Abus sexuels dans l'Église : Enjeux pastoraux et décisions canoniques.

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Une journée de formation est proposé le 20 mars 2020 pour donner suite à celles organisées au printemps 2019, elle insiste sur l’aspect pastoral et théologique ainsi que sur les conséquences judiciaires du point de vue civil et canonique.

À quel titre êtes vous engagé sur ces questions de lutte contre les abus sexuels dans l’Église ?

P. Laurent Tournier : Je suis tout d’abord baptisé et une question aussi compliquée concerne bien toute l’Église, chacun de ses membres. Je suis prêtre et ce sujet est souvent
abordé par l’implication des prêtres. Je suis recteur de séminaire et j’ai donc la charge de former de futurs prêtres et de voir comment cette question est traitée dans les séminaires. Je suis également canoniste, participant de fait à la vie juridique de l’Église et ayant eu à traiter des affaires incriminant des prêtres accusés de pédophilie. Enfin, je
suis membre de la cellule permanente de lutte contre la pédophilie au sein de la Conférence des évêques de France, avec le souci de faire progresser l’ensemble des diocèses sur ce sujet.

En quoi les deux récents textes du pape François “Comme une mère aimante” et “Vous êtes la lumière du monde” ont-ils changé la donne au sein de l’Église ?

Je crois que nous sommes sortis deux fois du silence. La première fois pour cesser de cacher les choses, la deuxième fois, pour ne plus fuir ces questions. Ces deux textes, ainsi que d’autres initiatives dans les diocèses, manifestent que cette sortie est effective : ni tabous, ni enfermement dans la sidération face au drame absolu que vivent les victimes. Maintenant, il nous faut vraiment entrer dans une lutte active, à la fois pour les nouveaux cas qui sont et seront révélés, mais aussi pour mener un travail de prévention plus concret et engagé.

Quels nouveaux droits et devoirs apportent concrètement les récents textes magistériels ?

Il y a tout d’abord des changements concernant le droit à la parole. Toute personne qui suspecte des actes délictueux ou qui en a été victime a un accès facilité et encouragé à la dénonciation de ces actes. La deuxième nouveauté concerne la prévention, avec ce que les diocèses organisent de plus en plus comme réunion de formation. Il y a une responsabilisation de tous, les derniers textes rappelant que les signalisations ne sont pas réservés aux clercs, mais que tout baptisé doit se sentir concerné. Enfin, il y a toute une pédagogie à déployer, pour améliorer l’accompagnement et l’éducation à la sexualité, ainsi que la gestion de la sexualité et de la vie affective chez les clercs et les adultes engagés dans la vie de l’Église. Enfin, il y a des modifications des procédures des procès au sein de l’Église.

Comment ces nouvelles règles canoniques et ecclésiales s’articulent-elles avec les lois civiles des États ?

C’est une question importante car, si l’Église n’est pas une société ou institution seulement humaine et qu’elle doit donc faire respecter sa nature spécifique, elle ne doit pas pour autant se dédouaner de ses responsabilités. Le dernier texte du pape François, en décembre dernier, invite à ce qu’il y ait une véritable collaboration et complémentarité entre la justice canonique et la justice civile. Chacun doit prendre les décisions qui lui reviennent dans son domaine. L’Église n’a ainsi pas de pouvoir de privation de liberté, c’est donc à l’État, à travers son système judiciaire et carcéral, d’intervenir. L’Église veut pouvoir, de son côté, agir sur certains de ses membres lorsque ceux-ci n’agissent pas selon les critères de l’Évangile. Elle pourra donc reconnaître des crimes et délits qui ne le seraient pas pour la société civile.

Quel est l’enjeu de la formation de ce 20 mars pour les acteurs pastoraux du diocèse de Bordeaux ?

Il sera heureux que le public présent le 20 mars à Bordeaux soit divers, tant en âge qu’en type d’engagements ecclésiaux pour échanger et se former. La part d’échange sera plus ou moins riche en fonction des questions avec lesquelles les participants vont venir : quelles sont leurs préoccupations, leurs points d’attention, les situations auxquelles ils ont été confrontés dans leurs missions... Cette formation est aussi l’occasion de construire ensemble des solutions pour une meilleure prévention. Les choses ne sont pas définies mais sont en recherche. Plus nous laisserons le Saint Esprit travailler dans tous les esprits et les cœurs, plus cela sera intéressant pour chacun d’entre nous pour construire un avenir réellement différent du passé et plus conforme au projet de Dieu sur l’Église.

"Lutter contre les abus sexuels dans l'ÉgliseEnjeux pastoraux et décisions canoniques"

Formation ouverte à tous :

Pour ceux et celles qui sont en contact avec les jeunes : prêtres, diacres et laïcs, Aumôneries de l'Enseignement public, Enseignement catholique, scouts, catéchistes, Action catholique des enfants, Pastorale étudiante, patronages…

Intervenants :

(Participation au repas du midi - 10€ sur place, parking possible, arrêt tram B à proximité)

 

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