Retrouvez l’édito de Mgr James pour le mois de septembre 2026.
Les vacances s’achèvent. En Gironde, nous avons vécu un été très éprouvant. Aux flammes de terribles incendies, succède, dans certains endroits un paysage de cendres, de troncs calcinés et de maisons brûlées. Les forces destructrices du feu, de la canicule, de la sécheresse, et parfois de la malveillance humaine ont montré leur capacité de nuire. « La création tout entière gémit » (Rm 8, 22), écrit saint Paul. Et il ajoute : elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore ». L’image de saint Paul nourrit notre Espérance : un enfantement, la vie, que le monde ait la vie.
Au cours de l’été, pompiers, agriculteurs, services de la sécurité civile, élus ont lutté pour la vie des habitants menacés. Des bénévoles ont soutenu les combattants du feu, les aidant à tenir debout, à se reposer, les hébergeant, leur fournissant l’eau. Ils ont sauvé des vies en étant solidaires, attentifs, généreux, donnés. Chrétien, j’y reconnais le cœur de ma foi : Non, Dieu ne veut pas notre malheur ou notre destruction ; ce ne sont pas les mœurs de notre Dieu. Celui auquel nous croyons, a pris chair, est venu dans un monde beau et chaotique, traversé par des forces du mal. Et Il est venu pour que tous aient la vie : Il s’est laissé toucher par les pleurs des uns, l’épuisement des autres, les épreuves des malades et des pauvres de toutes sortes. Il n’a pas regardé de loin ; il s’est fait proche. Il ne s’est pas contenté de discours ; il a agi. Aux forces destructrices, il a opposé le don de sa vie, sa puissance de vie.
C’est notre foi pascale : « De la mort, a jailli la vie ». À nous d’en témoigner. Comment ? Chrétiens, nous continuons aujourd’hui, l’œuvre de Celui dont nous portons le nom, sûrs que le Christ prend sur Lui nos faiblesses, nos fragilités devant ces drames, ne nous abandonne pas au milieu des forces destructrices du monde actuel, mais Il combat avec nous. Il veut la vie pour nous et toute la Création. C’est ainsi que j’ai accueilli la photo de ce calvaire noirci mais toujours debout de Saumos.

« En tant que croyant parmi les croyants, nous écrit Léon XIV, j’invite à contempler dans le visage du Christ, une magnifique humanité qui éclaire également l’ère de l’IA. Dans le Christ nous comprenons que l’homme est appelé à être un collaborateur dans l’œuvre de la Création, plutôt qu’un spectateur résigné… »[1]. Alors, contemplant le Christ crucifié et ressuscité qui a pris sur Lui le mal du monde et nos péchés, refusant la résignation et le fatalisme contraires à la foi chrétienne, j’envisage le début de cette année pastorale comme un combat pour la vie, vie des familles qui ont tout perdu, vie des personnes évacuées qui sont traumatisées. Et l’engagement de notre part sera concret : j’encourage les paroisses épargnées du diocèse à prendre contact avec celles qui sont éprouvées. Car celles-ci savent ce dont il y a besoin. Bien sûr, il y a les aides de l’État, les assurances des personnes sinistrées. Mais il y a aussi, toujours, des personnes qui, pour diverses raisons, échappent à ces aides, ou pour qui ces aides sont loin de tout couvrir, ou qui ont des besoins urgents. En lien avec les diaconies paroissiales et les associations caritatives du diocèse, j’encourage, dans chaque paroisse, une quête spéciale à la rentrée pour les familles sinistrées ; le produit en sera remis à une association caritative ou à une paroisse impactée.
Le Christ est allé au-devant des personnes blessées par les forces destructrices. Et Il visite, Il rencontre, Il écoute. J’encourage les lieux de parole et d’échange après cet été éprouvant : nous avons besoin de nous rencontrer, pour certains de parler des inquiétudes qu’ont engendrées ces évènements, d’entendre des paroles d’espérance, de consolation. À nous d’être apôtres du Mystère Pascal du Christ, « témoins de Sa résurrection » (Act 1, 22), en paroles et en actes. À nous aussi, dans ces échanges, de favoriser la communion fraternelle, dans la diversité de nos opinions, de nos situations sociales. Il y a besoin d’entendre les colères, les avis divergents, refusant la division entre nous. Dans sa rencontre avec les jeunes à Assise, le pape Léon XIV leur disait : « Unissez les meilleures énergies de votre magnifique humanité – les études, les compétences, le travail, les amitiés, l’amour, la prière ». C’est le programme de nos fraternités de quartier, de nos paroisses et de nos mouvements, pour que tous aient la vie.
« La création tout entière gémit » écrit saint Paul. Les évènements climatiques extrêmes à répétition, la succession de pluies diluviennes durant l’hiver et de canicule étouffante dans l’été, nous poussent encore davantage à considérer avec sérieux, la proposition pour le mois de septembre : « le Temps pour la Création ». Il commence le 1er septembre et s’achève le dimanche 4 octobre en la fête de Saint-François d’Assise. Il invite les chrétiens du monde entier à prier et à agir pour la Création que Dieu nous confie. En lien avec les évènements de l’été, le dimanche 4 octobre, j’encourage les paroisses à proclamer ou à chanter, le cantique des créatures de saint François d’Assise. Il y exprime son émerveillement devant le monde et son amour fraternel des créatures. Cela n’a rien d’un chant naïf, idyllique, ou éthéré. Oui, il dit l’émerveillement devant l’œuvre de Dieu. Mais c’est un homme malade, diminué, à la fin de sa vie qui écrit cela. Il sait le caractère destructeur et violent parfois des éléments naturels ; il sait la capacité de nuisance, de domination de la personne et des sociétés humaines. Son chant est une protestation contre un monde déchiré et abîmé ; il est un appel à un monde nouveau ; Il appelle à cette vie nouvelle. « En fraternisant avec les créatures, François se replace parmi elles : il se reconnait lui-même créature, en grande humilité »[2]. J’invite à vivre ce Temps de la Création, comme un appel à la prière, à la conversion de nos cœurs, de nos pratiques, à la réflexion, « pour que ce monde ait la vie ».
C’est le thème de la prochaine visite du pape Léon XIV en France. Plusieurs d’entre nous se rendront à Lourdes pour la messe du dimanche 27 septembre. En plus des visites aux responsables de notre pays, le Pape vient rencontrer l’Église en France ; il vient écouter les catéchumènes et néophytes, les jeunes, les personnes malades, les personnes victimes de gens d’Église ; il vient aussi nous encourager dans nos missions, nous éclairer par ses enseignements. Nous prions pour Lui, pour sa mission de paix dans le monde, d’unité dans l’Église, reprenant les mots de la liturgie : « Seigneur Dieu, par une décision de ta providence, tu as voulu bâtir ton Église sur le bienheureux Pierre, successeur des apôtres. Regarde avec bonté notre pape Léon XIV que tu as établi comme successeur de Pierre : qu’il soit pour ton peuple, de façon visible, le principe et le fondement de l’unité de la foi et de la communion ecclésiale » (Oraison de la messe pour le Pape).
+Jean-Paul James
[1] Léon XIV, encyclique Magnifique Humanité, n° 233
[2] Eloi Leclerc, La fraternité en héritage, ma vie avec François d’Assise, 2015, p. 134