Des laïcs engagés pour accompagner les prêtres dans l'exercice de l'homélie

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SOH pour "Service d’Optimisation des Homélies" a pour objectif d’aider les prédicateurs à concevoir et prononcer leurs homélies. Rencontre avec Nicolas Dupuy, membre de SOH sur le diocèse de Bordeaux.

Le Service d’Optimisation des Homélies (“SOH”) est peu connu, comment cette idée est-elle née ? 

Cette idée est née dans le diocèse de Paris en 2007, et a été initiée par Didier Mellière entouré d’un groupe de laïcs. Ce service d’Église, soutenu par la Conférence des évêques de France, travaille en lien avec le service national pour la Pastorale Liturgique et Sacramentelle. Mgr Thibaut Verny, évêque auxiliaire du diocèse de Paris, en est aujourd’hui le conseiller ecclésiastique.

Cette proposition est animée par des laïcs. Est-ce une manière de faire vivre la synodalité en Église ?  

Oui tout à fait. La synodalité c’est marcher ensemble. Et nous sommes heureux de pouvoir vivre cela avec SOH. En ce qui concerne cette formation, les prêtres et les diacres viennent d’une part avec leurs connaissances théologiques, leur spiritualité et leur foi profonde. Mais l’homélie dominicale est un art difficile, qui revient chaque semaine, et semble être un sujet sensible dont ils parlent peu entre eux. D’autre part les laïcs viennent avec la proposition de la pédagogie SOH, souvent pour certains leurs connaissances des techniques de communication, et pour les autres, tout simplement leur expérience de paroissiens. Ces laïcs formés interviennent avec tact, en toute humilité et avec bienveillance…et en vérité.  Un vrai groupe fraternel à durée déterminée se crée au fil des séances, c’est donc pour moi un bon exemple de synodalité.

Comment les séances de formation se déroulent-elles ? 

La formation SOH se déroule en 4 séances en soirée ou le matin. Les séances sont espacées d’une quinzaine de jours. Chaque séance est rythmée de la manière suivante : présentation des outils très pratiques d’optimisation (environ 15% de la séance), puis les prononcés d’homélie suivis d’une analyse en groupe (environ 85% de la séance). Ce temps en groupe permet de mettre en exergue les points positifs ainsi que les points d’amélioration. La première séance a pour objet de poser le diagnostic. Ensuite, au fil des séances, les prêtres et les diacres se concentrent chacun en travaillant sur deux ou trois points-clés qu’ils se seront appropriés dans la boite à outils de la pédagogie SOH.

Une cinquième séance efficace et conviviale, trois ou quatre mois après la formation, permet de garder le lien et la motivation, car deux membres du groupe SOH viendront participer à une messe dominicale du prêtre formé. Ils auront ainsi l’occasion de faire le point sur une situation réelle et in situ, et pourront alors faire le point avec le prêtre sur la forme de son homélie. C’est un moment à la fois  émouvant et sympathique qui vient clore l’ensemble du parcours SOH.

Le moment de l’homélie représente un enjeu tant pour les fidèles que pour les prédicateurs ; comment préparez-vous les prêtres pour transmettre au mieux la Parole ?  

La pédagogie SOH permet de proposer de prendre du recul aux ministres ordonnés et de donner un retour structuré et argumenté sur les nombreux leviers envisageables pour la forme de leurs homélies. Cette pédagogie leur permet de prendre conscience des points qu'ils peuvent améliorer et aussi des points forts qu’ils doivent continuer à développer. En mettant en application ne serait-ce que quelques points, leurs paroissiens auditeurs vont être mieux touchés/rejoints par les homélies. Ils vont ainsi pouvoir mieux mémoriser, et pouvoir emporter au minimum un message et une action pour la semaine.

Comment arrivez-vous à rester pédagogue tout en laissant aux prêtres une totale indépendance sur le fond ? 
 
Toutes nos remarques, tous les points positifs ou à améliorer ne concernent que la forme. Il n’est d’ailleurs pas rare que l’animateur intervienne, car le naturel nous entraîne quelquefois vers un commentaire sur le fond lorsque nous nous sentons touchés par le message. L’animateur joue donc un rôle de régulateur, car ce n’est pas l’objet de la formation et les laïcs présents n’en ont pas la compétence. Si les prêtres viennent sur ce terrain nous leur demandons de discuter cela en dehors des séances SOH.

Cette initiative a été créé en 2007 mais n’a été implantée que depuis peu sur le diocèse de Bordeaux ; comment a-t-elle été accueillie sur le diocèse?

