“Vous êtes un signe vivant et un appel adressé à notre Église”

Jean-Michel, Cyril, Éloi, Henri, Kit et François, notre diocèse de Bordeaux est heureux de vous accueillir en tant que prêtres et diacres comme des acteurs dans ce grand champ d’évangélisation qui s’ouvre devant nous.

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Homélie prononcée par le cardinal Jean-Pierre Ricard lors de la messe des ordinations diaconales et presbytérales du 25 juin 2017 en la cathédrale Saint-André.

 

 

Frère et sœurs,

Une célébration d’ordinations est toujours très impressionnante. Les rites, les paroles, les attitudes et les chants marquent les esprits et les cœurs. Pourtant, le plus important échappe à nos yeux et à nos oreilles. Ce qui est en jeu dans une ordination, c’est l’alliance que le Seigneur scelle avec ceux qu’il a appelés à être ses prêtres et ses diacres.

 

Cet appel du Seigneur ne date pas d’aujourd’hui. Cette vocation est inscrite dans le cœur de Dieu. Dieu dit à chacun de vous qui allez être ordonnés ces paroles qu’il a adressées autrefois au prophète Jérémie : « Avant même de te former au ventre maternel, je t’ai connu ; avant même que tu sois sorti du sein, je t’ai consacré ; comme prophète des nations, je t’ai établi » (Jr 1, 4-5). Oui, à un moment, vous avez entendu cet appel du Seigneur et vous vous êtes mis en route. Cette marche, vous ne l’avez pas faite tout seuls. Beaucoup ont cheminé avec vous, vous ont soutenus et aidés dans votre discernement : votre famille, des amis, tel ou tel prêtre, vos formateurs, vos camarades de séminaire, les communautés auxquelles vous appartenez, les paroisses où vous avez été en insertion. Mais, vous le savez, celui qui fait le principal travail dans nos vies c’est l’Esprit Saint. C’est lui qui vous a façonnés jusqu’à présent et qui continuera à vous accompagner pour que vous soyez au jour le jour des pasteurs selon le cœur de Dieu.

 

Nous sommes les collaborateurs de Dieu

 

Par cette ordination, le Seigneur fait de vous ses serviteurs, Saint Paul dira « ses collaborateurs » (cf. 1 Th. 3,2). Par votre ministère, le Christ veut se rendre présent à son peuple, donner les signes de son action de salut. A travers votre proclamation de l’Évangile, c’est le Christ qui veut éclairer les esprits et toucher les cœurs. Quand vous direz : « Prenez, ceci est mon corps », c’est le Seigneur lui-même qui donnera sa vie. Quand vous direz « Je te pardonne », c’est le Christ en personne qui accordera son pardon à celui à qui vous vous adressez. Oui, le Seigneur fait de vous ses serviteurs. Par le ministère apostolique que vous allez recevoir, il compte sur vous, il passe par vous.

 

Suivez le Christ par le don de votre vie

 

Cette action du Christ qui vient à la rencontre de l’homme, qui communique à celui-ci joie, paix, espérance, confiance, courage et force pour aimer, est un fruit de l’amour du Seigneur lui-même. Le Christ nous sauve par son sacrifice, par le don de sa vie au Père pour les hommes. Il est totalement livré, totalement donné. Comme dit Saint Paul dans l’épître aux Philippiens : « Il s’est vidé lui-même, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes…il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, à la mort sur une croix » (Phil. 2, 7-8). Vous comprenez ainsi que si le Christ est fondamentalement celui qui se donne, vous ne pouvez pas servir en vérité son action si vous n’entrez pas vous-mêmes dans la dynamique de ce don, si vous ne quittez pas tout pour suivre le Seigneur. Tout à l’heure, vous vous êtes engagés au célibat, vous allez promettre de vivre en communion avec moi et mes successeurs dans le respect et l’obéissance. Il ne s’agit pas là de mesures disciplinaires ou d’engagements d’ordre administratif. Vous avez exprimé par là que vous voulez obéir au Seigneur, vous mettre à son service, recevoir de lui votre mission, le suivre dans une vie chaste, pauvre, entièrement livrée à Dieu. Certes, si l’ordination ne fait pas de vous des religieux, elle ne vous en appelle pas moins à vivre le radicalisme évangélique. Saint Thomas lui-même n’affirmait-il pas : « Par l’ordre sacré, le clerc se trouve député aux ministères les plus dignes qui soient, parce qu’il sert le Christ dans ce sacrement de l’autel qui exige une plus grande sainteté intérieure que celle que demande l’état religieux lui-même » (Somme théologique, II-II q. 184 a.8) ? Oui, la sanctification du peuple chrétien appelle la sainteté de ses ministres ou tout au moins l’apprentissage quotidien d’une véritable sainteté. Et celle-ci est toujours à demander à Dieu dans la prière et dans la célébration de chaque eucharistie. Car, comme Saint Pierre, nous réalisons qu’il y a une distance, parfois un fossé, entre ce que nous sommes et ce que notre ministère nous appelle à être. Cela nous invite à l’humilité : ne nous prenons pas pour les maîtres de la moisson ni pour des serviteurs indispensables. Mais la reconnaissance de notre faiblesse nous invite aussi à la confiance, car le Seigneur dit à chacun ce qu’il a affirmé à l’apôtre Paul : « Ma grâce te suffit ; ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse » (2 Co 12, 9). C’est ce que nous demanderons tout à l’heure dans la prière d’ordination des prêtres : « Répands une nouvelle fois au plus profond d’eux-mêmes l’Esprit de Sainteté ». Seigneur, donne-nous ta grâce et cela nous suffit.

