Sur les pas de saint Louis Beaulieu en Corée

Au moment où Daech sème la mort, comment parler des martyrs qui, par leur mort sèment la vie ; mais aussi, au moment où l’Église manque de prêtre, comment ne pas regarder la naissance de l’Église qui est en Corée et qui est née et a vécu plusieurs décennies sans prêtre présent.

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À l'occasion du 150ème anniversaire des martyrs de Corée, dont fait parti le langonais saint Louis Beaulieu, un pèlerinageréunit 8 diocèses en Corée du 13 au 24 octobre 2016. Retrouvez le récit au jour le jour du P. Gérard Faure.

 

C'est un groupe de 66 personnes de 8 diocèses différents (Aix en Provence, Amiens, Angoulême, Bordeaux et Bazas, Digne, Langres, Le Mans, Luçon) qui s'est retrouvé le vendredi 14 octobre à Séoul en Corée. Parmi eux, 11 girondins dont le père Gérard Faure qui nous raconte ce pèlerinage au jour le jour.

Père Gérard Faure.

Le Père Gérard Faure.

 

Jeudi 13 octobre

Les Alpes sont belles

Une demie-heure après le décollage de Roissy, nous survolons les Alpes. Quelques crêtes enneigées soulignent le relief de massifs sans doute prestigieux mais que je ne connais pas.

Dès hier au soir nous étions réunis dans un hôtel de Roissy, puis au restaurant du village du même nom. Oui, Roissy n’est pas qu’un aéroport infernal, et il y a toujours un village avec ses bistros, ses jardins, ses places. Le repas du soir, commencé après 21 heures, est non seulement bon mais aussi plutôt agréable pour former ce groupe de 11 personnes qui part an Corée se joindre au pèlerinage national, à l’invitation de l’archevêque de Séoul. Mgr Ricard mène la délégation avec les responsables du service des pèlerinage, Isabelle Ducousso et le P. Jérôme Grondona. Sont particulièrement là des Langonnais, tels Christian et Ghyslaine Galy, Guillaume Dedieu que j’ai baptisé il y a 3 ans, Patrick Fauries, mon ancien vicaire aujourd’hui co-curé de Langon, M. Haverland, arrière-arrière petit cousin de Louis Beaulieu et sa belle sœur, Jean-Claude Dupart, diacre, ancien délégué à la Mission et moi-même qui avais déjà eu le privilège d’aller à la canonisation des martyrs de Corée, le 6 mai 1984.

C’est pour cette raison que, dans un premier temps, j’avais décidé de rester chez moi. Il s’est trouvé ensuite que personne ne s’inscrivant, et étant allé à un colloque sur l’évangélisation de la Corée, y rencontrant d’ailleurs Olivier Darrieulat qui manque à notre pèlerinage, j'ai ainsi retrouvé un intérêt certain à la double question suivante : au moment où Daech sème la mort, comment parler des martyrs qui, par leur mort sèment la vie ; mais aussi, au moment où l’Église manque de prêtre, comment ne pas regarder la naissance de l’Église qui est en Corée et qui est née et a vécu plusieurs décennies sans prêtre présent.

Les Alpes que nous survolons sont toujours belles, mais c’est des Pyrénées que je suis amoureux !

 

Vendredi 14 octobre

Nous arrivons à Incheon, aéroport de Séoul, vers 10h30, après 9h30 de vol depuis Istanbul. Tout est net et propre, plutôt beau et fonctionnel. Les obligations policières et douanières sont rapides et c’est une délégation de l’Église de Corée, menée par le cardinal-archevêque de Séoul, qui nous accueille.

Pas de répit ! Nous partons pour Daejon. Les deux bus sont confortables et nous y sommes à l’aise, 33 passagers par véhicule. Nous n’allons d’ailleurs pas très loin puisque le déjeuner est à ¼ d’heure.

Il correspond au souvenir que j’ai : au centre de la table, une grille sur laquelle la serveuse viendra faire revenir puis couper une viande marinée savoureuse. Tout autour, une multitude de plats aux formats divers dans lesquels on va puiser. Légumes effilés, sans doute plus faciles à digérer qu’à attraper du bout de nos baguettes métalliques.

