“ Convertissez-vous et croyez à l'Évangile ”

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Mgr Jean-Pierre Ricard a présidé la messe des cendres, marquant l'entrée en Carême, ce 18 février 2015. De nombreux lycéens et étudiants étaient comme chaque année présents. Au cours de la célébration, un temps permettait à ceux qui le souhaitaient de recevoir le sacrement de réconciliation.

 

Messe des Cendres 2015 - Mot d'accueil de Mgr Ricard from cathobordeaux on Vimeo.

 

Accueilli pendant un temps dans notre diocèse, Mgr Le Vert, anciennement évêque de Quimper, a prononcé l'homélie de cette messe des cendres.

 

 

Homélie de Mgr Le Vert, évêque émérite de Quimper et Léon.

« Au nom du Christ, nous vous le demandons, laissez-vous réconcilier avec Dieu… C’est maintenant le moment favorable, c’est maintenant le jour du Salut ! ». Frères et sœurs, cette phrase de Paul que nous venons d’entendre nous dit pourquoi l’Église nous convoque en ce jour des Cendres. Selon les mots du prophète Joël, le Peuple de Dieu est rassemblé pour entrer dans le chemin de la conversion. Chacun d’entre nous est invité personnellement à laisser Dieu changer sa vie et son cœur pendant ce temps du Carême.

L’Eglise toute entière entre dans ce chemin au long de ces quarante jours, qui évoquent le séjour du Christ au désert et l’Exode du peuple hébreux pendant quarante années, après sa sortie d’Egypte. Ce chemin nous prépare à la célébration de la mort et de la résurrection du Christ. C’est une aventure communautaire, dont la plus belle illustration est l’accueil et l’accompagnement ultime des catéchumènes adultes qui recevront les sacrements de l’initiation chrétienne au cours de la Vigile pascale : dimanche prochain, sera célébré leur appel décisif. Ils sont nombreux à attendre avec espérance ce moment où ils entreront pleinement dans l’Eglise par le baptême, la confirmation et la première eucharistie. Avec eux, durant ce Carême, nous revenons à la source de notre foi, au don que Dieu nous a fait. Car avec eux, nous nous rappelons qu’à la fin du Carême, nous attendons quelqu’un ! D’autres religions ont aussi des temps de prière ou de jeûne, même plus forts que les nôtres. Mais seuls les chrétiens attendent à la fin de ce temps la Résurrection d’un homme qui est Dieu. Le Carême fixe notre regard sur Lui et n’a de sens qu’en Lui. Il nous rappelle que chaque être humain est fait pour la sainteté, et que c’est le Christ de Pâques qui nous l’offre.

L’évangile de saint Matthieu nous donne alors les trois accents du Carême et l’esprit dans lequel nous devons les vivre : la prière, qui nous fait découvrir et approfondir la présence de Dieu en nous et autour de nous ; le jeûne, qui nous aide à comprendre que Dieu seul peut combler totalement nos désirs ; et le partage, qui nous fait rencontrer Dieu en nos frères. Si nous prions, si nous faisons pénitence, c'est pour nous détacher de tout ce qui nous retient de nous ouvrir à Dieu et aux autres, c'est pour accéder à la vraie liberté d'aimer comme le Christ qui a donné sa vie pour nous. C’est pour redécouvrir la grâce immense que nous avons de connaître Dieu, de savoir qu’il nous a envoyé son propre Fils pour nous sauver, par sa mort et sa résurrection que nous fêterons à Pâques. Et si nous laissons cet émerveillement envahir notre cœur, nous aurons plus de facilité à oser le dire aux autres, à le partager avec ceux qui nous entourent.

En nous rendant plus disponibles à Dieu et à notre prochain, la prière, la charité et le jeûne nous poussent à nous décentrer de nous-mêmes, à libérer notre cœur de notre égoïsme, du poids des choses matérielles, à ne pas considérer l’amélioration de notre vie sur cette terre comme le seul objectif à atteindre. Car une des causes profondes du péché, c’est de nous prendre nous-mêmes sans cesse comme référence ultime, c’est d’être sans cesse centrés sur nous-mêmes et non pas sur Dieu. En acceptant la privation de quelque chose qui ne soit pas seulement du superflu et en nous tournant vers Dieu avec plus de constance, nous apprenons à vaincre notre égoïsme pour vivre la logique du don et de l’amour ; nous apprenons à détourner notre regard de nous-même pour découvrir Quelqu’un à côté de nous et reconnaître Dieu sur le visage de tant de nos frères.

