc offerte par Dieu qui crée à son image et à sa ressemblance. Les joies et les épreuves sont transformées par la grâce qui libère du mal et du péché. La vocation de l’être humain est la vie éternelle dans son corps qui deviendra glorieux.

Le progrès scientifique et technique seraient-il disqualifiés par l’Eglise ? Celle-ci au contraire, encourage la recherche et se réjouit d’un meilleur traitement des maladies et de la douleur. Pour autant, le progrès n’est pas érigé en norme ou en absolu, il est soumis au discernement de la raison éclairée par l’Esprit. Paraphrasant un verset biblique (Dt 8,3 repris par Jésus), on pourrait dire : L’homme ne vit pas seulement de progrès mais aussi de toute parole qui sort de la bouche du Seigneur. Le progrès comme le pain sont indispensables, la Parole de Dieu les devance.

Laudato si’, au sein de la maison commune

Parmi les paroles prophétiques du pape François, l’encyclique ‘Laudato si’ est certainement une clef pour appréhender l’ensemble des questions de bioéthique et au-delà2. Celles-ci ne doivent pas nous accabler mais plutôt nous encourager à promouvoir la vie de la conception à la mort naturelle, et ainsi à entrer dans l’espérance. En Christ, demeurons humains et fraternels pour le bien de notre maison commune !

+ Bertrand Lacombe

Évêque auxiliaire de Bordeaux

1 - Sur l’ensemble des questions, on pourra utilement se reporter à ses récents ouvrages : Bioéthique, quelle société voulons-nous pour aujourd’hui et demain ? Éd. Balland, 128p, 10 € et Bioéthique, quel monde voulons-nous ? Discerner des enjeux d’humanité, Éd. Cerf, 119p, 9 €

2 - On peut citer les préoccupations des Français exprimées ces derniers mois avec notamment les gilets jaunes et les réactions au projet de loi sur les retraites. En soulignant combien ‘tout est lié’, c’est tout un projet de société qui est en jeu.

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