L'esprit de la convocation du Synode

Votre responsabilité est grande. Nous sommes embarqués dans la même aventure ecclésiale. Je compte sur vous et par avance vous remercie pour votre engagement.

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Allocution du cardinal Jean-Pierre Ricard lors de la première Assemblée synodale, le 19 novembre 2016, présentant les enjeux du Synode, des équipes synodales et des visitations qui démarrent.

Chers amis,

Je voudrais vous partager quelques convictions et quelques réflexions qui sont à l’origine de la convocation de ce synode diocésain.

 

  1. Donner du souffle à notre Église

 

Qu’est-ce que j’attends de notre synode ? Cette marche ensemble doit contribuer à donner du souffle à notre Église diocésaine, à communiquer davantage de tonus, de vitalité à nos communautés chrétiennes et à nos groupes chrétiens. Or, pour avoir du souffle, il faut se rendre réceptif à l’Esprit Saint, se mettre à son écoute. Comme dit le livre de l’Apocalypse de Saint Jean : « Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises » (Ap. 2, 11).

 

Nous risquons parfois d’être moroses, un peu las, pris dans un réseau d’habitudes de fonctionnement ou de modes de pensée, un peu inquiets face à l’avenir (que deviendront les communautés chrétiennes de notre diocèse dans 5 ans, dans 10 ans ?). Pour retrouver un vrai dynamisme ecclésial, il faut nous mettre à l’écoute de l’Esprit Saint et nous rendre disponibles à ce que le Seigneur attend de nous : « je suis venu, Ô Dieu, pour faire ta volonté » (Heb. 10, 7). Un synode diocésain est un grand temps de discernement de la volonté du Seigneur et d’engagement à la mettre en œuvre.

 

Seule une Église, renouvelée par le Seigneur et heureuse de croire, est évangélisatrice. Elle témoigne par ce qu’elle vit. Comme dit le pape François « l’Église évangélise non pas par prosélytisme mais par attraction » (La Joie de l’Évangile, n° 14).

 

  1. Former des disciples-missionnaires

 

Notre synode porte sur la mission. Comment rendre notre Église plus apostolique, plus missionnaire ? Vous savez, en effet, que l’Église n’a pas sa raison d’être en elle-même. Elle n’existe que pour permettre au Christ ressuscité de se donner un corps et de pouvoir ainsi poursuivre aujourd’hui son œuvre de salut. A travers ses disciples, c’est le Christ qui vient à la rencontre des hommes et des femmes de notre temps.

 

Or, nous sommes dans une société où beaucoup d’adultes ou de jeunes ne connaissent pas le Christ, se sont éloignés de l’Église ou ont avec celle-ci des liens très épisodiques. Dans beaucoup de secteurs le nombre d’enfants catéchisés a vécu une chute impressionnante. Les aumôneries scolaires font du bon travail mais le nombre de jeunes qu’elles touchent reste confidentiel, surtout à l’âge du lycée. Il nous faut reprendre l’initiative de l’annonce évangélique, de l’invitation à entrer dans l’expérience chrétienne, du partage de notre foi et de notre espérance. Le nombre de catéchumènes ou d’adultes qui, dans notre diocèse, demandent la confirmation est pourtant l’indice d’une attente, d’une soif spirituelle. A nous d’annoncer, d’inviter, de faire signe.

 

Cela demande des disciples-missionnaires. Des disciples, qui ont fait une réelle rencontre avec le Christ, qui ne sont pas habités seulement par une vague croyance, mais par une foi personnelle qui les engage et donne un sens à leur vie. Des disciples qui sont traversés par le désir de partager avec d’autres ce qui les fait vivre. Dans son exhortation La joie de l’Évangile le pape François écrit : « 120. En vertu du Baptême reçu, chaque membre du Peuple de Dieu est devenu disciple missionnaire (cf. Mt 28, 19). Chaque baptisé, quelle que soit sa fonction dans l’Église et le niveau d’instruction de sa foi, est un sujet actif de l’évangélisation....La nouvelle évangélisation doit impliquer que chaque baptisé soit protagoniste d’une façon nouvelle. Cette conviction se transforme en un appel adressé à chaque chrétien, pour que personne ne renonce à son engagement pour l’évangélisation, car s’il a vraiment fait l’expérience de l’amour de Dieu qui le sauve, il n’a pas besoin de beaucoup de temps de préparation pour aller l’annoncer, il ne peut pas attendre d’avoir reçu beaucoup de leçons ou de longues instructions. Tout chrétien est missionnaire dans la mesure où il a rencontré l’amour de Dieu en Jésus Christ ; nous ne disons plus que nous sommes « disciples » et « missionnaires », mais toujours que nous sommes « disciples-missionnaires ».

