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Les vitraux, mémoire vivante de Bordeaux – Entretien avec François-Rémy Roqueton

Publié le 24 septembre 2025

Docteur de l’École Pratique des Hautes Études et spécialiste des vitraux armoriés des églises de Bordeaux, François-Rémy Roqueton consacre ses recherches à ces œuvres trop souvent considérées comme de simples ornements. À travers ses travaux, il éclaire leur rôle historique, artistique et social, et rappelle combien ces verrières constituent un patrimoine fragile et précieux.

Pouvez vous vous présenter ?

Je suis historien de l’art, docteur de l’École Pratique des Hautes Études, et j’ai consacré ma thèse aux vitraux armoriés des églises de Bordeaux. Mon parcours est lié à une volonté de mieux comprendre la manière dont les œuvres dialoguent avec la société qui les produit. J’exerce aussi comme guide-conférencier, ce qui me permet de transmettre directement mes recherches à un large public. J’aime croiser ces deux aspects : la rigueur scientifique et la médiation culturelle. Cela me pousse à montrer que le patrimoine n’est pas figé dans le passé, mais qu’il continue de parler à nos contemporains.

Comment en êtes-vous venu à vous intéresser aussi profondément aux vitraux armoriés des églises de Gironde ?

Les vitraux bordelais, en particulier ceux du XIXᵉ siècle, constituent une source exceptionnelle. Ils sont à la fois des objets d’art, des supports de dévotion et des témoignages sociaux. Leur richesse iconographique et héraldique raconte une histoire que l’on ne retrouve pas toujours dans les archives écrites. À travers les armoiries, on découvre les familles qui ont marqué la vie locale, leur volonté d’inscrire leur mémoire dans l’espace sacré. En ce sens, le vitrail devient une véritable chronique visuelle de la société bordelaise. C’est ce mélange de beauté artistique et de valeur documentaire qui m’a donné envie de les étudier en profondeur.

Selon vous, quel rôle les vitraux jouaient-ils dans la vie spirituelle et communautaire des fidèles ?

Ces verrières n’étaient pas de simples embellissements : elles participaient pleinement à la construction de l’identité paroissiale et du lien entre les fidèles et leur église. Les donateurs y laissaient une empreinte durable, inscrivant leur mémoire familiale dans le tissu même du monument. Une lettre adressée au cardinal Donnet en 1865, sollicitant une offrande pour l’église de Pessac illustre bien cette dimension :

« Votre Éminence connaît les efforts que vient de faire le conseil de fabrique de Pessac pour agrandir et réparer l’église… Pour couronner notre œuvre, nous n’avons plus qu’à garnir de vitraux les huit croisés de ce modeste mais très convenable monument. (…) Permettez-nous, Monseigneur, de faire placer au-dessus de l’un de ces médaillons les armoiries de Votre Éminence. Nous indiquerons ainsi aux générations qui viendront après nous, que c’est sous votre glorieux épiscopat que notre église a été restaurée. »

Cette demande témoigne à la fois du rôle spirituel et politique des vitraux. Ils servaient de mémoire collective et d’acte de reconnaissance envers l’autorité religieuse.

Quelle place occupent-ils aujourd’hui ?

Leur fonction a évolué. Les vitraux armoriés ne sont plus perçus comme des symboles de pouvoir ou de prestige familial, mais comme des témoins d’une époque et d’un savoir-faire. Ils intéressent désormais autant les historiens que les amateurs d’art ou les habitants qui y reconnaissent une part de leur identité locale. Toutefois, ce patrimoine reste fragile : beaucoup de verrières souffrent du temps, des restaurations anciennes mal conduites ou simplement de l’oubli. Sensibiliser à leur importance, c’est rappeler que chaque vitrail est une archive visuelle, irremplaçable, qui mérite d’être protégée au même titre que les grands monuments de pierre.

Vitrail du couronnement de la Vierge avec armoiries du cardinal Donnet, atelier Joseph Villiet, 1866, église Saint-Martin, Pessac.

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