La maison d’une Église qui accueille, échange, dialogue, invite et va à la rencontre

Que Saint Louis Beaulieu nous aide à vivre cette ouverture du cœur, cette disponibilité à la rencontre de l’autre et des autres.

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Homélie prononcée par le cardinal Jean-Pierre Ricard, lors de la messe d'inauguration de la Maison Saint Louis Beaulieu, le lundi 19 septembre 2016.

Chers amis,

 

Il y a des gens qui aiment se calfeutrer chez eux par crainte des courants d’air. Il y a des appartements dont on a fermé fenêtres et volets et où l’air est confiné. Il y a des maisons qui se protègent de l’extérieur et dont l’atmosphère sent le renfermé. Il y a des communautés qui se replient sur elles-mêmes et ont par là-même terriblement réduit leur horizon. Ce n’est pas ainsi que je vois notre maison diocésaine qui, aujourd’hui, ouvre officiellement ses portes. Je la vois au contraire ouverte sur son environnement. Elle doit être la maison d’une Église qui accueille, échange, dialogue, invite et va à la rencontre. Le nom qu’elle porte, Saint Louis Beaulieu, est en lui-même une évocation puissante qui empêche tout repliement.

 

Louis Beaulieu est un homme de grand vent et de larges horizons. Né à Langon en 1840, il a des racines girondines. Pourtant, au cours de sa formation, il sent l’appel à annoncer l’Évangile dans des terres de mission. Il s’adresse à son archevêque, le cardinal Donnet. Celui-ci essaiera par quatre fois de le retenir : « Vous voulez des chinois et des sauvages ? - lui dira-t-il - Nous vous en donnerons dans nos Landes et dans la Benauge ». Il acceptera finalement son départ. Louis Beaulieu part en Corée. Il y découvre d’autres horizons, un autre peuple, une autre histoire, une autre culture. Il apprend à s’inculturer dans ce peuple, dans cette Église qui l’accueille et qui devient la sienne. Sa vie sera brève mais il aura le temps d’écrire une page fulgurante de l’histoire de l’annonce de l’Évangile dans cette «terrible Corée », comme il l’appelle. Il ne gardera pas jalousement sa vie mais la donnera avec joie pour le salut de ceux à qui il est envoyé. Quelques mois après son arrivée, il sera arrêté, jugé, condamné à mort et martyrisé avec ses compagnons, à l’âge de 25 ans, le 8 mars 1866.

 

La vie de Louis Beaulieu invite notre Église diocésaine à ne pas se refermer sur elle-même, mais à rester ouverte sur d’autres continents, d’autres cultures, d’autres peuples. A l’époque de la mondialisation des économies et des mouvements migratoires de populations, notre diocèse doit s’engager résolument dans la promotion de cette «mondialisation de l’amour » qu’appelait de ses vœux le saint pape Jean-Paul II. Ce soir, nous pourrons avec Mme Véronique Fayet, présidente nationale du Secours Catholique, vivre en direct cette mondialisation de la solidarité et de la miséricorde depuis la Mongolie, la Bolivie, le Brésil, la République Centrafricaine et Rome. Il est bon de respirer l’air du large !

 

Mais la référence à Louis Beaulieu, ce missionnaire au cœur de feu, est aussi un appel à partager sa passion missionnaire, son désir de faire connaître l’Évangile, sa volonté de conduire au Seigneur. Le pape François nous rappelle qu’on ne peut avoir le cœur touché par le Christ sans avoir le désir de le faire connaître. Notre Eglise diocésaine est appelée à entrer dans une nouvelle dynamique missionnaire : aller à la rencontre, échanger, dialoguer, inviter, accueillir, accompagner. C’est d’ailleurs tout l’enjeu de notre Synode diocésain. Notre maison Saint Louis Beaulieu se veut un lieu, ouvert, accueillant et pas seulement à des groupes ecclésiaux. Elle souhaite aussi, dans ses propositions, entrer en dialogue avec les autres Églises, les autres religions, les autres familles de pensée, ceux qui frappent à sa porte et ceux qui ne frappent pas ou ne frappent plus. Notre maison diocésaine se propose aussi d’être ce lieu de rencontre, de partage et de communion de tous ceux et celles qui sont engagés dans cette grande aventure de l’Évangélisation.

 

Louis Beaulieu est aussi quelqu’un qui a voulu pleinement se livrer à l’aventure de la sainteté. Il a donné sa vie. Il est mort martyr et l’Église, en le béatifiant en 1968, puis en le canonisant en 1984, a souhaité reconnaître l’héroïcité de ses vertus et la profondeur du don de soi qu’il a consenti. Il nous invite à un véritable décentrement. A la suite du Christ, dont nous avons entendu aujourd’hui les paroles fortes dans l’Évangile, Saint Louis Beaulieu nous invite à « haïr notre vie », c’est-à-dire à rejeter cet amour obsessionnel de soi pour vivre une attention, une écoute, un véritable accueil de l’autre. C’est à cette conversion que nous invite l’Évangile. Sans cette conversion évangélique, l’ouverture à l’universel n’est que curiosité touristique, la dynamique missionnaire prosélytisme intempestif et intéressé, et l’accueil des autres préoccupation commerciale !

 

Que Saint Louis Beaulieu nous aide à vivre cette ouverture du cœur, cette disponibilité à la rencontre de l’autre et des autres. Nous savons d’ailleurs que c’est dans cet accueil et cette rencontre que se jouent notre accueil et notre rencontre avec le Seigneur lui-même. Amen.

 

 

+ Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

 

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