“ Une Église qui accueille la résurrection est une Église missionnaire ”

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Homélie prononcée par le cardinal Jean-Pierre Ricard, le lundi 28 mars 2016, pour la messe de la fête d'Arcachon, en la basilique Notre-Dame.

Chers frères et sœurs,

Croire en la résurrection du Christ ne laisse pas indemne. Il ne saurait s’agir d’une simple constatation : constater que celui qui avait été mis à mort est aujourd’hui vivant, constater tout en restant extérieur à la scène, en fait dans la posture du spectateur. Ce n’est pas ainsi que les disciples de Jésus ont vécu leurs rencontres avec le Ressuscité. La résurrection du Christ a produit en eux un double fruit : elle a transformé leur vie et a fait d’eux des missionnaires.

1) Elle a transformé leur vie. Cette expérience du Ressuscité va bouleverser leur existence. Elle va les faire passer du doute à la foi, de la tristesse à la joie (les femmes sont remplies d’une grande joie), de la peur au courage, du silence à la mission. L’accueil du Ressuscité a été une formidable force de transformation de leur vie.

Aujourd’hui, nous pouvons, nous aussi, faire l’expérience de cette transformation intérieure, si nous accueillons le Christ, si nous écoutons sa Parole, si nous laissons son Esprit nous habiter. La Résurrection du Christ s’éprouve plus qu’elle ne se prouve. Oui, c’est en accueillant le Christ et en laissant sa Parole nous habiter que nous expérimentons cette puissance de transformation qu’est la résurrection.

Je suis frappé de voir combien les catéchumènes adultes qui ont été baptisés lors de la vigile pascale ont expérimenté très fortement ce que cette rencontre avec le Christ ressuscité avait fait naître en eux. Ils en parlent comme d’une nouvelle naissance, d’une libération, d’une guérison, d’une illumination où leurs yeux se sont ouverts, comme d’une autre façon de voir la vie et de se situer par rapport aux autres.

Nous-mêmes, si nous avons foi dans le Christ, si nous écoutons sa Parole, si nous vivons en sa présence et si nous pratiquons ses commandements, nous ferons l’expérience de la force transformatrice de son Esprit. Car, comme autrefois pour ses disciples le Ressuscité nous partage aujourd’hui son souffle. Comme dit Saint Jean: « ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et leur dit : « Recevez le Saint Esprit » » (Jn 20, 22). C’est ce souffle qui nous communique le pardon des péchés, la lumière de la foi, la flamme de l’amour, la guérison des blessures intérieures, le goût de la prière, le courage du témoignage. Oui, accueillons dans la joie ce souffle du Ressuscité ! Accueillons ce Christ ressuscité qui nous dit dans le livre de l’Apocalypse de Saint Jean : « Voici que je suis à la porte et je frappe. Chez celui qui entend ma voix et qui m’ouvre, j’entrerai et nous mangerons en tête à tête, lui avec moi et moi avec lui » (Ap. 3, 20). Si nous n’accueillons pas le Christ, si nous ne nous mettons pas à table avec lui dans notre vie la plus quotidienne, la foi en la résurrection ne sera pour nous qu’une affirmation du Credo, une simple notion, en réalité une coquille vide !

2) Mais l’événement de la Résurrection fait plus. Il transforme les disciples en témoins et en missionnaires. Les femmes courent porter la nouvelle aux disciples. Ceux-ci ne peuvent pas rester qu’entre eux, tout à la joie de savourer la victoire du Christ sur la mort et le péché. Ils sortent de la salle haute. Le souffle du Ressuscité qu’ils ont reçu leur donne l’ardeur et le courage d’annoncer la Bonne Nouvelle. Comme Pierre, ils proclament : « Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous tous nous en sommes témoins ». Ils accomplissent ainsi la mission que le Ressuscité leur avait confiée, lui qui leur avait dit : « Comme le Père m’a envoyé, à mon tour je vous envoie » (Jn 20, 21). « Vous allez recevoir une puissance, celle du Saint Esprit qui viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre ».

Une Église qui accueille la résurrection est une Église missionnaire, une Église qui ne peut pas ne pas annoncer à tous et partager l’espérance qui l’habite. Cette espérance, en effet, elle ne la reçoit pas pour la garder jalousement ou frileusement. Cette espérance est donnée pour tout homme. Elle est offerte pour le salut du monde. On comprend que le pape François invite souvent nos communautés chrétiennes à sortir, à ne pas rester enfermées dans les murs de leurs églises, préoccupées uniquement de leur vie interne et de leur organisation. Le pape dit : une Église, qui fait cela, ne va pas bien. Elle finit par tomber malade. L’Église doit sortir, allers vers les périphéries, là où vivent les hommes et les femmes qui sont loin d’elle mais qui ne sont pas sans questions ni sans attentes. Elle doit aller à la rencontre, parler, inviter, partager l’espérance qui la fait vivre. Je suis frappé de voir se multiplier aujourd’hui dans notre diocèse des initiatives missionnaires de toutes sortes. Je souhaite que notre synode diocésain soit l’occasion de partager ces expériences et de nous dynamiser les uns les autres, les uns par les autres.

Un message avait été confié par Jésus aux femmes : « Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront ». Cette Parole est une annonce : elle donne rendez-vous en Galilée et annonce les apparitions du Ressuscité qui auront lieu dans cette région. Mais cette annonce est aussi une promesse. La Galilée est une terre mêlée. Il y a des païens. On l’appellera la Galilée des nations. Elle représente pour la première génération chrétienne un territoire de mission. Elle symbolise le lieu de l’évangélisation, le lieu de toute évangélisation. Et Jésus promet : c’est sur ces routes de l’évangélisation que vous me verrez, que vous me rencontrerez, que je toucherai votre cœur et que vous serez vous-mêmes transformés. Combien de fois ai-je vu cette promesse se réaliser : des hommes, des femmes, des séminaristes, être renouvelés dans leur foi après s’être risqués dans une semaine d’évangélisation ; des communautés chrétiennes être dynamisées et habitées par la joie après un véritable engagement missionnaire ! Cette année jubilaire de la miséricorde peut être pour nos paroisses et nos secteurs un formidable moment de démarche missionnaire. Puissiez-vous à Arcachon en accueillir la grâce. Que le Seigneur vous donne la joie d’entrer dans l’expérience missionnaire de la première communauté chrétienne et de dire dans l’action de grâce, comme l’apôtre Pierre : « (le Ressuscité) a répandu l’Esprit Saint sur nous, ainsi que vous le voyez et l’entendez ». Amen.

 

+ Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

 

 

 

 

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