Une heure et demie de route nous sépare d’Haemi, important lieu de martyre. Nous avons la chance d’être guidés par le P. Charles Lee, dont j’ai pu lire le travail sur l’Église de Corée.

Nous partons ensuite à Solmoe. Je n’ai malheureusement pas la résistance nécessaire et m’endors pendant chaque trajet. Salmoe est le lieu de naissance de saint André Kim. C'est un beau sanctuaire : pierre locale, grands espaces dédiés à la méditation et aux rassemblements. On saura vite que le pape François est passé par là, sa représentation statuaire étant abondante. André Kim est le premier prêtre coréen, que les premiers missionnaires avaient envoyé se former à Macao. Il permettra à des missionnaires, tout particulièrement Mgr Daveluy, de pénétrer dans le pays. Arrêté, il connaitra le martyre en septembre 1846. Le chemin de croix en pleine nature est particulièrement intéressant. Il n’est pas d’abord figuratif et les positions données au corps de Jésus mériteraient d’être contemplées longuement. Un vieux missionnaire français nous fait visiter tout cela.

Nous partons en suite à Shin-li où habitait saint Antoine Daveluy, pour la célébration de la messe. Mgr Dessaut, qui préside, attire notre attention sur cet accès des Coréens à l’Évangile qui n’est pas le fruit de plans pastoraux mais bien de l’inattendu de Dieu ; mais aussi sur la détermination de ces nouveaux chrétiens : la famille de saint André Kim compte des martyrs sur quatre générations.

Suit le dîner, abondant et délicieux buffet dressé dans une pièce aux murs de verre édifiée au milieu de la nature, mais de nuit. C’est de nuit que nous nous rendons au Centre spirituel ‘Ha-sang’ où nous logerons les premiers jours. " C’est de nuit…" mais demain c’est saint Thérèse et non saint Jean de la Croix.

 

 

Samedi 15 octobre

DIOCÈSE DE DAEJON

 

C’est dans le bus que nous chantons les laudes, car la route est longue avant d’arriver à Kalmémot. Au bord de la mer jaune, c’est le lieu du martyre de cinq chrétiens, dont Antoine Daveluy. Aujourd’hui, ce diocèse choisit ces martyrs comme patrons secondaires du diocèse. Un petit orchestre, pas si petit d’ailleurs, accompagne la prière. La musique occidentale rayonne de fait partout dans le monde et l’Halléluja de Haëndel est universellement connu.

 

Le déjeuner est pris sur place avec les huiles locales, le préfet ayant d’ailleurs, à la fin de la messe, fait une belle "homélie" sur la fraternité. Nous partons à Souritchigol, en passant trop rapidement à Gondju, lieu où il y eut un nombre incalculable de martyrs, 337 identifiés, un saint, trois bienheureux.

Leur Souvenir est vif. La foi chrétienne dans ce pays ayant été particulièrement refusée à cause du refus du culte des ancêtres tel que le confucianisme le conçoit et, ceci est particulièrement lié, l’affirmation d’une fraternité universelle descendant immédiatement de la découvert de la paternité universelle du Dieu créateur et sauveur. Tout cela remettait en cause l’équilibre de la société et sa structure hiérarchique ; cela ajouté au refus violent de tout ce qui peut entrainer la peur d’une quelconque colonisation. C’est d’ailleurs après le martyre des français en 1866 que sont signés des accords entre l’état Coréen et l’état Français

Nous finissons la journée à Whangsé-ba-oui chez les sœurs du sacré Cœur de Marie, Congrégation autochtones fondée par un prêtre coréen mort il y a treize ans. Elles sont 500 dont 70 ici, Sœurs coréennes, birmanes et vietnamiennes dans la maison mère. Ce lieu très retiré, particulièrement bien équipé, spacieux et beau. Visiblement, ce n’est pas l’argent qui manque.

Le dîner pris sur place est proposé ici aussi sous forme d’un buffet aux mets particulièrement variés

Nuit au Centre spirituel ‘Ha-sang’.