Cela rejoint le message que le Pape François nous adresse pour ce Carême 2015, auquel il a donné comme titre : « Tenez fermes » (Jac 5, 8). En faisant de cette invitation de la lettre de St Jacques le « slogan », pourrait-on dire, de son message pour ce Carême 2015, le pape François nous invite à en faire un temps privilégié de Charité, en prenant conscience de notre responsabilité les uns envers les autres. Je vous engage à lire ce message, et j’aimerais revenir avec vous sur ce que le Pape nous donne.

Le Saint Père nous rappelle que l’amour est au cœur de la vie chrétienne. Et cet amour nous incite à faire attention, à nous préoccuper les uns aux autres. Le Pape parle ainsi d’une tentation importante de notre temps : « la mondialisation de l’indifférence » des hommes, alors que Dieu, lui, n’est jamais indifférent au monde. « Le monde tend à s’enfermer sur lui-même et à fermer cette porte par laquelle Dieu entre dans le monde et le monde entre en lui, nous dit-il… C’est pourquoi le Peuple de Dieu a besoin de renouveau, pour ne pas devenir indifférent et se refermer sur lui-même ».

Et le Pape nous donne alors trois pistes pour entrer dans ce renouveau et lutter contre l’indifférence : apprendre à servir comme le Christ ; faire corps dans nos communauté, pour être missionnaires et être des « îles de miséricorde au milieu de la mer de l’indifférence » ; enfin la prière et la charité.

Face à cette indifférence qui nous guette, nous avons donc à cultiver un regard de fraternité, afin que jaillissent en notre cœur la miséricorde et la compassion, que nous ayons le souci des uns des autres. Et ne pas seulement avoir une attention aux besoins matériels des autres, mais aussi avoir le souci de leur bien spirituel. Car, frères et sœurs, il faut que nous en soyons bien conscients : c’est l'absence de Dieu dans les cœurs qui est la vraie racine des injustices actuelles dans notre monde, de la corruption, de l'accumulation de l'argent, de la violence, du mépris de la dignité de l'homme. C’est pourquoi l'annonce de Jésus-Christ aux autres est une priorité, car si le Christ était plus connu et aimé dans notre monde, il est évident que nos sociétés iraient mieux.

Notre monde est confronté à la tentation de la possession, de l’amour de l’argent, et cela s’oppose à la primauté de Dieu dans notre vie. Il y a aujourd’hui une véritable idolâtrie des biens de ce monde, qui oppose les hommes entre eux, qui engendre la violence, et qui nous met dans l’illusion de croire que nous pourrions être heureux simplement grâce à eux. Mais au lieu d’apaiser et de satisfaire nos désirs, ce système ne fait que les rendre plus vifs et plus exigeants. Notre monde a remplacé Dieu, l’unique source de vie, par les biens matériels. Comment pourrions-nous alors comprendre la bonté paternelle de Dieu, comprendre que nous avons besoin de lui, si notre cœur est rempli de choses qui donnent l’illusion de pouvoir assurer notre avenir ?

Durant ce Carême, nous sommes donc invités à redécouvrir que ce qui peut construire la sainteté et la justice dans notre vie et dans notre société vient de la grâce de Dieu. Comme le Pape François nous le dit, nous sommes invités à mieux nous rendre compte que c’est à chacun de nous que revient de faire grandir cette justice dans notre monde, en vivant et en annonçant l’Evangile. Le Carême est l’occasion de prendre conscience un peu plus que c’est en Dieu seul que réside la plénitude du bonheur, et qu’il nous l’apporte par son Fils Jésus-Christ, mort et ressuscité pour nous.

C’est seulement dans cette perspective que nous pouvons comprendre le signe des cendres dont nous allons être marqués. Ce geste d'humilité signifie : je me reconnais pour ce que je suis, une créature fragile, aussi fragile que la cendre, mais également faite à l'image de Dieu et destinée à Lui. Poussière, oui, mais aimée, façonnée par son amour, capable de reconnaître sa voix, et de lui répondre ; libre, et à cause de cela capable aussi de lui désobéir, en cédant à la tentation de l’indifférence, de l'orgueil et de l'autosuffisance, mais pouvant redevenir juste grâce à la justice de Dieu, la justice de l'amour.

Frères et sœurs, pendant ces 40 jours de Carême, nous aurons le temps de nous interroger sur l’influence de notre foi dans notre existence, sur la qualité de notre vie chrétienne, de notre amour de Dieu et des autres. Je vous souhaite de passer un beau Carême, sous le regard du Christ qui fut comme nous tenté de ne pas mettre son Père à la première place, et, comme le dit St Paul dans la deuxième lecture, à « ne pas laisser sans effet la grâce reçue de Dieu ». Amen.

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