« Un bain d’Évangile avec saint François »

Comme François, évangéliser, c’est avant tout annoncer la paix, la grande paix messianique, celle qui réconcilie les hommes avec Dieu et qui doit aussi réconcilier les hommes entre eux

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Dans son éditorial du journal diocésain du mois de Mars 2019, Mgr Ricard fait un lien entre le message du "pauvre d'Assise" et l'actualité de l'Église catholique en Gironde.

Les prêtres du diocèse ont fait cette année leur retraite à Assise, belle occasion pour eux de découvrir la figure et le message de saint François. J’ai moi-même été frappé de l’actualité de son témoignage pour notre Église aujourd’hui, et tout particulièrement pour notre diocèse. Les accents mis par le « pauvre » d’Assise sont en consonance profonde avec la dynamique de notre synode diocésain.

Une passion pour le Christ
et l’Évangile

Toute la vie de François a été marquée par sa rencontre avec le Christ. Il contemple le crucifix de la petite église de Saint Damien et entend une voix lui dire : « Va, François, répare ma maison qui croule ». Prenant l’Évangile comme la boussole de sa vie, François va se mettre au service du Christ et de son Église. Il découvre vite d’ailleurs que « la réparation » que le Christ lui demande concerne moins les églises de pierre que l’Église qui avait besoin de se ressourcer dans l’eau vive de l’Évangile. A l’école du Christ, François est émerveillé par l’amour du Père et la force jaillissante de l’Esprit Saint. Cette rencontre avec Dieu fait naître dans sa vie joie, confiance et grande liberté spirituelle. François vient nous rappeler qu’être chrétien n’est pas d’abord une affaire de tradition familiale ou d’appartenance sociologique à une institution mais une rencontre vivante avec Dieu. Comme il le dit, le plus important pour lui était « avoir le cœur tourné vers le Seigneur, servir, aimer, adorer et honorer le Seigneur Dieu d’un cœur pur et d’un esprit pur, ce qu’il demande par dessus tout » et encore : « désirer par dessus tout avoir l’Esprit du Seigneur et sa sainte opération ». François aura le cœur transpercé par le Christ ; il en portera mystérieusement les stigmates. François est bouleversé par l’absolu gratuité de l’amour de Dieu et nous invite à nous laisser, à notre tour, être transformés par lui.

« ‘Celui-ci est mon Fils bien aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le !’ (Mt 17, 5). Le Christ est au centre. La vie chrétienne est fondée sur Lui. Elle se vit dans la relation à Dieu et aux autres dans l’amour. Elle reçoit son unité de la communion trinitaire : du Père, du Fils et du Saint Esprit » (Synode diocésain, C 1).

La joie de vivre une véritable fraternité

Très vite des compagnons vont rejoindre François et vont vouloir partager son expérience spirituelle. Des femmes, à la suite de Claire d’Assise, désireront vivre elles aussi cette radicalité évangélique. Quand l’Évangile est annoncé et vécu, il rayonne, il attire et fait naître de petites fraternités. Dans une société et une Église fortement hiérarchisées, François met en valeur l’égale dignité de tous les baptisés : tous sont frères parce qu’ils ont un même Père. Et cette fraternité appelle accueil mutuel, bienveillance, écoute, solidarité et même réconciliation. N’ajoute-t-il pas à son Cantique des Créatures cette dernière strophe : « Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux qui pardonnent par amour pour toi ; pour ceux qui supportent épreuves et maladies : heureux s’ils conservent la paix, car par toi, Très-Haut, ils seront couronnés » ? Pour François, cette fraternité doit marquer les relations entre les membres de l’Église. Loin de se refermer en petits cénacles clos sur eux-mêmes, cette fraternité est ouverte à tous et tout particulièrement aux pauvres. Car si François fait le choix radical d’une vie pauvre et simple ce n’est pas par mépris de l’argent mais pour que, par cette simplicité de vie, les plus pauvres se sentent à l’aise dans l’Église et perçoivent qu’ils ont leur place dans la communauté des croyants.

« Dans l’Esprit Saint, nos communautés chrétiennes sont appelées à être des lieux de proximité, de fraternité joyeuse et de soutien mutuel. Pour que chacun se sente reconnu et aimé, elles permettent des temps de rencontre entre les personnes et des temps festifs. Chaque membre accueille l’autre avec bienveillance dans un esprit de continuelle conversion. La communauté se construit par l’attention mutuelle que se portent ses membres, en accordant un soin particulier aux personnes en situation de souffrance » (Synode diocésain, C 10).

L’annonce à tous de la Bonne Nouvelle de la Paix

Si l’Évangile fait naître la fraternité, il fait jaillir aussi la mission. Les frères, à la suite de François, ne s’enferment pas dans les couvents. Ils vont dans les campagnes et sur les places publiques annoncer à tous « Pax et Bonum. La paix et le bonheur ». François est fidèle à la recommandation de Jésus : « En quelque maison que vous entriez, dites : ‘Paix à cette maison’. S’il s’y trouve un enfant de paix, votre paix reposera sur lui ; sinon, elle vous reviendra ». Évangéliser, c’est avant tout annoncer la paix, la grande paix messianique, celle qui réconcilie les hommes avec Dieu et qui doit aussi réconcilier les hommes entre eux, en transformant leurs relations, en les libérant de toute servitude. Car, l’amour de Dieu est libérateur. Il transforme la vie. Il fait jaillir des énergies nouvelles. Il est source de communion avec Dieu, avec les autres, avec soi-même, avec la nature qui nous entoure. À son contact naissent la joie et l’action de grâce, celles qui chantent Dieu dans le Cantique des Créatures. François nous rappelle que l’annonce de l’Évangile n’est pas un prosélytisme non respectueux de la liberté de l’autre mais la communication gratuite d’une joie.

« Les disciples sont appelés et envoyés par le Christ qui les précède et agit dans le cœur de tout homme. Le Christ donne la force du Saint Esprit. Les chrétiens apprennent, en Église, à donner et recevoir de Dieu et des hommes. Ils sont appelés à sortir d’eux-mêmes pour s’ouvrir aux autres, témoigner de la joie d’être sauvés, témoigner du Christ et de la miséricorde du Père » (Synode diocésain, C 20).

 

+ Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

Photo : Jorge Moraga - CC BY-NC - Flickr

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