“Accueillir, protéger, promouvoir, intégrer les migrants et les réfugiés”

L’immigré qui réside avec vous sera parmi vous comme un compatriote, et tu l’aimeras comme toi-même, car vous-mêmes avez été immigrés au pays d’Égypte. Je suis le Seigneur votre Dieu (Lv 19, 34)

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La Journée mondiale du Migrant et du Réfugié a lieu ce 14 janvier. Patrice Vincey, responsable diocésain de la pastorale des migrants, revient sur cette initiative qui doit dépasser le cadre d’une simple journée et amener nos communautés à œuvrer durablement pour un changement de regard.

Comment comprendre la multiplication des verbes dans ce thème voulu par le pape François ?

Patrice Vincey : Le Pape ne nous demande pas seulement d’accueillir, mais aussi de protéger, de promouvoir et d’intégrer les migrants et les réfugiés. C’est donc bien un engagement concret et dans la durée auprès des migrants qui est attendu. L’accompagnement d’un migrant vers l’intégration et son autonomisation dans notre société se fait à différentes vitesses selon les situations, mais cela demande en général deux à trois ans. Il faut d’une part maîtriser la langue française, ce qui n’est pas évident, ensuite intégrer nos traditions, notre civilisation, car nous n’avons pas les mêmes façons de faire. Cela va enfin jusqu’à la recherche d’un emploi.

 

Commençons par “Accueillir”, quel constat faites-vous aujourd’hui sur votre action et sur les partenariats que vous avez développés en Gironde ?

Accueillir, c’est héberger, ce qui implique pour nous une préparation, car nous n’avons pas la capacité d’héberger en urgence. C’est une demande que l’on nous fait souvent et à laquelle il est bien difficile de répondre. Mais accueillir cela se joue aussi dans l’attitude. Il faut accueillir avec humilité et non pas avec condescendance. Il est également important de laisser la place à la réciprocité et accueillir ce que l’autre, l’étranger, peut nous apporter.

Nous en avons fait l’expérience, par exemple, dans la gestion de l’accueil en Gironde de plusieurs “Calaisiens” (les migrants et réfugiés répartis partout en France après le démantèlement du bidonville près de Calais, NDLR). Dans les centres d’accueil d’orientation de Mérignac, l’année dernière, c’est le diaconat protestant qui avait fait appel à ses amis catholiques, car il y a une tradition œcuménique, et déjà ancienne, dans cette ville. Ils ont vu également arriver suite à une demande de bénévoles, les amis musulmans de la mosquée de Mérignac qui sont venus donner un coup de main et un renfort. Pendant 6 mois tous ces gens ont travaillé ensemble. Ce travail en commun les a fait se découvrir mutuellement, et cela va se prolonger dans le cadre des couloirs humanitaires. La commune s’apprête  à accueillir en effet une famille syrienne, réfugiée dans les camps du Haut-Commissariat aux Réfugiés de l’ONU qui se trouve actuellement encore au Liban. Ce sont les mêmes, protestants, catholiques et musulmans, qui vont former un groupe pour accompagner cette famille à son arrivée. Enfin, il y a d’autres formes d’accueil, de convivialité plus simples, comme les tables ouvertes paroissiales qui existent depuis fort longtemps, à Saint Seurin par exemple, mais aussi ailleurs à Bordeaux.

 

Accueillir c’est aussi soustraire la personne à certains dangers et lui permettre de se sentir protégée...

Protéger, c’est en particulier permettre l’accès au droit, et accompagner les gens dans leurs démarches administratives. Nous travaillons en collaboration et en réseau avec d’autres associations qu’elles soient confessionnelles ou non, je pense en particulier à la CIMADE, à Médecins du Monde, à l’ASTI (association de solidarité avec tous les immigrés). Protéger c’est aussi agir ponctuellement avec des demandes d’autorisation de séjour auprès du Préfet, pour des situations tout à fait particulières, ce qui mérite beaucoup de discrétion et de réflexion.

 

Le verbe “promouvoir” concerne nos concitoyens et communautés qui peuvent méconnaitre ou être réticents à l’accueil de migrants.