 

L’appel de la mission

 

Jean-Michel, Cyril, Éloi, Henri, Kit et François, notre diocèse de Bordeaux est heureux de vous accueillir en tant que prêtres et diacres comme des acteurs dans ce grand champ d’évangélisation qui s’ouvre devant nous. Certes, l’annonce du Christ et la proposition de l’Évangile ne sont pas tous les jours chose facile. Mais nous savons que des jeunes, des hommes et des femmes dans notre société sont en attente d’une parole de foi et d’espérance. La centaine de baptisés de Pâques et les quelques 180 adultes confirmés à Pentecôte nous révèlent qu’il y a autour de nous une vraie soif de Dieu.

 

Chers amis qui allez être ordonnés, je sais que vous êtes habités par une vrai désir de mission et d’évangélisation. Vous êtes un signe vivant et un appel adressé à notre Église. Je prie le Seigneur pour qu’en vous voyant avancer et vous rendre disponibles pour la mission des jeunes puissent vous rejoindre et acceptent de se risquer avec vous pour le Royaume de Dieu.

 

Une année « Saint André » pour le diocèse de Bordeaux

 

Je sais que des jeunes aujourd’hui se posent la question de savoir si Dieu les appelle à être prêtres. C’est pour aider ceux qui le veulent, que j’ai pris la décision d’ouvrir une année de propédeutique à Bordeaux, une année que des jeunes consacrent à Dieu, où ils se mettent à son écoute et sont aidés dans le discernement de leur vocation. Cette année s’appelle l’Année Saint André, du nom de l’Apôtre, qui a été le premier appelé, qui est le patron de notre diocèse et qui veille sur notre Synode diocésain consacré justement à la mission et à l’évangélisation.

 

 

Désirer et demander à Dieu des prêtres

 

Pour terminer je voudrais m’adresser à vous, frères et sœurs, qui êtes venus entourer ces futurs prêtres et diacres de votre amitié et de votre prière. Nous sommes heureux de leur démarche. Nous devons désirer encore et toujours que de nombreux hommes répondent à l’appel du Christ. Nous devons prier pour soutenir leur réponse. Nous devons demander à Dieu d’en appeler parmi les jeunes de nos familles. Il n’y aura pas de prêtres si on n’en parle pas ; il n’y aura pas de prêtres si on n’en demande pas ; il n’y aura pas de prêtres si on n’en souhaite pas ! Pour les souhaiter, pour les demander, pour en parler, il faut que tous nous soyons désireux de voir de nouveaux prêtres prendre la relève des générations précédentes, non pas pour répéter indéfiniment ce qui a toujours été fait, mais pour répondre aux exigences de la mission aujourd’hui. Celle-ci est immense, elle déborde de toutes façons nos forces et nos moyens ; c’est justement pour cela que nous devons supplier Dieu pour qu’il nous envoie les missionnaires dont nous avons besoin. Car l’heure est bien à la Moisson. Jésus ne nous dit-il pas : « Levez les yeux et regardez ; déjà les champs sont blancs pour la moisson » (Jn 4, 35) ? Amen.

 

 

+ Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

Évêque de Bazas

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