 

Dimanche 16 octobre

DIOCÈSE DE DAEJON

Petit déjeuner puis départ pour Baethi

La route devait être courte mais il nous a quand même fallu plus d’une heure pour arriver à Baethi où nous sommes attendus par l’évêque auxiliaire déjà vu hier et accueillis par le directeur du musée des martyres, premier musée de l’église en Corée. Moderne, bien fait, très suggestif, Il montre bien que les chrétiens ici savent qu’ils doivent tout à ceux qui ont osé. Osé aller se faire baptiser en chine, osé transmettre l’évangile, osé inventer l’église, osé l’obéissance à l’église catholique universelle à une époque troublée car quand le pape a reçu la première lettre demandant des prêtres il était prisonnier de Napoléon à Fontainebleau.

 

Nous sommes dans le premier village chrétien, lieu de refuge pour les missionnaires, de formation pour les séminaristes, lieu d’où a travaillé le P. Choe qui lui n’est pas mort martyre mais d’épuisement, après avoir fait entre autres des milliers de kilomètres dans la montagne pour soutenir les chrétiens. C’était le premier séminariste, envoyé à Macao, et le deuxième prêtre Coréen.

Nous montons pour la messe en plein air (et bientôt en pleine eau ?). une cathédrale de verdure rassemble environ 1800 personnes venues célébrer les martyres. Messe en coréen bien sur, mais sans traduction puisque le P. Charles Lee a oublié son émetteur. Nous sommes applaudis, écoutés (intervention de Mgr Gosselin d’Angoulème) puis servis pour un repas où, c’est toujours gênant, les prêtres sont à part. On comprend par ailleurs que les évêques ne veuillent pas s’isoler tout en voulant être ensemble et du coup ….

Si la messe a failli finir vite car il commençait à pleuvoir, nous partons aussi sans traîner pour Jeonju.

 

Passés en bus sous la banderole disant « bienvenue aux évêques français » nous allons abrités d’une foule de parapluie depuis les bus à l’église où nous sommes tout simplement acclamés. Accueillis par Mgr Vincent qui est, lui, heureux de la pluie qui manque cruellement cette année, nous chantons les vêpres et partons avec lui sur le site des premiers martyres de 1791

Après Paul, il y eut Augustin en 1801, puis en 1889 Calixte est le premier M.E.P. envoyé en Corée, les Missions Etrangères de Paris ayant longtemps hésité à envoyer au martyre. En 1908 le P. Baudounet commence à construire cette église avec les pierres du rempart devant lequel les supplices avaient eu lieu. Le P. Baudounet, mort en 1915, avait acheté une colline pour trouver le bois de construction. Il y voulait mettre aussi en œuvre une valeur éducative en faisant expérimenter l'épreuve du travail dans la montagne, montagne du haut de laquelle les chrétiens étaient appelés à veiller sur le peuple.

 

Le soir, le maire de Jeondong nous raconte qu’au musée national de Séoul un conférencier non chrétien avait dit d’un chrétien : Il nous a apporté quelque-chose de nouveau : la joie

Cette joie est puisée dans la foi en la vie éternelle, dans l’amour de Dieu qui ouvre la vie éternelle.

« Que la semence portée par vos ancêtres continue à porter du fruit » nous dit l’évêque qui nous accueille à l’archevêché de cette ville de 600.000h qui reçoit 10 Millions de touristes par an ; et le Maire tien à ce que tous les touristes entendent bien parler des martyres.

Nous percevons partout du bonheur à notre rencontre. Les catholiques sont 10% de la population, ils se savent isolée au bout de l’Asie, entourés d’églises difficiles à rencontrer, pour des raisons géopolitique : au Japon, en Chine, en Corée du nord, en Mongolie, en Russie…

 

 

Lundi 17 octobre

DAEJON - KYEONGJU

 

Petit déjeuner puis départ le matin pour Kyeongju, ancienne capitale du royaume Shilla.

En chemin, nous nous arrêtons à Sinnamu-gol où vécut Saint Jacques Chastan. Nous découvrons, en nous recueillant sur leurs tombes, l’histoire d’Elisabeth Ifani, martyre en voie d’être béatifiée avec son fils Stéphano, le père ayant lui-même apostasié.

