Les martyrs nous invitent au courage et à la confiance.

Cette vénération dont on entoure les martyrs n’est pas qu’un honneur posthume. Elle est une prière qui ne se comprend que dans la foi en la communion des saints. 

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Homélie prononcée par Mgr Ricard, le 1er novembre 2018, à l'occasion de la messe de la Toussaint et de l'installation solennelle des reliquaires restaurés en l'église Sainte Eulalie à Bordeaux.

Chers frères et sœurs,

 

Le culte des reliques nous est devenu aujourd’hui largement étranger. On a de la peine à comprendre la vénération que les hommes et les femmes du Moyen-Âge avaient pour les reliques. Au cours de leur pèlerinage les pèlerins faisaient parfois de longs détours pour se mettre sous la protection de saints dont on vénérait les reliques. Et que dire de tous ces coups montés où certains allaient s’emparer de reliques pour les ramener chez eux pensant ainsi s’enrichir d’ondes bénéfiques liées au corps des saints ou des martyrs.

 

Certes, ce culte des reliques n’a pas toujours échappé à l’emprise du commerce, de la superstition ou de la magie. Mais il ne faudrait pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Si un culte superstitieux des reliques doit être dénoncé, un vrai culte des martyrs doit être aujourd’hui redécouvert. On en retirera de vrais fruits spirituels.

 

Dans l’Antiquité, on voit les chrétiens venir prier sur la tombe des martyrs, y célébrer le repas du Seigneur. Quand des églises seront construites après la paix constantinienne, on édifiera des autels sur ces tombes des saints. C’est de là que provient la coutume de mettre des reliques de martyrs, puis après plus largement de saints, dans l’autel ou dans la pierre d’autel sur lesquels on célèbre l’eucharistie.

 

Cette vénération dont on entoure les martyrs n’est pas qu’un honneur posthume. Elle est une prière qui ne se comprend que dans la foi en la communion des saints. Pour des croyants, les martyrs ne sont pas que des défunts. Ils sont des vivants qui aujourd’hui sont dans la lumière de Dieu et peuvent intercéder pour nous. Nous pouvons nous confier à eux.

 

Dans les Églises locales, on a très vite prié les premiers évangélisateurs. C’est ainsi qu’à Albi puis à Lectoure dans le Gers on a invoqué Saint Clair et ses compagnons. Ces premiers évangélisateurs sont des hommes de foi, passionnément attachés au Christ. Ils sont habités par la nouveauté de l’Évangile et sont convaincus que prendre celui-ci comme la boussole de sa vie est un plus pour l’homme. Le pape François, dans son exhortation sur La Joie de l’Évangile, nous a rappelé que cette conviction devait être au cœur de tout baptisé : « On ne peut persévérer dans une évangélisation fervente, si on n’est pas convaincu, en vertu de sa propre expérience, qu’avoir connu Jésus n’est pas la même chose que de ne pas le connaître, que marcher avec lui n’est pas la même chose que marcher à tâtons, que pouvoir l’écouter ou ignorer sa Parole n’est pas la même chose, que pouvoir le contempler, l’adorer, se reposer en lui, ou ne pas pouvoir le faire n’est pas la même chose. Essayer de construire le monde avec son Évangile n’est pas la même chose que de le faire seulement avec sa propre raison. Nous savons bien qu’avec lui la vie devient beaucoup plus pleine et qu’avec lui, il est plus facile de trouver un sens à tout. C’est pourquoi nous évangélisons » (Evangelii Gaudium, n° 266). Les martyrs nous rappellent que nous ne pouvons pas ne pas évangéliser. Celui qui a le cœur touché par le Christ ne peut pas ne pas vouloir le faire aimer et le faire connaître. A tous, nous avons à dire : « Nous avons trouvé la source d’eau vive. Elle nous désaltère. Cette eau nous est donnée mais elle ne nous appartient pas. Elle est pour tous. Si tu as soif, viens et vois. Viens et bois ! ».

 

Au moment où le pape François nous demande de devenir tous des disciples-missionnaires, nous pouvons demander aux martyrs la grâce de le devenir, la grâce de vivre avec le Christ une relation personnelle de confiance, d’alliance et d’amitié, la grâce de témoigner auprès de tous du Christ et de l’Évangile. Les martyrs nous invitent au courage et à la confiance. Ils ont affronté l’adversité. Ils nous montrent qu’il ne faut pas que nous ayons peur des oppositions, des critiques, de la dérision ou de l’agressivité. Ils nous rappellent que le serviteur n’est pas plus grand que le maître et que Jésus a dit : « S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi» (Jn 15, 20). Mais ils nous rappellent aussi l’autre parole du Seigneur : « Courage, j’ai vaincu le monde ! » (Jn 16, 33). Jésus nous promet d’être notre compagnon de route et de nous assister de son Esprit au cœur des épreuves. Les martyrs nous invitent à la confiance. Saint Paul nous dit dans l’épître aux Romains  « Si Dieu est avec nous, qui sera contre nous » (Rom. 8, 31) et il ajoute: « Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu » (8, 28).

 

En fait, les martyrs dessinent pour nous le visage du Christ. Ils incarnent l’esprit des Béatitudes. Ils nous invitent à venir à leur suite et à prendre avec eux la route de la sainteté. Le pape François nous a rappelé que c’est dans notre vie de tous les jours, au cœur des responsabilités qui sont les nôtres, que nous avons à devenir saints : « « Nous sommes tous appelés à être des saints en vivant avec amour et en offrant un témoignage personnel dans nos occupations quotidiennes, là où chacun se trouve. Es-tu une consacrée ou un consacré ? Sois saint en vivant avec joie ton engagement. Es-tu marié ? Sois saint en aimant et en prenant soin de ton époux ou de ton épouse, comme le Christ l’a fait avec l’Église. Es-tu un travailleur ? Sois saint en accomplissant honnêtement et avec compétence ton travail au service de tes frères. Es-tu père, mère, grand-père ou grand-mère ? Sois saint en enseignant avec patience aux enfants à suivre Jésus. As-tu de l’autorité ? Sois saint en luttant pour le bien commun et en renonçant à tes intérêts personnels » (n° 14). Comme le dit le concile Vatican II tous les baptisés sont appelés par Dieu à la sainteté « chacun dans sa route » (cf. Constitution Lumen Gentium, n° 11). Chacun est donc appelé à découvrir et à suivre la route originale de sa propre sainteté.

 

En cette fête de la Toussaint, les martyrs font retentir avec force l’appel que le Seigneur nous adresse : « Soyez saints comme moi je suis saint » (Lev. 11, 44). Puissions-nous par toute notre vie répondre joyeusement à cet appel ! Amen.

 

 

+ Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

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