Nous essayons de sensibiliser les paroisses sur la problématique de l’accueil des migrants, et en leur sein les jeunes, plus particulièrement les scolaires. Nous nous déplaçons dans les lycées et collèges pour parler de l’accueil des migrants car l’expérience et les propos que nous pouvons partager ne sont pas souvent relayés par les médias. Cela suscite des réflexions et de la discussion entre les élèves, dans la cour de récréation, mais aussi avec les professeurs, en classe, et enfin dans leurs familles. C’est un levier fort de sensibilisation.

Localement, le collectif “Transversale solidarité”, sur les paroisses de Bordeaux Boulevards, s’apprête à mettre en place la 2ème édition d’un rassemblement intitulé “Exil et Hospitalité”. En décembre 2016, une marche avait eu pour faire entendre des témoignages d’accueillants et d’accueillis. Cette nouvelle édition va essayer de promouvoir l’apport de l’étranger, du migrant, à notre civilisation. Aussi bien dans les domaines scientifiques, artistiques, que sportifs. Cette manifestation aura lieu le dimanche 11 mars après-midi, place St Augustin à Bordeaux.

 

Nous arrivons enfin à l’intégration. Car l’objectif est bien de permettre un nouveau départ, de se projeter dans une vie stable en France.

Et la première marche vers cette intégration reste l’apprentissage du français, qui est relativement difficile pour des non francophones. Le désir d’apprentissage de la langue française est le miroir parfait du désir d’intégration. Cet apprentissage est plus facile pour les enfants, d’autant plus qu’ils sont scolarisés assez rapidement pour la plupart. Pour les adultes, c’est plus difficile et nous avons besoin pour cela de bénévoles qui entretiennent la conversation française pour aider ces gens à ne pas être gênés dans la vie courante et en particulier lors d’une recherche d’emploi.

Si l’opportunité d’un travail se présente, nous n’hésitons pas à prendre en charge, au cas par cas, des cours de français dans différentes associations pour des sessions intensives. Cela donne le coup de « boost » nécessaire afin d’être compris et de comprendre les conversations dans un environnement professionnel classique.

Enfin, le dernier volet est l’aide à la formation. Ces personnes ne sont pas venues pour être d’éternels dépendants, mais pour pouvoir reconstruire une vie autonome, et celle-ci passe par une rémunération que ce soit le salariat ou par une activité libérale. Nous avons donc passé un accord avec le mouvement des entrepreneurs et dirigeants chrétiens (EDC) qui nous aide à trouver les entreprises ou à cibler les formations qui peuvent réellement déboucher sur un travail salarié. Nous avons eu cette année cinq résultats positifs, ce qui est très encourageant pour la suite.

 

Le pape et les évêques de France invitent à  changer de regard. Comment passe-t-on de l’accueil du migrant à l’accueil d’un frère ?

C’est tout l’enjeu d’un séminaire de réflexion qui a été souhaité par la Conférence des évêques de France  et qui se tiendra prochainement au niveau des diocèses. Il rassemble à la fois la Pastorale des migrants, le Secours Catholique, Welcome et le CCFD-Terre solidaire et à pour voir comment la sensibilisation à la thématique des migrants se fait en réalité dans les différents diocèses de France, savoir si le changement de regard est effectif, savoir quelles sont les difficultés et les avancées possibles.

L’idée est d’accompagner la mise en œuvre des accords globaux qui sont en préparation au niveau de l’ONU pour l’accueil des réfugiés et des migrants.

La population est sensible à ceux qui fuient la guerre ou les persécutions. Les personnes qui quittent leur pays pour des raisons économiques sont moins bien accueillies. Et pourtant, ces départs sont toujours un acte de survie et sont prémonitoires d’autres causes à venir telles que les migrations climatiques. On ne quitte jamais sa famille et sa vie passée de gaité de cœur. C’est toujours un choix et un voyage redoutable et nombreux sont ceux qui perdent la vie au cours de ce périple. Nous ne sommes pas là pour juger, mais pour accueillir et donner les moyens d’une vie digne.

Nous savons bien que la plupart des migrants économiques, en particulier les Africains des régions sub-sahariennes, sont connus au cours de leur voyage des épreuves épouvantables. Les situations d’esclavage qui ont été révélées par le reportage de CNN, en décembre, ont heurté l’opinion. J’espère que nos concitoyens seront plus sensibles, y compris envers les migrants économiques.

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