« La joie de découvrir les visages de ceux et celles qui portent la mission »

Je prendrai mon bâton de pèlerin et j’irai visiter chacun des dix ensembles pastoraux. Je crois que l’on ne rencontre jamais mieux les gens que lorsqu’ils sont chez eux, dans la région qu’ils cherchent à servir. D’ici Pâques, je souhaite avoir ainsi fait le tour de tous ces ensembles pastoraux.

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Les 2 et 3 décembre dernier, Mgr Jean-Paul James, archevêque nommé du diocèse de Bordeaux et Bazas, est venu en Gironde pour rencontrer les responsables des services diocésains et salariés de l’archevêché et de la maison diocésaine.

Que se passe-t-il entre votre nomination et votre installation ?

Prochainement, je vais recevoir les lettres apostoliques indiquant ma nomination par le pape François. Celles-ci devront être lues au Collège des consulteurs, qui est composé de prêtres du diocèse, puis devant toute l’assemblée le jour de la messe d’installation. Cela permet de signifier que l’évêque ne se donne pas lui-même sa mission mais qu’il la reçoit. Pour définir ensuite ce qu’il va devoir faire, il y a tout un travail à mener avec les collaborateurs de l’évêque, car un évêque « seul » n’a pas beaucoup de sens.


Comment comptez-vous découvrir le diocèse de Bordeaux ?

J’ai commencé lors de ma visite les 2 et 3 décembre dernier à rencontrer des confrères prêtres et plusieurs laïcs, responsables de services diocésains, pour qu’ils me présentent les événements récents vécus dans le diocèse de Bordeaux. Celui-ci n’ayant pas attendu mon arrivée pour exister ! Je relève déjà l’importance du récent synode diocésain, mené pendant 2 ans. Avec les diocésains, j’ai à coeur de poursuivre la mise en œuvre des orientations définies au cours de ce synode. C’est une vraie joie pour moi de découvrir les nombreuses équipes, services et mouvements qui portent cette vie d’Église et cette mission.
L’une des premières rencontres que j’ai vécue pour découvrir mon nouveau diocèse a été un échange avec Mgr Ricard. J’avais besoin d’entendre ce que lui avait retenu de tous les récents événements vécus en Gironde. J’ai aussi rencontré discrètement les deux évêques auxiliaires, Mgr Lacombe et Mgr Le Vert, lors de la dernière Assemblée plénière des évêques à Lourdes en novembre. Enfin, les 2 et 3 décembre, j’ai pu rencontrer les personnes qui ont une responsabilité dans la mission en Gironde, dans le domaine de la solidarité, de la catéchèse, de la communication, des migrants…

Je souhaite ensuite, lors de mes premières semaines de mission à partir de janvier prochain, aller à la rencontre des différents secteurs géographiques du département. Je prendrai mon bâton de pèlerin et j’irai visiter chacun des dix ensembles pastoraux. Je crois que l’on ne rencontre jamais mieux les gens que lorsqu’ils sont chez eux, dans la région qu’ils cherchent à servir. D’ici Pâques, je souhaite avoir ainsi fait le tour de tous ces ensembles pastoraux.

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Quelles grandes problématiques présentez-vous, à priori, pour le diocèse de Bordeaux ?

Ce que je perçois, mais je ne suis encore qu’un béotien, c’est que le synode diocésain vécu ici avait pour objet de mettre en œuvre ce que le pape François a défini pour l’Eglise universelle, c’est-à-dire vivre en « disciple-missionnaire » en partant à la rencontre des autres et en annonçaant l’Evangile. Cela se décline de plusieurs manières. Il y a d’abord la nécessité de promouvoir une formation spirituelle, intellectuelle, théologique.

