Vers des fraternités, terreau renouvelé pour une proximité ecclésiale

La fraternité chrétienne n’est pas le cocon affectif d’un groupe où l’on s’est choisi. [...] Elle est ce fruit de l’Esprit Saint qui nous fait découvrir dans les autres ces frères et sœurs donnés par Dieu.

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Édito de Mgr Ricard, archevêque de Bordeaux, sur la mise en place des équipes fraternelles de voisinage dans notre diocèse, dans la dynamique du Synode diocésain.

« [Les premiers disciples de Jésus] se montraient assidus à l’enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières… Tous les croyants ensemble mettaient tout en commun… Jour après jour, d’un seul cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple et rompaient le pain dans leurs maisons, prenant leur nourriture avec allégresse et simplicité de cœur. Ils louaient Dieu et avaient la faveur de tout le peuple. Et chaque jour, le Seigneur adjoignait à la communauté ceux qui seraient sauvés » (Actes 2, 42-47).  Ce texte des Actes des Apôtres, dans le Nouveau Testament, décrit les caractéristiques essentielles de la communauté primitive. Il vient nous dire quelque chose de fondamental : il n’y a pas de mission sans expérience forte de communion. Si cette première communauté est attirante, c’est parce qu’elle présente un visage fervent et fraternel. On sent que l’Esprit de Dieu est à l’œuvre. Il rapproche les esprits et les cœurs.

Nos communautés chrétiennes sont-elles à l’image de cette communauté des Actes des Apôtres ? Certes, un effort est fait pour animer au mieux nos assemblées dominicales, pour les rendre plus chaleureuses et plus priantes. Mais cela suffit-il ? Un certain nombre de nouveaux baptisés adultes décrochent d’une vie ecclésiale si la seule proposition qui leur est faite est de rejoindre l’assemblée dominicale. Des catholiques, déçus par des assemblées qu’ils ont senties comme froides et impersonnelles ont rejoint des assemblées protestantes évangéliques. Des jeunes peuvent-ils poursuivre aujourd’hui un engagement chrétien s’ils ne font pas l’expérience d’un groupe porteur ?

Ces constatations ne visent pas à relativiser la participation à la célébration eucharistique. L’Eucharistie est vitale pour l’Église et pour chaque baptisé. Sa célébration est ce grand rendez-vous que le Ressuscité donne à son Église pour se donner à elle, en faire son Corps et l’envoyer dans le monde. Mais l’Eucharistie n’épuise pas toute la vie ecclésiale. Celle-ci doit aussi offrir des temps de rencontre fraternelle, de prière, d’écoute ensemble de la Parole de Dieu, de soutien et de services mutuels. La communauté chrétienne des Actes des Apôtres est riche de toutes ces rencontres. Celles-ci soutiennent et nourrissent la foi de tous ceux qui la rejoignent.

Notre synode diocésain a souhaité que se développent ces initiatives de vie plus communautaire. Il propose le développement de petites « fraternités ecclésiales ». Il demande : « De promouvoir, développer et multiplier des petites communautés fraternelles de voisinage dans chaque paroisse, secteur pastoral…ces communautés fraternelles sont des groupes diversement constitués et ouverts à tous (quel que soit leur état de vie) d’une dizaine de personnes, se réunissant de préférence à domicile, pour un partage de vie, de la parole de Dieu, ainsi qu’un temps convivial. Elles visent un partage personnel et évitent l’anonymat des grandes communautés, pour avancer dans la foi en communauté à taille humaine » (P6). Le synode précise aussi : « Ces communautés sont en lien avec les prêtres et les paroisses. Elles sont des lieux de formation, de prière et de mission. Elles sont capables d’accueillir les gens de passage…Elles auront enfin pour mission d’essaimer pour fonder de nouvelles communautés fraternelles » (Idem).

Ces petites fraternités sont des lieux d’apprentissage de la vie ecclésiale. La Parole de Dieu lue et priée ensemble fait naître l’Eglise. Le soutien mutuel et la convivialité renforcent la fraternité. En zone rurale, ces fraternités pourront donner de l’Église un visage proche et familier. Elles montrent que toute vie ecclésiale n’est pas suspendue à la présence du prêtre. Le synode suggère d’ailleurs que ces fraternités puissent « proposer éventuellement diverses célébrations de la Parole dans les églises, de manière publique et régulière et de créer du lien entre propositions cultuelles et culturelles » (P6). Voilà qui peut nous donner des idées pour habiter nos églises !

Loin de se refermer sur elles-mêmes comme de petits clubs fermés, ces communautés sont ouvertes sur leur environnement, en particulier sur les personnes qui traversent une épreuve ou un moment difficile. Cela rejoint une autre demande du synode diocésain. Il propose : « De constituer des groupes de veilleurs de proximité, dans la dynamique des fraternités locales, qui recevront mission de faire du lien « de quartier » en particulier avec les plus pauvres et les personnes en difficulté » (P14).

Ces deux propositions du synode ne sont pas sans lien l’une avec l’autre. La fraternité chrétienne n’est pas le cocon affectif d’un groupe où l’on s’est choisi, une solidarité de réseau de personnes qui ont les mêmes affinités et les mêmes intérêts. Elle est ce fruit de l’Esprit Saint qui nous fait découvrir dans les autres ces frères et sœurs donnés par Dieu, ces prochains dont nous devons devenir proches (cf. Lc 10, 29-37). Si le cœur de notre Père est ouvert à tous, sans exception, celui de ses enfants doit l’être aussi. C’est du cœur même de Dieu que jaillit la véritable fraternité.

Je crois que l’expérience de la fraternité est parlante et attirante. La fraternité fait partie de la devise de notre République : liberté, égalité, fraternité. Parmi nos trois valeurs, c’est celle qui a le plus de mal à être honorée. Or, il y a dans notre société une aspiration à la fraternité beaucoup plus forte que l’on ne croit. Chrétiens, nous avons non seulement à témoigner que la fraternité est possible mais à donner à l’expérimenter. La proposition de petites « fraternités » me paraît avoir aujourd’hui une double pertinence, ecclésiale et sociale. C’est un appel que je lance à tous les acteurs de fraternité !

 

+ Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

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