Le Christ est-il mon roi ?

Je crois que ce n’est pas pour rien que l’Église a décidé de célébrer les journées mondiales de la jeunesse en diocèse à la fête du Christ-Roi.  En sortant de l’enfance, on arrive au moment de la vie où il faut prendre de grandes décisions.  La plus grande de celles-ci est la suivante : vas-tu, oui ou non, accueillir Jésus comme ton Roi… et devenir un membre actif de son Royaume ?

À l'occasion de la solennité du Christ Roi fêtée le 21 novembre, le père Raymond Jubinville, lc, nous propose une réflexion sur le sens de cette fête.

               Nous voulons être libres… et pourtant nous avons besoin d’une autorité au-dessus de nous.  Sinon, ce qui règnera bientôt c’est l’égoïsme, les conflits et « la loi du plus fort ».  Y a-t-il un moyen, dans le monde réel, d’être libres, tout en jouissant de la bienveillance et la paix ?  

En 1925, après la Grande Guerre, le Pape Pie XI voulait aider le monde à éviter de retomber dans les mêmes horreurs.  Pour cela, par l’encyclique Quas primas, il demanda à tous les membres de l’Église de célébrer solennellement chaque année, le dernier dimanche de l’année liturgique, le Christ en tant que le Roi de toute l’humanité, en nous mettant à son service pour l’aider à étendre son règne d’amour et de paix.  La fête du Christ-Roi clôt l’année liturgique et inaugure le temps de l’avent (« adventus » en latin et « venue » en français).  Au Christ-Roi, comme au temps de l’avent, nous sommes appelés à désirer la venue du Christ dans la gloire,[1] en tant que « Roi des rois » et juste juge de toute l’humanité, tout en contemplant sa première venue en humilité à Bethléem.  Ces deux venues de Jésus, le Messie, ont été annoncées par les prophètes, comme nous le constatons dans les textes bibliques de l’avent et de la fête du Christ-Roi. 

Mais il ne suffit pas de souhaiter la venue du Christ ; Jésus nous demande de l’aider à « faire des disciples » de toutes les nations, [2] parce que le monde a un urgent besoin de la bonté du cœur du Christ, qui va jusqu’à l’amour des ennemis, et de la paix qu’Il veut apporter au monde.  Malheureusement, en 1925, les catholiques n’ont pas suivi l’appel du pape Pie XI avec assez de ferveur, et une deuxième guerre mondiale, encore plus violente que la première, s’est déclenchée. 

De nos jours, le contexte est différent, mais les besoins sont semblables. Sommes-nous prêts, aujourd’hui, à accueillir pleinement Jésus-Christ comme notre Roi ?  Est-ce que nous cherchons à vivre, et faire découvrir son commandement nouveau : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés »[3] ? 

Pour certains d’entre nous, le commandement de l’amour de Jésus nous est très familier, mais nous ne comprenons pas de quelle manière le Christ peut être roi.  C’est précisément la question que le gouverneur Ponce Pilate posait à Jésus : « Es-tu le roi des juifs ? »  Jésus, de sa part, lui demande : « Est-ce que tu me demandes si je suis ton roi ? »[4] 

Pourquoi Pilate posait-il une telle question ?  Parce que c’était la charge principale des chefs du peuple d’Israël contre Jésus.  En disant que Jésus se déclarait roi, ils présentaient une accusation suffisante pour exiger du gouverneur romain le pire des peines de mort.  Ainsi, ils espéraient non seulement éliminer Jésus, mais aussi le discréditer aux yeux du peuple. 

Les chefs du peuple d’Israël, choisis parmi les prêtres, scribes et pharisiens, étaient jaloux de l’influence inouïe que Jésus avait acquise sur les foules.  Celles-ci répétaient souvent que Jésus « parlait avec autorité… pas comme (eux), les scribes et les pharisiens ».  D’où venait cette autorité de Jésus ?  Depuis trois ans, Jésus passait de ville en ville en faisant le bien, avec amour, mais d’une manière qu’aucun homme n’a pu le faire : il guérissait, pardonnait les péchés, expulsait les esprits mauvais, ressuscitait des morts et même commandait le vent et la mer avec une autorité que Dieu seul peut exercer.  Aussi, il appelait Dieu son Père, et parlait de Lui comme quelqu’un qu’il connaissait personnellement. 

