L'Église au service de la famille

Catéchèse de Mgr Ricard sur la conception de la famille portée par l'Église, parue dans le numéro de Janvier 2013 de "Église catholique en Gironde"

Quand vous parlez aujourd’hui de « famille », on vous fait remarquer aussitôt qu’il faut employer le mot au pluriel et parler de « familles », car il y a une pluralité de formes familiales : familles conjugales (mariées ou pacsées), familles de concubins avec enfants, familles monoparentales, familles recomposées, familles homoparentales…

Certes, il n’est pas question de nier cette grande diversité de familles dans notre société aujourd’hui.

Mais faut-il passer de cette constatation à sa justification ? Certains n’hésitent pas à franchir le pas et à affirmer que toutes ces formes se valent, chacun devant être respecté dans ses choix ou dans ce que les aléas de la vie l’ont amené à vivre. Loin de nous de porter un jugement sur les personnes, mais sommes-nous condamnés au silence sur ce qui constitue fondamentalement une famille ? La question est d’importance, en particulier sur le plan éducatif : quelles convictions de fond concernant la famille allons-nous transmettre aux enfants et aux jeunes ? A quoi souhaitons-nous les inviter ? Une société qui ne saurait plus très bien quoi dire en ce domaine serait une société qui se fragiliserait elle-même, la famille ayant toujours été la cellule de base de la société.

L’Église au service de la famille

C’est aux différentes composantes de notre société d’apporter leur réponse à la question posée et il revient au législateur de dire ce qu’il entend par « famille ». Dans ce débat, l’Église catholique apporte la contribution de sa propre réflexion. Elle l’offre à tous et on peut y voir là une des expressions de sa responsabilité éducative.

“Les enfants ne sont pas des "objets" du désir du couple mais des sujets”

L’Église sait que la famille a été différemment vécue selon les sociétés et selon les cultures : la famille romaine est différente de la famille du Moyen Âge ou de la famille bourgeoise du XIX° siècle…

Les relations familiales ne sont pas tout à fait les mêmes quand les générations habitent sous le même toit et quand elles vivent séparément…Il y a pourtant quelques convictions fondamentales qui structurent l’approche chrétienne de la famille :

1 - La famille lie deux choses : l’union d’un homme et d’une femme et la procréation d’enfants. Le dictionnaire Larousse définit d’ailleurs la famille comme l’« ensemble formé par le père, la mère et les enfants ». De fait, la famille articule l’union fondée sur la différence des sexes avec le double lien de filiation (avec le père et avec la mère), inscrivant ainsi l’enfant dans une généalogie lisible et structurante.

2 - Cette union appelle le mariage, car celui-ci, avec l’engagement qu’il comporte, est sollicité par l’amour du couple et par le besoin de sécurité des enfants. Paradoxalement, la demande de « mariage » par des personnes du même sexe, même si elle n’est pas ajustée à ce qu’est le mariage, vient confirmer la forte demande de cet amour et de ce besoin.

3 - L’amour du couple s’ouvre donc sur des enfants qui naissent. Ceux-ci ne sont pas des « objets » du désir du couple mais des sujets, appelés à grandir, chacun ayant sa personnalité  originale et son propre avenir.

4 - L’enjeu d’une vie familiale est de permettre la rencontre et la communion des différentes générations qui la constituent. On sait d’ailleurs  toute l’importance de la relation affective avec les grands-parents dans la formation de la personnalité des enfants et des jeunes.

5 - Enfin, le rôle de la famille, par l’éducation qu’elle met en œuvre, contribue à l’ouverture des enfants sur la société environnante, aide à leur socialisation.

Ces convictions basées sur la raison et l’expérience, l’Église sait qu’elle peut les partager avec beaucoup de ceux qui ne confessent pas sa foi mais se retrouvent dans cette conception de la famille. Elle-même les éclaire à la lumière de la révélation. Ces convictions trouvent leur origine dans le dessein créateur et rédempteur de Dieu, tel qu’il se dévoile dans le livre de la Genèse (Gn. 1 et 2) et qu’il s’explicite dans l’enseignement de Jésus (cf. Mc 10, 1-12). En explicitant la conception qu’elle porte, l’Église se veut pleinement au service de la famille.

L’Église au service de toutes les familles

Mais l’Église ne fait pas que rappeler des convictions, elle apporte aussi son aide aux familles. A travers les Écritures, la vie sacramentelle et son accompagnement pastoral, elle vient  offrir  l’aide de l’amour de Dieu à tous. En effet, le Christ n’est pas venu que pour éclairer nos intelligences mais pour nous donner sa vie : « Moi je suis venu, dit Jésus, pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance » (Jn 10, 10). Le Christ offre sa présence et le don de son Esprit. Il est notre compagnon de route et offre à chacun la force transformante de son amour.

Dans le sacrement de mariage, c’est lui qui permet à un couple qui se marie de s’engager pour la vie, sachant qu’il peut au jour le jour appuyer son amour sur celui du Seigneur.

C’est le Christ également qui permet à toutes les familles d’apprendre à réaliser leur vocation : être une école de l’amour, un amour gratuit et généreux, un amour qui respecte l’autre, qui ne l’enferme pas ni ne le possède, un amour, source de réconciliation et de pardon.

Finalement, chaque famille, quelle qu’elle soit, est appelée à se laisser visiter par le Seigneur. Le Christ frappe à la porte de tous, des justes comme des pécheurs. A chacun, il offre sa présence et son amour. Ne dit-il pas dans l’Apocalypse de Saint Jean : « Voici que je suis à la porte et je frappe. Chez celui qui entend ma voix et qui m’ouvre, j’entrerai et nous mangerons en tête à tête, lui avec moi et moi avec lui » (Ap. 3,20) ? Tous sont invités à laisser l’Évangile retentir dans leur vie et à suivre le Seigneur.

Oui, avec humilité et attention à tous, l’Église se veut la servante du Seigneur auprès de toutes les familles.