Nous sommes, comme toujours, très attendus pour la messe en plein air et recevons encore des cadeaux, Mgr Ricard ayant pour la deuxième foi le privilège de recevoir un bouquet. La femme du chauffeur de mon bus a dû être contente ce soir, comme l’avait été l’autre soir la religieuse qui nous accueillait.

 

Dans l’après –midi nous allons à Kyeongju , en passant par Buslgouksa ou nous visitons un temple bouddiste. Le boudhisme est une religion importante en Corée, mais ils sont comme nous touchés par la crise des vocations, étant ainsi conduits à se faire aider par des communautés étrangères !

Ce temple a 1200 ans, il inscrit patrimoine mondial de l’Unesco. Nous y retrouvons la symbolique du passage purificateur de la porte ; de l’escalier (échelle de Jacob) qui relie le monde actuel au paradis.

 

La nuit tombe vite et nous dînons très tôt dans l’hôtel où nous dormirons après ces lignes. Elles sont écrites tard car nous avons pu, enfin, avoir quelques heures sans rendez-vous.

Quatre prêtres en ont profité pour se parler tranquillement autour d’une bière locale !

 

Mardi 18 octobre

KYEONGJU - ANDONG

à Kyeongju, nous poursuivons la visite par le musée présentant le royaume de Silla qui au 5° siècle réunit les trois royaumes qui tenaient l’essentiel de la péninsule. Vers 550 arrive du bouddhisme comme religion d’état. Le royaume de Silla s’effondre au 9° siècle. Au XV' siècle le confucianisme supplante le bouddhisme et c’est dans cette religion et cette manière de penser qu’ont grandi les jeunes hommes qui ont ensuite découvert le christianisme à travers un livre, avant d’envoyer l’un d’eux à la rencontre de jésuites en chine pour recevoir le baptême et le transmettre.

Cette journée est principalement liée au tourisme, et j’ose dire que ça fait du bien. Mais j’ai l’impression que nous faisons du tourisme comme des asiatiques le font en Europe, passant rapidement d’un point à un autre.

Nous chantons donc laudes et vêpres dans le bus pour avoir le temps de visiter le site de Tcheonmatchong avec ses tumuli, ainsi que le village d’ Hahoe où nous avons droit, avant la promenade dans ce village traditionnel encore habité, à la danses des masques, sorte de comédie rythmée par les tambours et la danse qui se moque des hommes et surtout des puissants.

Et c’est ce qui ressort depuis ce matin : une universalité, de grands traits communs dans le développement des hommes d’un bout à l’autre de la terre, le même génie, les mêmes défauts, la même ardeur de vivre.

 

Arrivés au Centre spirituel Nong-eun, centre pastoral du diocèse, nous célébrons l’Eucharistie présidée par Mgr Dupont qui fut le premier évêque de 1969 à 1991 où il démissionne avant l’âge pour laisser la place à un autochtone ; c’est le 3° évêque qui prêchera. Ce diocèse qui ne comportait que des prêtres français en 1969 a aujourd’hui 85 prêtres coréens pour 35 paroisse et 46 000 catholiques.

Dans son homélie, l’évêque remercie les français qui ont aimé les coréens en premier et qui ont donné leur vie pour leurs amis. Il redit comme il est heureux qu’un prêtre de son diocèse soit au Mans depuis 26 ans, il s’agit du P. Charles Lee qui nous accompagne, rendant ainsi par sa sueur ce qui avait été donné par le sang.

 

La soirée qui vient de s’achever a permis une rencontre avec des agriculteurs chrétiens, montrant que les difficultés sont bien semble-t-il les mêmes. L’agriculture ne nourrit pas toujours son homme et l’on perçoit que les réponses aux défis actuels et à venir sont discutées, très discutées !

 

 

MERCREDI 19 OCTOBRE

ANDONG – SEOUL

 

La route est longue, et ce n’est pas fini. Pourtant aujourd’hui nous allons prendre le temps. À Baeron nous visitons le premier séminaire ouvert avec les Pères Petitnicolas, Pourthié, Berneux, Daveluy, nous montons jusqu’au cimetière par un chemin escarpé, au milieu d’arbres auxquels l’automne donne de magnifique coloris. Nous prenons le temps du silence, de la contemplation de l’œuvre de ces hommes qui ont tout donné, le temps du sacrement de pénitence et de réconciliation aussi.