Le Service d’Optimisation des Homélies est une des suites du dernier synode diocésain et est inscrit dans les actes synodaux. Tout a commencé par la grande enquête faite au début du synode auprès, d’une part, de laïcs adultes et jeunes, et d’autre part auprès des prêtres et diacres. Il est ressorti de l’enquête faite auprès des laïcs que l’homélie était très importante pour eux (après l’eucharistie) et que c’était pour la plupart d’entre eux le seul enseignement qu’ils avaient sur la Parole de Dieu. Par ailleurs dans l’enquête faite auprès des prêtres, il apparaissait très clairement que la préparation de l’homélie dominicale constituait une de leurs activités majeures de la semaine.
Lors de l’assemblée synodale finale, le principe d’une formation permanente au commentaire de la Parole de Dieu avec l’aide de la pédagogie SOH a été votée à une large majorité. La mise en place de cette méthode s’est faite ensuite progressivement. Aujourd’hui cette formation est intégrée au catalogue des formations proposées par l’Institut Pey Berland.

À ce jour nous avons déjà pu mettre en place 5 séances de formation, ce qui signifie que 15 prêtres ont vécu ce parcours SOH.

Témoignages

Au premier trimestre de cette année pastorale, j’ai participé à une session de formation SOH « service d’optimisation des homélies ». J’ai vécu cette formation avec l’équipe de la paroisse de Caudéran. Nous sommes trois prêtres, le curé, qui nous a proposé ce temps, et deux vicaires. Nous avons consacré quatre matinées à cette formation. Les premières fournissent quelques outils pour la préparation de l’homélie. La quatrième consiste à préparer une homélie en utilisant les éléments donnés.
Pour ma part, cette expérience m’a permis d’avoir un retour objectif sur la forme de mes prédications. C’était la première fois, depuis le début de mon ministère. J’avais eu quelques retours de paroissiens qui m’avaient aidé, mais ils n’ont pas été très nombreux. Ce fut l’occasion de m’écouter, car lors de chaque matinée nous prêchons devant l’équipe SOH et nos confrères, et nous sommes enregistrés. Les remarques sont parfois décapantes.
L’équipe SOH a toujours été bienveillante. Cela permet d’accueillir avec confiance les points d’amélioration d’une séance à l’autre. C’est, malgré tout, un exercice d’humilité. Sachant que ce ne sont que des outils, ils peuvent ne pas convenir à tous.

Voici deux points concrets auxquels je fais attention depuis cette session de formation. Tout d’abord, j’essaie de dire moins de choses, mais d’en dire une clairement. C’est un effort de se limiter, mais c’est aussi respecter ceux qui écoutent. La formation insiste sur un message central unique, l’unité thématique. Cela s’inscrit dans la droite ligne d’EG 158 qui demande de : « faire en sorte que la prédication ait une unité thématique ». Un deuxième élément est l’annonce de mon cheminement de pensée. L’assemblée ne sait pas ce que le prédicateur va dire, il est important de baliser le chemin qui est proposé et les étapes qui seront suivies pour que tous se mettent à la suite de Jésus en tant que disciple missionnaire."

Père Jean-Michel Mathieu
(Caudéran)

J’ai été sollicitée par Nicolas Dupuy pour participer à la formation SOH, j'ai tout d’abord commencé par une séance découverte dans une paroisse de Bordeaux. J’ai été très touchée et enthousiaste à l’idée de pouvoir poursuivre cette belle aventure avec cet automne 3 prêtres d’une autre paroisse. Concernant les homélies j’ai découvert que l’art oratoire était bien compliqué et les prêtres ont rarement des retours de leurs paroissiens ou de leurs confrères. Difficile de faire un retour aux prêtres que l’on connait par peur de blesser et surtout que dire, et en quoi les aider ?

Pour moi l’homélie est un des temps forts de la messe, elle fait le lien entre la parole et ma vie quotidienne ; j’attends un message clair pour m'en souvenir, des pistes concrètes avec des mots clés pour nourrir ma semaine.

Cette formation a pour but d’aider les prêtres à construire leur homélie et leur donner des clés de communication lors de la prise de parole en public. Le travail d’équipe se réalise dans un esprit fraternel, avec bienveillance, respect et sans jugement.

Je remercie les prêtres qui en toute humilité se sont prêtés à cet exercice, avec chacun leur charisme. En seulement 4 séances avec cet outil, des marches de progression ont été franchies. Personnellement grâce à cette formation mon écoute a changé, je me sens légitime, et je pense que j’oserai maintenant leur faire un retour structuré, avec des remarques plus pertinentes sur la forme sans toucher au fond, qui leur permettra de continuer à progresser. 

Vorlette Martinet