 

La question qui est au cœur de notre synode est bien celle-ci : comment nos communautés chrétiennes forment-elles des disciples-missionnaires ? C’est pour celui qui était alors le cardinal Bergoglio la préoccupation fondamentale : « Voici le défi fondamental que nous affrontons : montrer la capacité de l’Église à promouvoir et à former des disciples et des missionnaires qui répondent à la vocation reçue et communiquent partout, par débordement de gratitude et de joie, le don de la rencontre avec Jésus-Christ. Nous n’avons d’autre trésor que celui-là. Nous n’avons d’autre bonheur, ni d’autre priorité que d’être instruments de l’Esprit de Dieu, en Église, pour que Jésus- Christ soit rencontré, suivi, aimé, adoré, annoncé et communiqué à tous, malgré toutes les difficultés et toutes les résistances. Voilà le meilleur service – son service – que l’Église doit offrir aux personnes et aux nations » (Document d’Aparecida, n° 14).

 

D’où les questions que nous pouvons nous poser : Comment nos communautés ecclésiales soutiennent-elles la foi des croyants ? Comment la nourrissent-elles ? Qu’en est-il de l’écoute de la Parole de Dieu, de l’initiation à la prière, de la redécouverte de l’importance de l’Eucharistie ? Quelles propositions de formation et de ressourcement sont proposées chaque année localement ? Quelles attentes au niveau du diocèse ? Quel accompagnement des catéchumènes ? Quel soutien pour les nouveaux baptisés ?

 

Quelles initiatives apostoliques faut-il appuyer ? Lesquelles faut-il mettre en œuvre à frais nouveaux ? Et ceci pour partager le cœur de notre foi, pour témoigner de la miséricorde et de la compassion de Dieu, pour être fidèles au dessein de Dieu sur l’homme. Comment défendre la dignité de la personne humaine, spécialement en ces lieux où elle est malmenée ou niée ? Comment être ces disciples « qui savent dresser pour tous la table de la vie, la table de tous les fils et filles du Père, une table ouverte, accueillante, où il ne manque personne » (Document d’Aparecida – Message final, n° 4), une table où les pauvres sont les premiers invités ?

 

Comment permettre de vivre une plus grande fraternité au sein de nos communautés et de nos groupes chrétiens, au sein de notre Église diocésaine ? Comment décloisonner notre Église et vivre une plus grande communion ? À quelles réconciliations sommes-nous appelés ?

 

Les fiches qui sont à votre disposition reprennent ces questionnements et les développent selon six facettes, qui sont complémentaires les unes des autres.

 

Pour répondre à ces questions, et à d’autres que vous pourrez formuler, des propositions concrètes devront être faites dans le cadre des équipes synodales qui sont invitées à se constituer sur le terrain.

 

Ces propositions peuvent concerner l’échelon local ou l’échelon diocésain. Elles devront tenir compte du contexte géographique et social de la communauté ecclésiale, des forces en présence, du niveau de prise de conscience de la plupart des chrétiens. Elles devront être réalistes mais ne devront pas manquer d’audace : il est vital d’ouvrir aujourd’hui des chemins nouveaux à l’Évangile et de renouveler nos propositions. Je parle de réalisme missionnaire. L’élaboration de ces propositions n’est pas le lieu de faire un catalogue de regrets (en regrettant le bon vieux temps !) ni l’inventaire de rêves déconnectés de la réalité. Il s’agit bien d’une marche en avant où on se fixe un cap et où on pose un pas devant l’autre.

