Le père Ardura raconte Charles de Foucauld

Le message de fraternité de Charles de Foucauld est plus que jamais actuel.

Le père Bernard Ardura,o.praem, postulateur de la cause en canonisation de Charles de Foucauld raconte la vie de ce futur saint, ainsi que le long parcours de plus de cent ans qui en découle.


En 2018, vous avez été nommé postulateur de la cause en canonisation de Charles de Foucauld. Pouvez-vous nous dire comment accède-t-on à cette mission et comment se déroule une cause en canonisation ?

Les circonstances de ma nomination sont très simples : le postulateur précédent, Mgr Maurice Bouvier, avant atteint l’âge de 80 ans, limite posée pour l’exercice de cette fonction. Étant peu de Français à Rome, il m’a demandé amicalement de prendre sa succession.

Pour être postulateur, il faut avoir acquis des connaissances en théologie, histoire et droit canonique. Un cours de formation des futurs postulateurs est actif depuis de nombreuses années, afin de préparer des personnes compétentes au service des diocèses ou des instances susceptibles d’introduire des causes de canonisation.

Le point de départ indispensable au lancement de la procédure est l’existence, dans une portion du peuple de Dieu, d’une renommée de sainteté ou de martyre attribuée à une personne ou à un groupe lorsqu’il s’agit de martyrs. Ceux qui promeuvent la Cause nomment un postulateur chargé de présenter à l’évêque compétent le cas. Suit une enquête diocésaine, destinée à réunir toutes les preuves de la sainteté ou du martyre. Une fois cette étape franchie, le tout est envoyé à Rome où le Postulateur sera chargé de composer le dossier tendant à prouver la sainteté ou le martyre. Selon qu’il s’agisse d’une Cause ancienne ou nouvelle, le dossier sera examiné par un groupe de Consulteurs historiens, puis de Consulteurs théologiens, avant de passer à l’examen par les Cardinaux et Évêques membres du Dicastère pour les Causes des Saints. Si toutes les réponses sont positives, le Pape autorise la promulgation du Décret sur l’héroïcité des vertus ou sur le martyre. À l’exception du martyre pour lequel il n’est pas nécessaire de présenter un miracle pour la béatification, la reconnaissance d’un miracle permet d’accéder à la béatification. Pour la reconnaissance d’un miracle, on suit le même iter juridique, mais les consulteurs historiens sont remplacés par un collège de sept médecins ou techniciens, selon le cas. Une fois la béatification obtenue, un nouveau miracle est nécessaire pour arriver à la canonisation.

Il aura fallu attendre presque 100 ans pour que le procès en béatification, démarré en 1926, aboutisse en la canonisation de Charles de Foucauld. Comment expliquer ce temps long ?

Certes, 100 ans sont longs, mais certaines causes durent encore plus longtemps… De fait, le procès de béatification a été ouvert en 1926, soit seulement 10 ans après la mort de Charles de Foucauld, mais les circonstances particulières qui ont marqué le XXème siècle ont eu une influence notable sur le déroulement du procès. En premier lieu, la Seconde Guerre Mondiale a tout interrompu pendant une bonne dizaine d’années, et surtout la guerre d’Algérie a conduit Pie XII à suspendre le procès de canonisation dans l’attente de la solution du conflit, afin que cette Cause de canonisation ne soit pas considérée comme un élément perturbateur des relations entre la France et l’Algérie. C’est le pape Paul VI qui a poussé à la reprise du procès, dont les travaux ont été encouragés par Jean-Paul II et puis dernièrement par le pape François.

Tout au long de sa vie et notamment lorsqu’il s’est retiré dans le désert du Sahara, Charles de Foucauld prônait la fraternité et la dévotion envers le Seigneur. Son message est-il toujours d’actualité selon vous ?

Le message de fraternité de Charles de Foucauld est plus que jamais actuel. Il suffit de prêter attention aux circonstances dramatiques qui ensanglantent l’Ukraine actuellement pour se rendre compte de l’importance fondamentale de la fraternité. Quand on y pense : après l’évangélisation de l’Europe occidentale et du Bassin méditerranéen, c’est par le baptême du prince de Kiev que l’Évangile est entré dans le monde slave, dont les apôtres furent les saints Cyrille et Méthode. Tout l’œcuménisme est fondé sur la fraternité de tous les disciples du Christ, le dialogue interreligieux est fondé sur la fraternité de tous ceux qui font référence à Dieu, quelle que soit leur religion, et enfin le dialogue avec tous les hommes et femmes de notre temps est fondé sur la fraternité qui nous unit au sein d’une même humanité. Tous les conflits passés auraient dû nous l’enseigner : les armes ne résolvent pas les conflits, elles les aggravent. Seule la référence à la fraternité est porteuse de paix.


Depuis sa mort en 1916, Charles de Foucauld continue d’inspirer des générations de chrétiens. Est-ce selon vous grâce à son charisme missionnaire ?

Charles de Foucauld est avant tout un converti ou, mieux, un recommençant : il a été élevé chrétiennement, mais a perdu la foi au moment de l’adolescence et, pendant 12 ans, n’a plus cru en rien. Aussi, lors de sa conversion en l’église parisienne de Saint-Augustin, il a, en fait, «recommencé» à croire. Aujourd’hui sont nombreux les «recommençants», qui après des années d’abandon de la pratique religieuse, voire de la foi, redécouvrent la présence de Dieu dans leur vie, dans leur cœur. Charles de Foucauld demandait au vicaire de Saint-Augustin, l’Abbé Huvelin, des cours de religion, ce dernier l’a fait mettre à genoux et se confesser : Charles a retrouvé Dieu en expérimentant sa miséricorde. Il comprit tout de suite que sa vie, désormais, appartiendrait à Dieu seul. Suivre et imiter Jésus, voilà son programme. Pour le trouver dans les plus pauvres, les plus délaissés, il s’établit au milieu des Touareg. Il est missionnaire non par une prédication orale, mais par le témoignage de sa charité, accueillant le tout-venant dans lequel il sait accueillir le Christ. Après avoir retrouvé Dieu, il ne veut plus s’éloigner de lui et tendra jusqu’au dernier moment à vivre en cohérence entre sa foi professée et sa vie quotidienne. Il réalisa longtemps avant l’Exhortation apostolique de Paul VI Evangelii nuntiandi  de 1975, cet idéal : « L’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres — disions-nous récemment à un groupe de laïcs — ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins ». À n’en pas douter, Charles de Foucauld fut un maître, car il fut un témoin.

Pour aller plus loin

Découvrez le site internet dédié à la canonisation de Charles de Foucauld. Vous y retrouverez les dernières actualités et événements à venir : canonisation.charlesdefoucauld.org

Revue "Documents Épiscopat"

charles-de-foucauld-un-chemin-pour-la-mission.jpgPrès d’un siècle après sa mort violente, frère Charles sera prochainement canonisé par le pape François. L’Église catholique reconnaît ainsi la sanctification de ce prêtre missionnaire qui a donné sa vie dans un désir brûlant de rencontre avec ses frères humains, qu’il a souhaité servir dans toute la mesure de son amour.

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Prier à l'école de Charles de Foucauld

Visionnez la conférence donnée depuis Rome par le Père Bernard Ardura, Président du Comité pontifical des Sciences historiques et postulateur de la cause de canonisation du Bienheureux Charles de Foucauld.