Et voici que, le dimanche des Rameaux, cinq jours avant son procès, Jésus est arrivé à Jérusalem avec une grande foule qui l’acclamait comme le descendant et héritier du roi David.  Ils l’acclamaient comme le « Messie », traduit « Christos » en grec et « l’oint » en français : le Roi-Sauveur, promis par Dieu par de nombreux prophètes, qui reçoit l’onction de l’Esprit-Saint (à son baptême au Jourdain) pour accomplir une mission prophétique, sacerdotale et royale.  Jésus, qui avait toujours rejeté et fui le rôle de roi politique ou militaire,[5] cautionnait ouvertement les foules qui l’acclamaient comme le Roi « qui vient au nom du Seigneur. »[6] Il se proclamait donc roi, mais pas à la manière humaine. 

En arrivant au Temple, entouré par ces exclamations, Jésus arrivait non seulement à la maison de son Père, mais aussi au siège de pouvoir législatif et judiciaire du Sanhédrin, le conseil suprême des chefs d’Israël.  Sans demander leur autorisation, Jésus, avec l’autorité qui lui venait de son Père, expulsa les vendeurs du Temple.[7]  Il agit comme le maître de la maison de Dieu. 

Ensuite, Il s’est mis à enseigner au sein du Temple, exposant sa doctrine et ses commandements avec une autorité qui décontenançait les chefs du peuple.  Les foules, de leur part, étaient suspendues à ses lèvres.  Tant de personnes, qui d’antan écoutaient les prêtres, scribes et pharisiens, maintenant écoutaient Jésus.  Les chefs, jaloux et exaspérés, demandèrent à Jésus : « Par quelle autorité fais-tu cela, et qui t’a donné cette autorité ? »[8]

Jésus leur donna une réponse mystérieuse : « Détruisez ce Temple (mon corps), et en trois jours je le relèverai. »  C’était une référence directe à sa passion, mort et résurrection.  Aucun homme normal n’aurait pu promettre de donner sa vie et ensuite de ressusciter.  Dieu seul pourrait vaincre la mort… et pourtant Jésus, avec cette affirmation mystérieuse, prophétisait qu’il allait le faire. 

Jésus est allé encore plus loin : avec des affirmations comme « Le Père et moi nous sommes un, »[9] il faisait comprendre qu’il était même l’égal de Dieu le Père !  Certains s’en indignèrent frontalement : « Toi, qui n’es qu’un homme, tu te déclares l’égal de Dieu ?! »[10]  Jésus leur répondit : « Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, continuez à ne pas me croire. Mais si je les fais, même si vous ne me croyez pas, croyez les œuvres. Ainsi vous reconnaîtrez, et de plus en plus, que le Père est en moi, et moi dans le Père. »[11] 

L’identité de Jésus en tant que Roi-Messie et en tant que Fils unique de Dieu est devenue l’épicentre du procès contre lui.  Pendant ce procès, Jésus refusa avec autorité de répondre à leurs interrogations[12] et accusations : il gardait le silence.  Mais, lorsque le grand prêtre, le chef du Sanhédrin, exclama : « Je t’adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si c’est toi qui es le Christ, le Fils de Dieu. », Jésus répondit : « Je le suis. Et vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant, et venir parmi les nuées du ciel. »[13] Jésus faisait clairement référence à la vision du prophète Daniel : « Je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d’homme ; il parvint jusqu’au Vieillard, et on le fit avancer devant lui. Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et les gens de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas. »[14]

Au risque de sa vie, Jésus s’est proclamé à la fois le Roi-Messie et aussi Celui à qui la royauté est donnée, par Dieu le Père, sur tous les peuples de tous les temps.  Il est l’Emmanuel (Dieu parmi nous) prophétisé par Isaïe.[15]  Avec son Père et l’Esprit-Saint, Il est le Roi divin, le tout puissant. 

