“ Dieu nous accompagne toujours ”

À l’initiative des évêques, la pastorale familiale organise deux premières rencontres diocésaines pour les personnes divorcées. Témoignages.

Elles sont pour l’heure une dizaine à avoir répondu à l’invitation. " Nous avons eu surtout des appels de femmes seules, de tout âge, qui se sont inscrites pour la journée de récollection du 30 novembre ", précise Chantal Moulonguet, déléguée diocésaine de la pastorale familiale. Ce jour là, Mgr Dognin accueillera, au centre spirituel de la Solitude à Martillac, les personnes divorcées et vivant seules pour une journée de rencontre, d’échange et de prière.

Une première journée de récollection, à l’attention des divorcés remariés, a déjà eu lieu, ce samedi 16 novembre, au sanctuaire Notre-Dame de Verdelais, en présence de Mgr Ricard et de l’évêque auxiliaire. Deux premières propositions nées du travail mené l’an dernier, par le conseil presbytéral, sur les questions liées au mariage.

“ Aux yeux du Seigneur, nous faisons tous partis de son peuple ”
Manifester l’accueil du Christ pour tous.

" Nous avons évoqué la question de ceux qui ont vécu un échec dans leur mariage et qui se sont remariés ou sont restés célibataires. Un certain nombre ont l’impression d’être rejeté par l’Église, explique Mgr Ricard. Ils ne peuvent pas communier, ils ne peuvent pas recevoir le pardon… Sont-ils des parias dans l’Église ? Sont-ils des citoyens de seconde zone qui ne pourraient pas avoir de responsabilités ecclésiales dans la catéchèse, dans l’animation, dans la participation à une équipe d’animation pastorale ? Il nous a donc paru important, sans préjuger d’une évolution de ce que pourrait être la discipline de l’Église vis à vis de ces personnes, de leur manifester que le Christ accueille tout le monde. Et que, aux yeux du Seigneur, nous faisons tous partis de son peuple ", ajoute-t-il.

Une attention pastorale qui réjouit Nadine. À 58 ans, elle dit son " soulagement de pouvoir enfin rencontrer d’autres chrétiens pour parler de [sa] situation ". " Il y a plusieurs années, sur un autre diocèse, j’avais souhaité participer à des rencontres entre chrétiens, on m’avait alors répondu sèchement qu’on ne souhaitait pas de divorcés à ces réunions. Cela m’a refroidi. " Divorcé cinq ans à peine après son mariage, elle dit ne pas comprendre le fait d’être " jugeée comme une pestiférée ". " Cela m’a un peu éloignée de l’Église, confie-t-elle, mais je n’ai pas perdu la foi, car je crois que Dieu nous accompagne toujours. "

" Je ne me suis jamais sentie rejetée ", assure pour sa part Bernadette. À 68 ans, elle explique avoir découvert " par hasard l’annonce de cette rencontre sur la porte d’une église du sud Gironde ". " Je vis depuis mon divorce, il y a une dizaine d’année, à Orthez, mais je garde des attaches ici. C’est une bonne nouvelle que ces réunions soient à l’initiative des évêques. "

Mariée durant 32 ans, elle dit aujourd’hui rester seule pour plusieurs raisons. " J’ai déjà la chance d’avoir deux petits enfants dont je m’occupe régulièrement, je ne suis pas isolée. Je suis aussi tranquille toute seule,  je n’ai donc pas cherché à rencontrer quelqu’un. Enfin le fait de pouvoir vivre en accord avec ce que demande l’Église compte aussi. "

“ Je me suis demandée quelle serait ma place dans l’Église si je divorçais ”
Quelle place dans l’Église ?

Le rapport à l’Église, c’est une question que s’est beaucoup posée ces dernières années Jacqueline. " Notre séparation est une décision partagée, mais c’est moi qui ait fait la demande de divorce ", précise-t-elle. Tout récemment passée devant le juge, elle rappelle que " ce choix ne se fait pas un matin en se levant, ce sont des années d’interrogation, de doute. "

" Durant longtemps, je me suis demandée quelle serait ma place dans l’Église si je divorçais. Est-ce que j’avais le droit de le faire, est-ce que je ne devais pas forcément continuer, malgré ce que je vivais. Je me suis confiée à un prêtre qui m’a dit : “l’Église ne te demande pas d’être un héros ni un martyr.” "

Suite à sa décision, elle évoque son heureuse surprise d’avoir été " entourée et accueillie par les chrétiens de [sa] paroisse ". " J’ai par contre découvert la douleur que représente pour moi le fait d’être seule à la messe, aux côtés de familles nombreuses… Cela me renvoie aux temps où je venais avec mon mari et mes cinq enfants. Je découvre la souffrance que d’autres devaient vivre en silence auprès de nous. "

" Il y a de plus en plus de gens séparés, qui sont chrétiens, et qui se sentent incompris dans l’Église ", reconnaît Chantal Moulonguet. " Les couples qui vivent une nouvelle alliance après un divorce se sentent en rupture avec l’Église n’ayant plus accès aux sacrements. Les personnes qui restent célibataires après une séparation ne le vivent pas de la même manière, même s’il y a dans ces situations là, aussi beaucoup de souffrance. Il y a une envie de comprendre mais aussi de se sentir accueilli. "

" Cela nous interpelle aussi en tant que chrétien sur l’ouverture et l’accueil que nous avons à témoigner, estime-t-elle. C’est aussi l’un des buts de ces journées, de faire un pas les uns vers les autres, pour que les gens se sentent plus accueillis comme ils sont. "

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