Un deuxième aspect est le développement de la fraternité : cela m’a beaucoup réjoui car c’est exactement ce que j’avais cherché à promouvoir dans le diocèse de Nantes d’où je viens. Cette fraternité est essentielle car nous ne pouvons pas, aujourd’hui, être chrétien tout seul. De manière plus générale, nous sommes faits pour la relation. L’isolement est de nos jours une sorte de lèpre qui touche notre monde contemporain, l’isolement des personnes dans les grandes villes comme dans les zones rurales... Une des manières d’apporter notre contribution à la vie sociale et civile est de favoriser les échanges et rencontres entre les personnes. En tant que chrétiens, nous devons aussi développer les équipes fraternelles. Cette fraternité passe aussi par plus de coresponsabilité entre tous les acteurs de la mission et par ce qu’on appelle la diaconie de l’Eglise : le souci des personnes les plus fragiles, les plus pauvres. Cette attention aux plus petits est un aspect qui me tient beaucoup à cœur notamment par mon histoire personnelle qui m’a beaucoup mis en relation avec les personnes porteuses d’un handicap mental. Je pense qu’il est important que soit signifiée de manière concrète la dignité de la personne humaine, quelle qu’elle soit, et donc en particulier des plus fragiles et des plus pauvres. Toutes ont une place dans l’Eglise et la société.

Enfin la dimension missionnaire, avec l’invitation à ne pas garder pour nous cette Bonne Nouvelle qui nous habite en tant que chrétien. Notre conviction est que ce message est aussi fait pour les hommes et femmes du XXIème siècle, comme pour ceux et celles des siècles précédents. À nous donc de l’annoncer, d’en témoigner et d’en vivre.

Quels liens souhaitez-vous tisser avec les autres confessions chrétiennes et les autres religions ?

Je peux pour l’heure vous parler de ce que j’ai vécu à Nantes, qui comme vous le savez est la ville de l’édit de Nantes et a donc une vieille tradition de dialogue en la matière. Notre volonté et notre défi a été de faire naître un dialogue avec de nombreuses petites Églises évangéliques qui se sont créées récemment, tel que l’Église évangélique malgache. Nous avons aussi noué des relations avec l’Église orthodoxe russe et la plus récente communauté orthodoxe roumaine. Nous échangeons bien sûr à l’occasion de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, mais aussi tout au long de l’année à travers des œuvres caritatives communes notamment en ce qui concerne l’accueil des migrants.

Avec les autres religions, nous avons eu de bonnes relations avec la petite communauté juive de Nantes, grâce à laquelle nous avons pu lancer des formations communes pour aider les catholiques à retrouver les racines juives de notre foi chrétienne. La communauté juive nous a ainsi fait découvrir, de l’intérieur, une journée de Shabbat. Nous avons aussi pu lancer un partenariat entre le centre culturel juif, André Néher, et le centre culturel catholique du Passage Sainte-Croix. Avec l’Islam, nous avons pu entretenir des relations cordiales et de nombreux échanges avec plusieurs communautés de l’agglomération nantaise, je pense en particulier à un groupe de travail sur les mariages islamo-chrétiens ou à un groupe de rencontres entre femmes catholiques et musulmanes. D’autres communautés n’ont cependant pas souhaité nouer de lien avec nous.

Un point d’appui pour ces relations a été la figure de deux moines de Tibhirine, originaires de Loire Atlantique. Lors de la béatification de ces martyrs, nous avons reçu le témoignage de nombreux algériens qui ont partagé avec nous leurs souvenirs et l’importance que ces frères avaient eue pour eux. Une association nommé Tibhirine, réunissant tous les représentants des cultes présents à Nantes a même été créée. Cette structure a été particulièrement utile après les attentats du Bataclan, puisqu’elle a permis de rapidement signer une déclaration commune, en présence du Préfet de Loire-Atlantique et du maire de Nantes, pour rappeler qu’aucune cause religieuse ne pouvait être défendue par la violence, mais uniquement par la bienveillance et la charité. Je me suis donc réjoui d’entendre le cardinal Ricard me dire que des actions et relations similaires étaient vécues à Bordeaux.

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