La renaissance des Orgues de Saint-André

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L'association Cathedra porte le projet de mécénat pour soutenir la restauration des grandes orgues de la cathédrale de Bordeaux, lancée par l’État. Un projet ambitieux qui pourrait aboutir à l’horizon 2025 si les fonds sont rapidement réunis.

Titulaire des orgues de la cathédrale Saint-André, vous soutenez le projet de reconstruction de la partie instrumentale de ces grandes orgues. Comment ce projet a-t-il mûri pour en arriver à discerner qu’un « nouvel instrument » était indispensable ?

Jean-Baptiste Dupont, titulaire des orgues de la cathédrale : Lorsque j’ai pris mes fonctions d’organiste titulaire, en juillet 2012, j’ai trouvé un orgue qui posait des problèmes et qui vraisemblablement avait besoin d’une restauration. J’ai donc réalisé un état des lieux de l’instrument que j’ai remis à la Drac (Direction régionale des affaires culturelles) quelques semaines plus tard. C’est cet état des lieux qui a lancé les affaires. Il a été suivi d’un diagnostic réalisé à partir de 2013. Ce diagnostic a posé la question de la pertinence d’une restauration vis-à-vis d’une réfection. Il a mis le doigt sur un certain nombre de difficultés liées aux matériaux, erreurs ou faiblesses de conception. Ces déficiences se trouvent sur des points cruciaux pour la bonne sonorité et le bon fonctionnement d’un orgue. Si l’on ajoute à cela le fait que l’orgue posait des problèmes dès sa construction et qu’il n’a jamais eu la capacité de « remplir » la cathédrale d’un point de vue sonore et acoustique, l’on comprend que le choix d’une restauration à l’identique très coûteuse n’était pas pertinente. Le diagnostic a permis de mettre côte à côte plusieurs solutions réalistes, allant de la restauration à l’identique à la reconstruction, avec 3 ou 4 variantes intermédiaires. Compte tenu des éléments techniques, le choix de la réfection de la partie instrumentale a fait l’unanimité.

Alors qu’on pourrait penser à un patrimoine historique quasi-immuable, l’histoire de cet orgue montre au contraire une série de transformations et refontes, plus ou moins réussies, la dernière en date remontant aux années 1970… Comment ce projet s’inscrit-il selon vous dans l’histoire de cet instrument (continuité, à contre-pied…) ?

L’orgue, en général, est un instrument de musique tout sauf immuable. Bien que son histoire soit plus ancienne que celle de la chrétienté, on peut dire qu’il trouve sa forme et son concept structurel (instrument à vent à plusieurs claviers et registres qui permettent de produire des sons différents que l’on peut opposer ou mélanger) dans les églises à partir du XIVe siècle. Il n’a cessé d’évoluer, de s’adapter aux répertoires et aux exigences des musiciens, d’être à la pointe des innovations, d’être le reflet de chaque époque. Au XIXe siècle, pour solutionner les problèmes de poids de mécanismes, on inventait l’ancêtre de la direction assistée. L’électricité a fait son apparition dans les orgues dès 1865 ! Dans certaines réalisations modernes, on utilise les fibres optiques dans les transmissions et l’organiste bénéficie d’assistances numériques qui lui offrent une souplesse et des possibilités de jeu inouïes. Mais fondamentalement, l’orgue n’a pas changé dans son principe de base : ce sont toujours des tuyaux qui émettent des sons à l’aide d’air sous pression. Aucun ersatz numérique essayant d’imiter l’orgue n’est parvenu à reproduire l’effet produit par la vibration des tuyaux.

L’orgue de la cathédrale de Bordeaux a lui-même une histoire riche et mouvementée remontant au XIVe siècle. Le premier instrument fut détruit par l’effondrement des voûtes. Puis il a traversé le XVIIe siècle de façon tumultueuse, avant de disparaître à nouveau sous la Révolution. Pendant tout le XIXe s. et une grande partie du XXe s., la cathédrale n’a pas vraiment eu son orgue puisque les instruments qui se sont succédés étaient des réquisitions d’orgues conçus pour d’autres édifices. Ce n’est que dans les années 1970 que la cathédrale eut enfin un orgue conçu pour elle. Malheureusement cet orgue a répété, d’une certaine manière, ce qui s’est produit au XVIIe siècle et l’instrument, bien qu’il ait été l’objet d’une riche programmation musicale, n’a jamais donné pleinement satisfaction.

Ainsi le nouvel orgue ouvrira une nouvelle page de cette histoire longue de près de sept siècles. Il s’inscrit d’une certaine manière dans l’histoire dans le sens où il s’agira de comprendre les enseignements du passé pour éviter d’en reproduire les erreurs.

Des études préalables ont permis de préciser la sonorité souhaitée et le style et type de travaux en conséquence. Comment qualifieriez-vous le style de ce futur orgue et pourquoi un tel choix ?

