“ Vivre cette fraternité en actes à laquelle nous invite l’Évangile ”

Si nous n’avons pas ce cœur qui sait aimer, ce cœur brûlant et miséricordieux, nous serons aveugles et sourds. Nous ne verrons pas les attentes et les souffrances de ceux qui sont dans notre environnement le plus immédiat ou de ceux qui sont plus loin dans le monde mais que les médias, à l’heure de la mondialisation, rendent si proches. Nous n’entendrons pas les cris du monde. (Mgr Ricard)

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Homélie du 1er dimanche de Carême, le samedi 4 mars 2017, prononcée par le cardinal Jean-Pierre Ricard lors de la messe avec le CCFD-Terre solidaire à Bourg-sur-Gironde.

Chers amis,

Nous sommes entrés dans ce temps du Carême qui est un temps de révision de vie, une révision de vie à la fois personnelle et ecclésiale. Nous sommes invités à nous convertir à l’Évangile, à agir en disciples du Christ, c’est-à-dire, à vivre comme lui, avec lui et, comme dirait Saint Paul, en lui.

Jésus voit les foules qui se pressent autour de lui. Il entend les cris de tous ceux qui souffrent de leur situation : les malades, les possédés, les lépreux, les pécheurs, les pauvres, tous ceux que l’on tient pour négligeables et qui se sentent rejetés. On peut dire que Jésus voit les drames et entend les cris du monde. On peut se demander où Jésus puise-t-il la profondeur de son regard et la qualité de son écoute ? L’Évangile nous donne la réponse. Il nous dit que Jésus a un cœur brûlant, qu’il a des entrailles de miséricorde. Matthieu écrit : « Voyant les foules, il fut pris aux entrailles pour elles, parce qu’elles étaient harassées et prostrées comme des brebis qui n’ont pas de berger » (Mt 9, 36). Jésus est totalement habité par cet amour du Père, par cette passion de Dieu pour les hommes. Oui, notre Dieu est un Dieu de tendresse, de miséricorde, de compassion qui voit la souffrance de son peuple et qui entend ses cris.

Si nous n’avons pas ce cœur qui sait aimer, ce cœur brûlant et miséricordieux, nous serons aveugles et sourds. Nous ne verrons pas les attentes et les souffrances de ceux qui sont dans notre environnement le plus immédiat ou de ceux qui sont plus loin dans le monde mais que les médias, à l’heure de la mondialisation, rendent si proches. Nous n’entendrons pas les cris du monde. Il y a un repli sur soi qui est source de cécité et de surdité. C’est le cas du riche de la parabole qui ne voit pas le pauvre Lazare qui est à sa porte, qui n’entend pas sa plainte. Il vit dans l’opulence, alors que l’autre aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche. Commentant cette parabole dans son message de Carême, le pape François écrit : « Pour l’homme corrompu par l’amour des richesses, il n’existe que le propre moi et c’est la raison pour laquelle les personnes qui l’entourent ne sont pas l’objet de son regard. Le fruit de l’attachement à l’argent est donc une sorte de cécité : le riche ne voit pas le pauvre qui est affamé, couvert de plaies et prostré dans son humiliation ».

Pendant ce Carême demandons au Seigneur cette grâce du cœur qui sait aimer, de ce regard qui sait voir, de cette oreille qui sait entendre, de cette main qui sait se tendre. Que le Seigneur nous donne de nous décentrer de nous-mêmes pour regarder l’autre, nous approcher de l’autre, entendre l’autre et voir comment lui venir en aide s’il a besoin de nous. C’est là pour nous un lieu de conversion et de combat spirituel. Car, si le Christ lui-même a été tenté, nous risquons aujourd’hui nous aussi d’être tentés, tentés de nous refermer sur nous-mêmes et ainsi de ne plus voir ni entendre les autres.

Nous sommes dans un monde marqué par l’individualisme, le repli de chacun sur ses intérêts, sur la défense de son pré carré. Nos sociétés se referment sur elles-mêmes, sur leur gestion interne. Elles rêvent de se protéger et de se barricader. On a peur des autres, de ceux qui sont différents. Tant pis pour les migrants, pour les réfugiés, pour les victimes de la guerre ou de la faim. Regardez la place que la solidarité internationale tient aujourd’hui dans le débat politique de notre campagne pour l’élection présidentielle !

Seul, l’Esprit du Seigneur peut toucher nos cœurs, nous donner comme le bon samaritain de la parabole d’être pris aux entrailles à la vue de l’homme laissé pour mort au beau milieu de la route. Le Samaritain le voit. Il s’approche, il le prend en charge, pas simplement de façon émotionnelle mais de façon solidaire, responsable, dans un engagement durable. Lui aussi a transformé le cri de détresse du monde en action solidaire et en facteur d’espérance.

Seuls l’accueil du Seigneur et l’écoute de la parole de Dieu peuvent transformer notre cœur et nous donner un cœur aimant, semblable à celui du Christ. Le pape François écrit : « La Parole de Dieu est une force vivante, capable de susciter la conversion dans le cœur des hommes et d’orienter à nouveau la personne vers Dieu. Fermer son cœur au don de Dieu qui nous parle a pour conséquence la fermeture de notre cœur au don du frère ».

Pendant ce Carême, prenons le temps d’ouvrir l’Écriture et de méditer la Parole de Dieu. Elle transformera notre esprit et notre cœur.

Car, c’est un cœur aimant et miséricordieux qui nous permet d’élargir notre regard et d’affiner notre écoute. Nous le savons : notre vue et notre écoute peuvent être parfois très sélectives, très limitées. Il y a des militants mondialistes qui prônent une solidarité universelle mais qui sont incapables de voir et d’écouter les besoins de leurs proches. Il y de bons catholiques pour qui le prochain est celui qui est proche d’eux, dans leur famille ou dans leur réseau de relations mais qui ne perçoivent pas que le prochain, selon l’Évangile, c’est celui dont je m’approche, même s’il est très loin de moi géographiquement.

Nous avons besoin de nous aider et de nous entraider à voir, à entendre, à réfléchir, à agir pour vivre cette fraternité, cette solidarité, cette charité en actes à laquelle nous invite l’Évangile. C’est l’enjeu du Carême et en particulier de notre campagne de Carême.

Le pape François le souligne dans la fin de son message. Il écrit : « j’encourage tous les fidèles à manifester ce renouvellement spirituel en participant également aux campagnes de Carême promues par de nombreux organismes ecclésiaux visant à faire grandir la culture de la rencontre au sein de l’unique famille humaine. Prions les uns pour les autres afin que participant à la victoire du Christ nous sachions ouvrir nos portes aux faibles et aux pauvres. Ainsi nous pourrons vivre et témoigner en plénitude de la joie pascale ». C’est ce que je vous souhaite à tous durant ce Carême. Amen.

 

+ Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

 

Crédit photo : CCFD - Terre solidaire Gironde

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