Comment se fait-il, alors, qu’il fût arrêté, ligoté, condamné et exécuté ?  Parce qu’il avait choisi lui-même de vivre tout cela, pour nous, tel qu’il l’avait prédit à maintes reprises, et tel que son Père l’avait annoncé par les prophètes : « Le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, le troisième jour, il ressuscitera. »[16]  C’est pour cela qu’il resta à Gethsémani, en prière, jusqu’à ce que les gardes arrivent avec Judas.  Il avait choisi de s’offrir, librement,[17] en leur disant : « Me voici ! »[18]  Il laissa les chefs de son peuple rejeter son autorité sur eux, le maltraiter et le condamner à mort.  Il laissa également le gouverneur Pilate, qui voyait qu’il était innocent, l’abandonner lâchement entre les mains de ceux qui voulaient l’éliminer.

Le nom « Jésus », donné au Christ, veut dire « Dieu sauve. »[19] Malgré tout le pouvoir et l’autorité qu’il possédait, Jésus a choisi d’accomplir sa mission d’être « l’agneau de Dieu » qui offre librement sa vie pour enlever « le péché du monde », comme les Cantiques du Serviteur souffrant du livre d’Isaïe le prophétisaient.[20]  Le Roi accepta de donner sa vie pour ses sujets, selon le commandement d’amour de son Père.[21]  

Le Christ-Roi n’est pas un roi à la manière du monde.[22]  Il est doux et humble de cœur.  Il n’oblige personne à se soumettre à ses lois : il les invite à le suivre librement.  Contrairement aux royaumes politiques, faire partie du Royaume du Christ n’est pas une question de territoire, ni de juridiction politique, ni de soumission à une force militaire : grâce à la venue du Roi-Messie, le Royaume de Dieu est désormais tout proche… accessible à tous.  On y accède par la foi en la Bonne Nouvelle et par la conversion.  L’essentiel de cette Bonne Nouvelle est que « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. »[23]  Et pour répondre à cet amour, Jésus nous demande de l’aimer en retour et d’apprendre à aimer comme lui… ce qui implique de se convertir, afin vivre selon ses commandements : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. »[24]  

Face à nos faiblesses, infidélités et péchés, notre Roi est le Bon Pasteur qui aime ses brebis et choisit de donner sa vie pour elles : « Je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau. Personne ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau : voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père. »[25]  Notre Roi a payé le prix de notre pardon, afin que « quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. »[26] 

Quel roi (ou président) serait prêt à donner sa vie pour ses sujets ?  « Accepter de mourir pour un homme juste, c’est déjà difficile ; peut-être quelqu’un s’exposerait-il à mourir pour un homme de bien. Or, la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs. »[27] 

La crucifixion n’est pas seulement le moment où tout le mal s’est déchainé contre Jésus, entrainant sa mort.  C’est aussi la réponse libre de notre Roi-Sauveur à tout ce mal et à la mort elle-même.  Il n’a pas fui, et il ne s’est pas vengé.  Au contraire, il a vaincu le mal par son amour et son pardon « Père, pardonne-les… », faisant de sa vie une offrande sacerdotale à son Père céleste « Père, entre tes mains je remets mon esprit ! », pour le rachat de chacun de nous.  Son âme est ensuite descendue dans le séjour des morts, pour offrir le salut à tous ceux qui étaient morts avant lui, ouvrant ainsi les portes du Ciel qui avait été bloquées par tant de péchés.  Et, le troisième jour, il ressuscita, comme il l’avait promis, offrant la vie éternelle à tous ceux qui accueillent son invitation à faire partie de son Royaume.

Voilà Celui que nous célébrons chaque fête du Christ-Roi ! Reconnaître Jésus comme notre Roi n’est pas une fête démodée : cela fait partie des vérités indispensables qui sont recueillies dans le Credo de l’Église : « Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts ; et son règne n’aura pas de fin. »  Déjà, les milliards de personnes qui nous ont précédées sur la planète Terre, au moment de leur mort, ont rencontré le Roi[28] « des vivants et des morts » qui leur offre la possibilité de faire partie de son Royaume.[29]  Et nous, qui avons la chance de le connaître pendant notre vie terrestre, nous avons l’opportunité de faire partie de son Royaume dès maintenant. 