Après la messe et le déjeuner nous partons vers Séoul avec un arrêt à Song-Kol. Sont vénérés là Saint Henri Dorie et Pierre Aumaître ainsi que trois générations de martyrs dans la famille Lee dont nous voyons leurs descendants, jeune couple avec deux enfants. De nombreux anonymes ont été martyrisés, tout particulièrement entre 1866 et 1869. On pense que la moitié des fidèles de l’Eglise de Corée est mort martyre !

Nous nous rappelons à cet endroit que Louis Beaulieu habitait derrière la montagne où nous sommes et que le P. Dorie allait de temps en temps le voir, se plaignant qu’il faisait une cuisine plus que quelconque qui rappelait à son visiteur la cuisine d’une personne de son entourage familial.

Nous approchons le soir de la grande capitale, 4° agglomération urbaine au monde. Nous allons directement visiter les Sœurs des Martyrs de Corée, congrégation fondée par un prêtre coréen et qui s’implante dans le monde, dont une communauté va arriver dans le diocèse du Man. Passage à la chapelle, dîner comme toujours extraordinaire dans les goûts que nous découvrons que dans la qualité de l’accueil dont il témoigne. La soirée avec les religieux et religieuses de la congrégation est dynamique, joyeuse, bien préparée et réalisée de bout en bout, jusqu’à la reconduite du groupe jusqu’au bus.

 

 

JEUDI 20 OCTOBRE

SEOUL

Nous commençons par du tourisme le long des remparts et prenons encore davantage conscience de l’impact qu’ont eu les deux époques de domination japonaise et rejoignons ensuite une partie de la vieille ville, passant devant un puits qui servit alors de baptistère. Il faut toujours se presser un peu pour rejoindre l’église paroissiale Kahoedong où nous voyons un petit musée, avec en particulier une maquette représentant la première messe célébrée longtemps après les débuts de l’église en Corée.

 

L’après midi est consacrée à la visite du palais royal, avant que nous rejoignions la cathédrale, son musée des évêques tout récemment créé et la messe. Tous les évêque de Corée sont là, ils ont travaillé cet après midi avec la délégation française et nous nous retrouvons pour une messe en coréen. La messe est présidée par le cardinal Yeom suivie d’une réception grandiose à l’archevêché. Sont là, entre autres, le Vice-président de l'Assemblée nationale, le maire de Séoul, le Président du groupe des députés catholiques (77 députés catholiques sur 300) le cardinal de Séoul, Mgr Yeon, et le cardinal de Bordeaux, Mgr Ricard. Je ne cite que ceux qui ont parlé, tous très brièvement, mais d’où il ressort un grand désir de liens étroits entre l’Eglise qui est en Corée et celle qui est en France.

 

 

VENDREDI 21 OCTOBRE

SEOUL

 

À 15 heures, nous entrons en procession dans l’église de Sae-nam-tho, lieu du martyre de Mgr Laurent Imbert et de Mgr Laurent Berneux, des Pères Pierre Maubant, Jacques Chastan, Just de Bretenières, Henri Dorie, Louis Beaulieu et d’autres, beaucoup d’autres. La chorale, accompagnée de l’orgue et du piano, y va de bon cœur. Je pense à la chorale de St André de Cubzac, et me ressaisit en réalisant qu’on ne peut pas comparer, du moins dans ce domaine, une paroisse de Séoul et une paroisse du Cubzaguais !

Mais quand même ! Ils chantent la messe de Gounod, lequel, ayant été le titulaire de l’orgue des M.E.P. s’est, de fait, très bien exporté.

Mgr Joseph de Metz-Noblat qui préside et prêche nous invite à méditer :

Jusqu'en 1866 il y a eu 20 missionnaires français envoyés en Corée, Pourquoi ? Des suicidaires ? Certes non ! Il nous invite à méditer comment vivre et comment mourir, 12 sur 20 ayant été martyrs par le sang, les autres par la sueur.

