La fête de Saint Luc est une fête lumineuse pour temps maussades

Elle est lumière pour le cœur, la tête et les mains des disciples missionnaires travaillant dans le monde de la santé.

Homélie de Mgr Jean-Paul James prononcée le dimanche 17 octobre à l'occasion de la Saint Luc (saint patron des soignants).

La fête de Saint Luc est une fête lumineuse pour temps maussades. Elle est lumière pour le cœur, la tête et les mains des disciples missionnaires travaillant dans le monde de la santé.

Oui, elle est lumière pour les cœurs des disciples, donc de tous les membres de l’Église catholique en France, malade, abîmée car, en son sein, des jeunes ont souffert d’agressions sexuelles. Ce sont parfois certains de vos collègues ou de vos patients. J’en demande pardon et dis ma volonté de continuer à agir pour que la maison Église soit sûre. Dans cette noirceur, je veux accueillir la lumière de cette fête, une fête pour tous ceux qui travaillent dans le monde de la santé. Après l’épisode éprouvant de l’épidémie de Covid, j'entends de l'inquiétude chez certains d’entre vous, membres des personnels soignants : c’est la surcharge de travail un peu partout souvent chez les aides-soignants, le manque de moyens, le nombre insuffisant d’infirmiers, ou encore les difficultés des médecins libéraux à trouver des remplaçants pour leurs vacances ou leur retraite. Les temps sont maussades. Alors, quelle chance la fête de votre saint patron ! Son seul nom, en grec ou en latin, évoque la lumière. Saint Luc, c'est le lumineux. Il est porteur d'un message lumineux. Quel est-il ? L’Évangile le proclame : nous disciples missionnaires, nous ne sommes pas seuls ! Les 72 partent deux par deux et Saint Luc ajoute : « en toute ville et localité où Jésus lui-même allait se rendre ». Le Seigneur se rend dans les mêmes endroits que nous car il habite nos cœurs. Médecins, infirmiers, aides-soignants, aumôniers, nous ne sommes pas seuls ! Si nous en doutions à certains moments, rappelons-nous simplement le nom lumineux de votre saint patron, Luc, Lumière. La lumière discrète du Christ est présente dans nos cœurs, et donc elle est présente dans vos cabinets de consultation, les chambres des patients, les salles d'opération ou d'aumônerie. Plus nous sommes au contact de situations douloureuses et sombres (et vous l'êtes si souvent), plus nous risquons d'être atteints dans notre espérance. Il y a un combat pour ne pas être submergé par ce qui va mal. Et le combat nous le menons avec les armes de la foi, en accueillant la lumière du Christ, dans nos activités, en prenant le temps de nommer dans la prière (1ère consigne du Christ aux missionnés), les traces lumineuses du Christ présent, agissant par exemple, dans le cœur des personnes malades ou âgées : combien de fois nos propres cœurs ont été réconfortés par leur témoignage !   

Oui, le Christ est lumière pour les cœurs et aussi pour nos intelligences. Ces 72 disciples prennent la route. Ils partent.  Au cours de ces voyages, ces 72, et après eux Saint Paul, Saint Luc vont en faire des rencontres, connaître les échecs, les ratés, les abandons, les refus. Et ils vont s'en poser des questions, sur ce qu'il y a à dire et à ne pas dire, sur la manière de vivre sa foi et de témoigner. Pourquoi j'évoque cela ? Parce que nous aussi nous sommes en route, ensemble. Ce dimanche est consacré au lancement d’une démarche pour toute l’Église, démarche voulue par le Pape François : que notre Église soit toujours plus synodale, dit autrement, que nous soyons toujours plus désireux d’avancer ensemble, de marcher ensemble, d’annoncer ensemble l’Évangile, à la lumière du Christ, de son Évangile ! Quelle grâce, la lumière du Christ pour nous aider à discerner dans l'exercice quotidien des actes de soins. Lumière du Christ pour éclairer nos intelligences, Lumière du Christ accueillie dans la réflexion et la formation chrétiennes mais aussi dans l'échange entre nous. Il y a à encourager ces partages entre membres d’aumônerie, entre personnels soignants : j’encourage ces petites équipes fraternelles de relecture de nos missions, de nos engagements professionnels. Qui, en effet, peut prétendre être au point dans ses diagnostics, les choix à faire dans une équipe médicale, les paroles à dire quand on est visiteurs de personnes malades ou âgées ? Personne n’est au point sauf le Christ ! Mais à nous, personnels soignants, laïcs engagés dans la pastorale de la santé, il nous est demandé d'être au clair, de tout mettre sous la lumière du Christ, en nous entraidant.

Enfin lumière pour nos mains et par nos mains. Au cours de sa marche avec d’autres, membre de cette petite Église synodale naissante, Saint Luc va faire l'expérience de l'amour du Seigneur. C'est cet amour fidèle, miséricordieux du Seigneur qui a fait tenir Saint Luc, le médecin bien-aimé. Il accompagne Saint Paul jusqu'au bout : « Luc est seul avec moi ». Puissance de l’amour qui nous fait rester fidèles dans nos missions. L'amour du Seigneur est une lumière pour nos mains, c’est-à-dire, il guide nos actions. Et par nos mains, c’est la lumière du Christ qui se répand :  Il s'agit de guérir, de remettre debout, de redonner goût à la vie. Ces gestes d’amour sont lumineux et évangélisateurs.  Je lis cela dans les courriers reçus de catéchumènes ou de confirmands : on me parle d'une aide-soignante qui, juste avant de quitter son service, passe pour dire bonsoir à une personne en difficulté, de la délicatesse d'une infirmière dans ses gestes pour soigner, du temps qu'un médecin consacre à écouter, du bienfait de la visite d’un aumônier, prêtre ou laïc. Non, ce n’est pas une petite visite, comme on aime dire. Il n’y a pas de petites visites en amour, tout est grand. Passer du temps avec une personne angoissée, poser la main, caresser le front, tout cela a un poids d’éternité. Je veux rendre grâce pour vous qui témoignez en actes, de l’amour de Dieu. Oui, c’est une fête lumineuse pour temps maussades. Votre saint patron vous rappelle que la Lumière du Christ vous est donnée : elle habite notre cœur, elle éclaire notre intelligence ; et par nos actes, par nos mains, elle apporte la chaleur de l’amour. Je confie à l’intercession de Saint Luc, vos belles missions. Amen.