Je crois que ce n’est pas pour rien que l’Église a décidé de célébrer les journées mondiales de la jeunesse en diocèse à la fête du Christ-Roi.  En sortant de l’enfance, on arrive au moment de la vie où il faut prendre de grandes décisions.  La plus grande de celles-ci est la suivante : vas-tu, oui ou non, accueillir Jésus comme ton Roi… et devenir un membre actif de son Royaume ?

Nous voulons être libres… et pourtant nous avons besoin d’une autorité au-dessus de nous. Sinon, ce qui règnera bientôt c’est l’égoïsme, les conflits et « la loi du plus fort », parmi les méchants.   Il y a un moyen, dans le monde réel, d’être à la fois libres et, simultanément, de vivre dans l’amour et la paix… et aussi de propager cet amour et cette paix autour de nous.  C’est en devenant disciples du Christ, notre Roi.  « Si vous demeurez fidèles à ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ; alors vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. »[30]

Que répondez-vous à son invitation ?  Êtes-vous prêts à lui dire, en ce moment, « Oui, Jésus, je t’accueille comme mon Roi.  Je veux te suivre, en apprenant à aimer comme toi.  Et je veux t’aider à répandre ton amour, ta vérité et ta paix dans le monde entier » ?

Dans la famille spirituelle dont je fais partie, qui s’appelle Regnum Christi (le Règne du Christ), nous aimons dire, à la fin de nos temps de prière : « Christ notre Roi… que ton Règne vienne ! »  Avec le Pape Pie XI, et tant d’autres chrétiens, je suis convaincu qu’il n’y a rien qui puisse faire plus de bien dans notre vie et dans le monde que la venue du règne du Christ-Roi parmi nous. 

Si vous voulez y contribuer, je vous offre un petit moyen, bien accessible, pour commencer.  Vous pouvez dire chaque jour, du fond de votre cœur, cette prière, qui est devenue chère aux membres de ma famille spirituelle :

Seigneur Jésus,

je t’offre mes mains pour faire ton travail,

je t’offre mes pieds pour suivre ton chemin,

je t’offre mes yeux pour voir comme tu vois,

je t’offre ma langue pour dire tes paroles,

je t’offre mon intelligence pour que tu penses en moi,

je t’offre mon esprit pour que tu pries en moi.

Surtout, je t’offre mon cœur pour qu’en moi tu aimes ton Père et tous les hommes.

Je t’offre tout ce que je suis, pour que tu grandisses en moi, pour ce que soit Toi, le Christ, qui vies, travailles et pries en moi.  Amen.


[1] Cf. Apocalypse 22, 20

[2] Cf. Matthieu 28, 19

[3] Jean 13, 34

[4] Cf. Jean 18, 33-34

[5] Cf. Pie XI, Quas Primas, n. 11 et 12

[6] Cf. Matthieu 21, 16 ; Luc 19, 39-40

[7] Cf. Matthieu 21, 8-16

[8] Matthieu 21, 23

[9] Jean 10, 30

[10] Jean 10, 33

[11] Jean 10, 37-38

[12] Cf. Jean 18, 19-24

[13] Marc 14, 62

[14] Daniel 7, 13-14

[15] Cf. Isaïe 7, 14

[16] Matthieu 17, 22-23

[17] Cf. Jean 10, 18

[18] Cf. Jean 18

[19] Cf. Matthieu 1, 21

[20] Isaïe 42:1-9, 49:1-7, 50:4-11 et 52:13 - 53:12.

[21] Cf. Jean 10, 18

[22] Cf. Jean 18, 36

[23] Jean 3, 16

[24] Jean 14, 15

[25] Jean 10, 17-18

[26] Jean 3, 16

[27] Romains 5, 7-8

[28] Cf. Philippiens 2, 10 ;

[29] Cf. 1 Pierre 3, 18-20

[30] Jean 8, 31-32