Le véritable transhumanisme, c'est la divinisation !

Si la technique est un moyen précieux au service de l’homme, il ne faut pas la transformer en idole. Nous le savons : dans la Bible, si l’idole est fascinante et attirante, elle est aussi exigeante et finalement décevante. En fait, elle ne tient pas sa promesse.

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Homélie de Mgr Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux, pour la fête de l'Assomption de la Vierge Marie, célébrée ce 14 août 2019 au soir à la Cathédrale Saint-André de Bordeaux et le 15 août à Arcachon.

Chers frères et sœurs,

La fête de l’Assomption est un message plein d’espérance que la Vierge Marie nous adresse à tous, nous ses enfants. Elle vient nous dire que son entrée dans la gloire du ciel, à la suite de son Fils ressuscité, ne concerne pas qu’elle mais qu’elle nous est promise à nous aussi. Vous avez d’ailleurs remarqué que le Magnificat qui commence au singulier se poursuit très vite au pluriel. Dans son action de grâce la Vierge souligne fortement que ce qui lui arrive à elle, la petite servante, est une bonne nouvelle pour tout le peuple de Dieu, tout particulièrement les pauvres, les humbles, les affamés, tous ceux qui attendaient leur salut de Dieu. Marie est solidaire de son peuple. Celle qui est notre mère ne saurait entrer au ciel sans ses enfants.

Elle vient ainsi nous rappeler que la destinée de l’homme ne se termine pas avec la mort mais que chacun d’entre nous est appelé à entrer avec Dieu dans la plénitude de la vie. C’est ce que les Pères de l’Église, de culture grecque, appelaient la « divinisation ». A la suite de saint Irénée, plusieurs aimaient affirmer : « Le Fils de Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu ». Ce n’est pas seulement notre âme qui entrera dans la gloire de Dieu mais tout notre être. Toute notre histoire sera reprise, purifiée, transfigurée. Nous entrerons dans la lumière de Dieu, nous participerons à sa vie, gage d’immortalité et d’éternité.

Cette promesse rencontre aujourd’hui ce vieux rêve d’immortalité que l’humanité porte en elle depuis le fond des âges. Je vous renvoie au mythe de Prométhée qui voulait ravir le feu divin ou au récit mésopotamien de Gilgamesh qui était à la poursuite de la plante d’immortalité. Aujourd’hui, ce rêve trouve un regain d’actualité avec le transhumanisme, ce courant de pensée dont on parle beaucoup dans les médias. Le transhumanisme est basé sur cette conviction que, grâce à la science et à l’essor des techniques, l’homme pourra repousser les limites de la maladie, du vieillissement et de la mort. Certes, tout n’est pas faux dans cette approche. Science et techniques ont modifié la vie de l’homme, en particulier de cet homme que l’on dit « réparé » ou « augmenté » : lunettes, appareils auditifs, prothèses, pacemakers peuvent aujourd’hui réparer votre corps. Voitures, téléphonie sans fil, ordinateurs, GPS augmentent vos capacités de déplacement, de communication et d’accès à la culture. Nous savons que, dans ce domaine, bien des progrès peuvent être attendus dans les années qui viennent. Oui, l’homme peut être réparé, augmenté. Mais peut-il vraiment être transformé au point de penser échapper au vieillissement et à la mort ? Nous avons là un rêve qui risque fort de s’avérer être en fait un mirage. Si la technique est un moyen précieux au service de l’homme, il ne faut pas la transformer en idole. Nous le savons : dans la Bible, si l’idole est fascinante et attirante, elle est aussi exigeante et finalement décevante. En fait, elle ne tient pas sa promesse.

  • Dieu, lui, tient la sienne. Marie en montre la réalisation. Par rapport à la promesse d’immortalité du transhumanisme, elle vient nous révéler les caractéristiques de cette divinisation apportée par son Fils :
  • La divinisation n’est pas une conquête de l’homme, une conquête réservée à ceux qui seraient les plus favorisés, les plus intelligents, les plus habiles. Elle est un don de Dieu qui est offert gratuitement à l’homme, un don fait à tous les hommes, y compris aux plus pauvres, aux plus méprisés, aux plus oubliés. Cette divinisation est une transfiguration intérieure qui est l’œuvre du Saint Esprit. C’est le fruit de la grâce de Dieu qui nous éclaire, nous habite et nous transforme de l’intérieur. « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » demande saint Paul à la communauté de Corinthe.
  • Cette divinisation s’épanouira pleinement après notre mort quand nous entrerons comme Marie, et à sa suite, dans la gloire de Dieu mais elle commence aujourd’hui, dès ici-bas. Si nous laissons l’Esprit de Dieu nous habiter, il nous transforme, nous transfigure. Il nous donne de goûter la vie avec Dieu. La vie éternelle est déjà commencée : « Celui qui croit au Fils, dit Jésus, a la vie éternelle » (Jn 3, 36).
  • Mais que faire pour accueillir cette vie ici-bas ? La Vierge, qui nous indique le terme de la route, nous montre aussi par quel chemin nous avons à passer pour accueillir en nous cette vie éternelle. La vie de Marie est ainsi pour nous un exemple et un appel. Celle qui entre dans la gloire de Dieu est présentée dans l’Évangile comme la croyante et la servante. Elle nous invite à la foi et au service :
  • « Heureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur » (Lc 145). Marie est la croyante, celle qui fait confiance au Seigneur, qui vit en sa présence, qui prie, qui médite sa Parole, qui entre dans son intimité. Elle nous invite à nous enraciner plus profondément encore dans l’amour du Seigneur, à lui donner plus de place dans notre vie, à nous nourrir davantage de sa Parole et de son eucharistie. Grandir dans l’amitié avec le Seigneur est source de transfiguration progressive de nos vies.
  • Si Marie est la croyante, elle est aussi la servante. Elle dira à l’ange : « Je suis la servante du Seigneur » (Lc 1, 38). Elle ne se contente pas de sentiments ni d’états d’âme. Elle fait la volonté de Dieu : « Que tout se passe pour moi comme tu l’as dit ». Elle sait que service de Dieu et service des frères sont profondément liés. Comme dit saint Jean : « Si quelqu’un dit : ‘j’aime Dieu’ et qu’il haïsse son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne peut pas aimer Dieu qu’il ne voit pas » (1 Jn 4, 20). Marie s’est mise au service de sa cousine Élisabeth. Elle se mettra également au service de son Fils. Comme mère, elle sera pleinement au service de son œuvre rédemptrice. Elle nous invite à nous mettre au service les uns des autres, à revêtir vraiment à la suite de Jésus, la tenue de service.

Marie nous appelle à prendre avec elle la route qui conduit à la vie. Elle sait que cela exige de notre part choix, conversion, engagement et combat spirituel. Mais la Vierge ne fait pas qu’indiquer la route. Elle nous aide à avancer sur le chemin. Elle, qui a su si pleinement accueillir l’Esprit Saint, peut aider nos vies à s’ouvrir davantage au souffle de l’Esprit. Sainte Marie, Notre Dame de l’Assomption, Notre Dame d’Arcachon, nous nous confions à vous. Veillez sur nous et priez pour nous. Amen.

+ Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

Évêque de Bazas

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