Une nouvelle année : Comment s’ouvrir à la nouveauté ?

« Regardez Jésus dans l’Evangile. Il n’enferme personne dans son passé, dans ses actes, dans un contentieux dont il ne pourrait pas se libérer. Il ré-ouvre toujours un avenir. »

Partager sur: Partager sur Twitter Partager sur Facebook Partager sur Google+

Édito de Mgr Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux, paru dans le journal diocésain du mois de janvier 2019.

Nous sommes entrés dans une année nouvelle. Nous pouvons nous demander en quoi cette année est véritablement nouvelle. Bien sûr, il y a un changement de chiffres : Nous sommes  passés de 2018 à 2019 ; il y aura certainement dans cette année nouvelle de l’inédit, des changements, des événements nouveaux. Mais cela suffit-il pour qu’il y ait véritablement du neuf ? La question est cruciale quand on pense à la paix et qu’on prie pour plus de paix et de fraternité entre les hommes. Il ne peut y avoir de paix que s’il y a du neuf dans le cœur de l’homme, dans le cœur des hommes, du neuf dans le cœur des peuples. Or, on sait combien le passé conditionne le présent, nourrit les contentieux et alimente les guerres et les conflits. La mémoire garde les blessures de l’histoire. Elle peut être traversée par des volontés de vengeance, d’hégémonie et de refus de l’autre : conflit persistant en Syrie et au Moyen-Orient, guerre civile au Yémen, attentats terroristes, guerres tribales ou ethniques dans certaines régions d’Afrique …La liste  est longue de ces contentieux où chacun est persuadé de son bon droit et de la justesse de sa cause. Les conséquences du passé pèsent lourd sur la situation du présent. Ce n’est pas du neuf qui se profile au début d’une année nouvelle, c’est souvent de l’ancien, et un ancien trop connu.

Mais, avant d’interpeller les auteurs de tous ces conflits, regardons-nous nous-mêmes. Sommes-nous sûrs de ne pas entrer dans une nouvelle année avec du vieux, avec de l’ancien, avec des jugements tout faits dans lesquels nous avons enfermé les autres, comme dans autant de petites cases ? N’abordons-nous pas cette nouvelle année avec des contentieux dans lesquels nous nous sommes installés et dans lesquels toute perspective de pardon ou de réconciliation est absente, que ce soit dans notre vie familiale, dans notre vie professionnelle, communautaire ou plus largement relationnelle ? C’est avec tout ce passé que nous entrons dans une nouvelle année qui risque, du coup, de ne pas être si nouvelle que cela.

Alors, comment s’ouvrir à la nouveauté, accueillir du neuf ?

Si nous ne voulons pas rester prisonniers de ce passé qui nous enchaîne, si nous voulons que cette nouvelle année soit vraiment nouvelle, il faut nous tourner vers le Seigneur et nous ouvrir à sa puissance de création et de transformation.

En effet, quand nous lisons l’Ecriture, nous découvrons que Dieu est toujours celui qui ouvre un avenir à son peuple. Il est ce Dieu, créateur et maître de l’histoire, qui peut libérer de l’ancien et susciter du neuf. En Isaïe, Dieu promet le salut aux justes qui espèrent en lui : « Les détresses du passé seront oubliées, oui, elles seront cachées à mes yeux. En effet, voici que je vais créer des cieux nouveaux et une terre nouvelle ; ainsi le passé ne sera plus rappelé, il ne remontera plus jusqu’au secret du cœur. Au contraire, c’est un enthousiasme et une exaltation que je vais créer. » (Is. 65, 16-18). C’est dans le Christ que va se faire cette création nouvelle. Saint Paul dira : « Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Le monde ancien est passé, voici qu’une réalité nouvelle est là » (2 Cor. 5, 17). Dieu crée du neuf en renouvelant le cœur de l’homme. Dans le don de l’Esprit Saint se réalise la promesse que Dieu avait faite par la bouche du prophète Ezéchiel : « Je vous donnerai un cœur nouveau et je mettrai en vous un esprit nouveau ; j’enlèverai de votre cœur le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon propre Esprit » (Ez. 36, 26-27).