 

Les visitations qui sont proposées pourront aussi être des occasions de partage particulièrement stimulants et pourront féconder l’imagination apostolique. Nous cherchons ensemble à ouvrir ces nouveaux chemins à la mission. Nous avons à nous donner des idées en partageant nos initiatives et nos expériences.

 

3) Apprendre à marcher ensemble

 

Vivre un synode, c’est faire une expérience d’Église forte, comme l’a évoqué le frère Pavel. C’est tout un diocèse qui se met en mouvement. Nous apprenons à marcher ensemble dans la diversité de nos situations : enracinements géographiques et humains, états de vie (évêques, prêtres, diacres, laïcs et consacrés), générations, sensibilités ecclésiales, peut-être porteurs d’attentes différentes. Mais nous avons à nous décentrer pour nous mettre ensemble à l’écoute de l’Esprit, pour nous écouter les uns les autres. Nous sommes porteurs de convictions, d’expériences d’Église qui nous marquent, de suggestions que nous aimerions voir adopter et en même temps nous acceptons d’enrichir ensemble notre approche de la vie chrétienne et d’élargir notre horizon ecclésial. Si vous ressortez d’une expérience synodale comme vous y êtes entrés, c’est qu’il y a quelque chose qui n’a pas fonctionné !

 

4) Le rôle des membres du synode

 

C’est toute notre Église avec ses communautés paroissiales, ses aumôneries, ses mouvements, ses établissements scolaires et ses groupes divers qui est invitée à entrer dans cette marche synodale. Mais vous-mêmes comme membres du synode, vous avez un rôle particulier, que je voudrais préciser maintenant.

 

Le pape François parlant du rôle des évêques dit qu’ils doivent marcher devant le troupeau, au milieu du troupeau et derrière le troupeau. Ce qu’il dit des évêques, il l’applique également à ces collaborateurs des évêques que sont les prêtres. On peut également l’appliquer à ces autres collaborateurs dans le ministère apostolique que sont les diacres. Mais je l’appliquerais aussi volontiers aux membres d’un synode diocésain qui ont une responsabilité particulière au sein de cette portion du peuple de Dieu qu’est un diocèse. Vous aussi, vous avez à marcher devant, à marcher au milieu et à marcher derrière.

 

Marcher devant pour indiquer le chemin. Membres du synode, nous devons être des promoteurs de la dynamique synodale : inviter à y entrer, informer, expliquer, motiver, aider à la constitution d’équipes synodales, recueillir les propositions, convaincre et partager une flamme, rappeler la visée missionnaire de notre synode diocésain.

 

Marcher au milieu pour encourager, soutenir, pour réfléchir et chercher avec d’autres, pour partager une réflexion sur le terrain, participer à l’élaboration de propositions pour le synode. Nous ne sommes pas que des délégués. Nous sommes au point de départ membres de notre Église, chacun vivant sa foi et cherchant à l’exprimer avec d’autres. Chaque membre du synode doit participer normalement au moins à une équipe synodale.

 

Marcher derrière non seulement pour soutenir ceux qui ont plus de mal à se mettre en route ou à marcher avec d’autres mais aussi pour discerner par quels chemins il nous faut passer aujourd’hui. Le pape François dit que nous devons nous mettre à l’écoute du peuple de Dieu, car celui-ci a du « flair » pour trouver de nouveaux chemins à l’Évangile.

 

Votre responsabilité est grande. Nous sommes embarqués dans la même aventure ecclésiale. Je compte sur vous et par avance vous remercie pour votre engagement.

 

En terminant, je souhaite confier notre marche synodale et chacun d’entre vous à l’intercession des saints et des bienheureux de notre diocèse, en particulier à tous ceux et celles qui ont été béatifiés ces dernières années : sœur Marie-Céline de la Présentation, jeune clarisse morte à 19 ans, le père Chaminade, remarquable éducateur et fondateur de la Congrégation des Marianistes, le Père Lataste, l’aumônier des prisons et le grand témoin de la miséricorde, La Vénérable Mère de Lamouroux et le Père Pierre-Bienvenu Noailles. Tous ont été des passionnés du Christ et des témoins qualifiés de l’Évangile. Qu’ils veillent sur notre Église en synode ! Qu’ils veillent sur nous. Amen !

 

 

+ Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

Évêque de Bazas

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