En fait c’est l’acoustique de la cathédrale qui a imposé les orientations esthétiques de l’instrument. Depuis l’ouverture du dossier, on a essayé de comprendre pourquoi l’orgue actuel et les orgues précédents avaient du mal à sonner, afin de mieux appréhender les difficultés acoustiques de l’édifice. Divers essais nous ont orientés vers une harmonisation de type symphonique. Un orgue doit toujours former un tout cohérent sur le plan technique et acoustique. Ainsi, cette base esthétique a des conséquences sur les éléments techniques de l’orgue : le type de vent que la soufflerie doit fournir et la conception des sommiers qui sont les pièces sur lesquelles reposent les tuyaux. Le choix et la qualité des matériaux et leur mise en œuvre sont des points très importants et lacunaires dans l’orgue actuel. Un instrument de musique a besoin de matériaux de premier choix pour garantir sa qualité et sa pérennité. Normalement un orgue réalisé avec soin et bien entretenu doit durer plus d’un siècle.

Le projet prévoit de réaliser un instrument résolument moderne et tourné vers l’avenir, capable de jouer des créations contemporaines. Qu’en est-il alors de son rôle dans la liturgie, lors de grandes célébrations diocésaines ? Quels sont les freins, limites que vous voyez actuellement et qui seraient levées par ces travaux ?

Ce dont a besoin la liturgie, c’est d’un bon instrument de musique servi par de bons musiciens. Peu importe l’esthétique sonore, qu’elle appartienne au passé ou soit tournée vers l’avenir. L’instrument projeté offrira de nouvelles perspectives dans la souplesse d’utilisation qui seront des atouts pour son rôle dans la liturgie. Un orgue en meilleure adéquation avec l’acoustique de la cathédrale devient un meilleur outil pour accompagner les chants et les célébrations.

Le but de la musique dans la liturgie est d’élever par la beauté. Plus l’instrument de musique est beau, plus cela fonctionne. Les musiciens, le clergé et l’assemblée : tous seront d’avantage portés, que ce soit dans les chants ou dans les moments où l’orgue offre des temps musicaux accompagnant le recueillement ou commentant la liturgie par la musique qui ouvre sur l’indicible.

La principale difficulté réside actuellement dans le manque d’adéquation entre l’orgue actuel et l’acoustique. Les sonorités manquent d’ampleur et d’assise. Cela oblige par exemple à forcer les registrations pour que les sons parviennent jusqu’au chœur quand l’assistance est nombreuse : résultat l’orgue est trop fort pour ceux qui sont au fond de la cathédrale, et pas assez pour ceux qui sont vers l’avant. La possibilité de jouer les deux orgues de la cathédrale simultanément et d’avoir une console mobile lèvera certaines difficultés dans l’accompagnement de chanteurs ou d’ensembles, autant pour la liturgie que pour les concerts.

L’Église joue un rôle de service dans la société par l’aide pour les personnes en difficultés ou par l’éducation. Mais dans son rôle dans la société, l’Église a parfois tendance à oublier l’importance de la culture et de l’art. La vocation culturelle de l’orgue et le concert font partie de ce rôle. L’aspect culturel du nouvel instrument est fondamental et n’est en aucun cas antagoniste de la vocation cultuelle du lieu : il ouvre l’Église sur la cité. Le patrimoine musical et instrumental de l’orgue est d’une richesse inestimable et nous avons un devoir de partage. L’Église doit contribuer à l’élévation des âmes et de cœurs. Le concert classique est devenu un des rares moments où cela est offert au plus grand nombre. Quand l’Église aide les pauvres, elle le fait sans distinguer les origines ou les croyances religieuses des nécessiteux. Aussi le concert est un moment où le lieu sacré et la beauté par la musique peuvent être partagés avec ceux qui en ont besoin quelles que soient leurs origines et leurs croyances.

En 40 ans d’utilisation culturelle, l’orgue actuel a été entendu par près de 400 000 auditeurs. Lorsque le prochain instrument fêtera son centenaire, on peut imaginer que ce seront des millions de personnes qui seront touchés.

Enfin quel serait le calendrier de ce chantier et comment soutenir ce projet ?

L’association Cathedra est porteuse du mécénat pour l’orgue. Nous avons jusqu’au mois de septembre 2021 pour réunir une grande partie des fonds et promesses de dons sur un total de 3M€ (H.T.) pour que l’appel d’offre puisse être lancé au printemps 2022. Ainsi la construction de l’orgue se fera parallèlement à la restauration de la nef de la cathédrale et devrait s’achever en 2025. Il est important de tenir ce calendrier car sinon le début des travaux de l’orgue serait reporté à 2025-26 dans le meilleur des cas.

Cathedra est une association d’intérêt général. Les dons permettent donc une déduction fiscale. Tous les dons sont importants, grands ou modestes. Pour l’instant nous n’avons pas encore trouvé le mécène qui sera « chef de file » du projet.

SOUTENEZ LE PROJET, DEVENEZ MÉCÈNES !
Particuliers ou Entreprises, vous pouvez soutenir la restauration des grandes orgues et permettre ainsi à Bordeaux et sa métropole de rayonner grâce à un instrument moderne et qui traversera les siècles.

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