Cet Esprit Saint nous met sur la longueur d’onde de Dieu, nous fait participer à la vie divine, nous fait agir selon les vues de Dieu. C’est lui qui nous fait participer au regard d’espérance du Christ sur tout homme. Regardez Jésus dans l’Evangile. Il n’enferme personne dans son passé, dans ses actes, dans un contentieux dont il ne pourrait pas se libérer. Il ré-ouvre toujours un avenir. Il porte sur chaque homme un regard d’espérance. Il croit en un changement possible. Il offre son pardon, sa réconciliation, sa communion. Il prend sur lui la haine des hommes. C’est pour cela qu’il leur apporte la paix. Oui, vraiment Dieu fait du neuf dans la vie d’hommes et de femmes. Dans le livre de l’Apocalypse, le Ressuscité dit que chacun recevra : « une pierre blanche, et, gravé sur la pierre, un nom nouveau que personne ne connaît sinon celui qui le reçoit » (Ap. 2, 17).

Cette année qui s’ouvre devant nous sera une année vraiment nouvelle si nous l’abordons avec un cœur et un esprit, renouvelés par le Seigneur, recréés par Dieu. Demandons au Seigneur dans la prière d’être renouvelés intérieurement par l’Esprit Saint. Vivons en êtres nouveaux. C’est ce que Saint Paul demande aux Colossiens : « Maintenant, débarrassez-vous de tout cela : colère, irritation, méchancetés, injures, grossièreté sortie de vos lèvres. Plus de mensonge entre vous, car vous vous êtes dépouillés du vieil homme, avec ses pratiques, et vous avez revêtu l’homme nouveau, celui qui, pour accéder à la connaissance, ne cesse d’être renouvelé à l’image de son créateur » (Col. 3, 8-10). Que le Seigneur nous donne ce « renouvellement de l’intelligence » dont parle l’apôtre dans l’Epître aux Romains, ce renouvellement qui permet de « discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bien, ce qui lui est agréable, ce qui est parfait » (Rom. 12, 2). Dieu nous redonne toujours notre chance. Redonnons-la aux autres. Entrons dans cette nouvelle année avec bienveillance, avec espérance, avec amour. Chassons la peur. Soyons des artisans de paix.

Ecoutons le pape François qui, dans son Message pour la 52ème journée mondiale de la paix, écrit : «  La paix est une conversion du cœur et de l’âme ; et il est facile de reconnaître trois dimensions indissociables de cette paix intérieure et communautaire :

-  La paix avec soi-même, en refusant l’intransigeance, la colère et l’impatience et, comme le conseillait saint François de Sales, en exerçant ‘‘un peu de douceur avec soi-même’’, afin d’offrir ‘‘un peu de douceur aux autres’’;

-  La paix avec l’autre: le proche, l’ami, l’étranger, le pauvre, le souffrant…; en osant la rencontre et en écoutant le message qu’elle porte avec elle;

-  La paix avec la création, en redécouvrant la grandeur du don de Dieu, et la part de responsabilité qui revient à chacun d’entre nous, en tant qu’habitant du monde, citoyen et acteur de l’avenir » (1er janvier 2019 - n° 7).

Seuls ceux qui acceptent de se laisser visiter mystérieusement par le Seigneur et recréer intérieurement par son Esprit peuvent être des artisans de paix. Oui, la paix a besoin d’énergies nouvelles ! La vraie paix ne peut être le fruit que d’une nouvelle création !

Alors, dans la grâce de ce renouvellement intérieur, je vous souhaite à tous une très bonne année!

 

+ Mgr Jean-Pierre Ricard

Archevêque du diocèse de Bordeaux

Partager sur: Partager sur Twitter Partager sur Facebook Partager sur Google+