Juste avant la messe, nous avions mêlé la terre apportée des lieux d’origine des missionnaires susnommés au pied d’un arbre qui y puisera symboliquement la vie. Déjà l’accueil avait été fabuleux, parce que partout l’accueil a été fabuleux : une foule de personnes, chacune faisant son petit travail : qui pour faire garer le car, qui pour jalonner le chemin de sa présence comme ce matin en montant à Sam-seong-san jusqu’au lieu de mémoire des pères Imbert, Maubant et Chastan, qui encore pour servir, etc … du don, du don qui m’émeut encore et me renvoie au don de ma vie. Quel est-il ? Dans quel terreau s’enracine-t-il ? Quel fruit porte-t-il ?

Je viens d’évoquer le 3° et le 1° épisode de la journée ; mais qu’en est-il du 2° ?

Je me souvenais vaguement d’une étape puissante, vécue en mai 1984 avec Mgr Maziers et la délégation diocésaine pour la canonisation des martyrs de Corée ; mais en arrivant sous cette église mémorial de Seo-somum tout m’est revenu assez violement à l’esprit : c’était là !

C’est là, et je suis très ému, j’aurais envie de silence alors qu’au bout de quelques petites minutes certains ont entonné l’angélus. C’est là qu’on a tué par milliers des hommes, des femmes, des jeunes gens et des jeunes filles par peur de l’évangile. Et ces gens là ont proclamé le Christ vivant, et les prêtres se sont livrés à la police pour éviter d’être recherchés et de provoquer d’autres massacres.

C’est là que je dois me poser la question de mon amour pour le Seigneur et pour le peuple qu’en son Nom l’Eglise m’a confié.

Seigneur, Viens à mon aide !

 

 

SAMEDI 22 OCTOBRE

SEOUL

 

Nous allons au grand Séminaire où nous commençons tout simplement par la messe. Nous sommes entre nous et c’est assez rare. Du coup nous gagnons en recueillement ce que nous perdons en solennité. Mais un des intérêts de la visite est la rencontre du séminaire. Je devrais plutôt dire du supérieur car les deux autres prêtres présents n’ont rien dit, quant au groupe des diacres, ma foi nombreux, ils n’ont fait qu’apparaitre pour nous interpréter, très bien d’ailleurs, un chant.

Nous sommes nombreux à avoir retenu une anecdote significative ; plus qu’une anecdote : les étudiants des deux premières années dorment dans un dortoir commun et ne sortent qu’une fois par mois, apprentissage de la vie communautaire oblige. On en pense ce qu’on veut, mais ça révèle une éducation d’ordinaire individualiste puisque la plupart des familles n’ont qu’un enfant, lequel est soumis à une pression scolaire importante : il faut réussir à l’école, au collège, au lycée, à l’université. Arriver au séminaire, il leur manque de fait quelque chose !

Nous avons ensuite eu un temps de rencontre avec des missionnaires français en Corée, prêtres et laïcs. Ils disent leur étonnement quand ils arrivent en Corée et les découvertes merveilleuses qu’ils y font. On imagine combien les premiers missionnaires ont pu être déconcertés.

Retenons dans cette échange l’exposé succinct de l’expérience de l’hôpital gratuit qui révèle aussi la qualité de la générosité des coréens : deux médecins et trente infirmières salariées, mais 3000 bénévoles. Par ailleurs la clinique, ouverte le dimanche, fonctionne grâce à 1000 bénévoles.

Le repas qui suivait n’était pas un repas à la hauteur d’un séminaire… mais plusieurs niveaux au dessus.

 

C’est alors que tout a basculé ! Façon de parler d’ailleurs, puisque nous sommes pendant 10 jours passés d’étonnement en étonnement. Nos deux bus nous amènent à la paroisse de Dae-tchi-i-dong.

Nos bagages sont saisis par des bras costauds (le mien a doublé de poids à cause des cadeaux) le cardinal reçoit là encore un bouquet que nous essaierons et réussirons à recycler en l’offrant à notre tour, et nous sommes propulsés dans une période rapide. Sitôt l’accueil promptement menés nous sommes embarqués pour un temps culturel : démonstration de taekwondo, rien que pour nous, d’où nous repartons directement à table… au 52° étage d’une tour où nous sommes accueillis pour un repas raffiné, servi par tables de 4 ou de 8, un peu comme si à Bordeaux nous recevions à la maison du vin, où à Paris à la tour Montparnasse. De fait, un des paroissiens est patron du restaurant qui nous reçoit.

Revenus à la paroisse, les familles nous rejoignent pour nous amener chez elles. M. et Mme Hansoo Lee sont à 18 minutes à pied et me proposent, une fois les bagages déposés, une promenade d’une heure et quart à un rythme soutenu. Voyant que j’aimais cela, ils m’ont invité, avec succès, à recommencer le lendemain. Cette famille a deux enfants. Un au service militaire obligatoire et qui dure deux ans, l’autre au début de sa vie étudiante qui demande un travail très soutenu. L’appartement est astucieusement configuré. Sans être grand il y a de beaux espaces pour les pièces principales qui s’interpénètrent tout en se distinguant. Simple et beau.

Et j’ai dormi comme un bienheureux. Serait-ce une étape préliminaire à la sanctification ?

 

DIMANCHE 23 OCTOBRE

PAROISSE DE DAE-TCHI-I-DONG

 

Après donc la petite balade matinale et le petit déjeuner pris en famille, le fils aîné étant rentré fatigué d’une nuit sans doute blanche (mais merci à lui de m’avoir prêté son lit)  nous partons ce coup-ci en voiture, avec armes et bagages pour la messe commémorative des 25 ans de la paroisse.

Avec à peine moins de bagages que la veille  puisque si mes hôtes m’ont offert un sac de thé, je leur ai moi-même apporté un livre sur Verdelais, ayant consenti à m’abstenir d’en offrir un sur le chemin de St Jacques. « Tu n’es pas obligés d’apporter tes lubies à l’autre bout de la terre ! » m’avait-on dit. Dommage quand même, car dans le salon était affichée une compostellanne : Madame avait fait les 115 derniers kilomètres du chemin espagnol !

Mais revenons à la paroisse. Sitôt sorti de la voiture je suis happé par le comité d’accueil et conduit à la sacristie, mes bagages étant prestement remisés dans la salle préparée à ce effet. La messe, présidée par notre évêque préféré, il s’agit bien sûr du cardinal Ricard, peut commencer dans une église archipleine, puissante chorale à la tribune. Mais nous pouvons retrouver cela sur le site du diocèse. C’est un tourbillon, personne n’est laissé un tant soit peu à l’écart et, alors qu’il pleut au dehors, le repas, la fête présentant un spectacle préparé par des paroissiens, hommes, femmes, enfants occupe le début de l’après-midi. Les activités se succèdant sans répit. Vient ensuite l’immanquable séance de photos prises dans un beau désordre et une rencontre plus sérieuse avec les agents pastoraux bénévoles de la communauté. Je suis frappé par leur âge (entre trente et soixante ans), la façon dont les responsabilités sont reçues et rendues assez rapidement à quelque niveau que ce soit.

Une paroisse où chacun est sollicité au service des 8354 fidèles pour 36 000 h.

55% des fidèles sont des femmes, 4000 viennent lire la bible chaque mois, les familles 3247 familles  peuvent se regrouper dans une des 65 communautés.

Mais n’en restons pas là et retournons dans l’autre grande salle pour une petit encas  avant de partir pour l’aéroport. On ne sait jamais, la faim pourrait nous surprendre !

Journée frénétique, heureuse, dynamique au possible, à l’image de cette église isolée au bout de l’Asie et qui,  si elle est allée elle-même chercher l’évangile auprès des jésuites de Chine, est heureuse et veut être encore plus liée à la source que les martyrs français ont laisser couler en versant leur sang et leur sueur.

J’aurais personnellement beaucoup d’autres choses à dire et d’autres conclusion à tirer pour moi-même et pour l’exercice du ministère qui m’est confié … mais ce sera une autre histoire.

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