Soyez forts dans la foi !

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Homélie de la messe d’action de grâce pour la béatification du pape Jean-Paul II, Cathédrale Saint-André - Mercredi 4 mai 2011

 

« A vous tous, jeunes, à l’occasion de cette Journée Mondiale de la Jeunesse, je dis : Recevez l’Esprit Saint et soyez forts dans la foi ! » (Message de Jena-Paul II pour la VI° Journée mondiale de la jeunesse – 1991)


Homélie de la messe d’action de grâce pour la béatification du pape Jean-Paul II, Cathédrale Saint-André  -  Mercredi 4 mai 2011

 

La raison d’une béatification

Quand l’Eglise béatifie un pape, ce n’est pas à cause du rôle historique qu’a pu avoir son pontificat. Il y a eu des papes qui ont marqué l’histoire et qui n’ont pas été canonisés et d’autres, dont le passage sur le trône de Pierre a été furtif, qui ont été béatifiés. Je pense au seul pape qui ait démissionné après quelques mois de pontificat, saint Célestin V au XIII° siècle. Quand l’Eglise béatifie, un homme ou une femme, un laïc, une religieuse, un évêque ou un pape, c’est à cause de la vigueur de sa foi et de la force de sa vie évangélique. C’est ce qu’a reconnu le pape Benoît XVI en béatifiant son prédécesseur le pape Jean-Paul II, après avoir été devancé par l’intuition populaire qui, le jour des obsèques, s’était écriée : « Santo Subito ! ».


Habité par une force intérieure

Ce qui a beaucoup frappé tous ceux qui ont rencontré le pape Jean-Paul II, c’était sa force intérieure. Celle-ci ne venait pas seulement d’une personnalité particulièrement riche et attachante, d’une intelligence puissante et d’une exceptionnelle capacité de contacts. Elle prenait sa source dans sa foi, c’est-à-dire dans son attachement profond au Christ. Il était ce disciple dont parle l’Evangile qui écoute, met en pratique les paroles de Jésus, et bâtit ainsi sa maison sur le roc. Il était attentif à vivre en présence du Seigneur et à écouter les appels de son Esprit. Jean-Paul II a été un homme de prière. Le pape Benoît XVI disait récemment : « C’est en le voyant prier que j’ai vu, et pas seulement compris, qu’il était un homme de Dieu ». La prière scandait sa journée. Il vivait avec beaucoup d’intériorité les longues célébrations liturgiques. On sentait d’ailleurs qu’elles étaient l’occasion pour lui de se replonger en Dieu. Quand nous concélébrions avec lui, lors des visites ad Limina, il nous précédait dans sa chapelle privée, plongé dans l’oraison, et nous attendions de longues minutes avant qu’il ne commence la messe. Il aimait se confier à la protection maternelle de Marie. Je le revois encore, en  août 2001, à Castel Gandolfo, au cours d’un récital donné par l’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée, sortir son chapelet et l’égrener avec une impressionnante intériorité. Avant des décisions importantes, le pape se retirait dans sa chapelle et priait longuement. Il avait conscience que « le premier devoir du pape envers l’Eglise et envers le monde est celui de prier » et que « de la prière naît sa capacité de dire la vérité sans peur puisque celui qui est seul devant Dieu n’a pas peur des hommes ».

 

Le pape de la miséricorde

C’est cette attention à Dieu dans la prière qui le rendait si présent aux autres dans les multiples rencontres qui remplissaient ses journées ou ses voyages, avec une prédilection plus particulière pour les pauvres, les malades, les personnes fragilisées, les enfants, les jeunes. On ne peut d’ailleurs s’approcher du cœur de Dieu sans être associé par Dieu lui-même à son amour pour tous les hommes. Le pape Jean-Paul II en était convaincu. Ce n’est pas pour rien qu’il a été le pape de la miséricorde divine. Il a voulu lui consacrer une de ces premières encycliques  Dives in misericordia, qui offre une magnifique méditation sur la miséricorde de Dieu. Il a également demandé, à la suite de Sœur Faustine Kowalska, que le Dimanche après Pâques soit dédié à la « miséricorde divine ». Confronté aux idéologies du mal que furent le nazisme et le communisme, Karol Wojtyla avait compris que « l’unique vérité capable de contrebalancer le mal des ces idéologies est le fait que Dieu est miséricorde ». C’est pourquoi, devenu pape, il affirmera : « Lorsque j’ai été appelé sur le Siège de Pierre, j’ai ressenti fortement la nécessité de transmettre les expériences faites dans mon pays natal, mais appartenant au trésor de l’Eglise universelle ». C’est d’ailleurs la vigueur de cette miséricorde qui devait l’amener à pardonner à Ali Agça, qui avait voulu le tuer, et à aller lui rendre visite dans sa cellule à la prison.

Le défenseur de la dignité de l’homme

De cette union au Christ et de cette contemplation du Christ, Jean-Paul II en retirait une lumière qui l’éclairait sur la vérité de l’homme. Il en recevait une force pour défendre quoi qu’il en coûte la dignité de la personne humaine. On sent cette conviction très présente déjà dans son enseignement universitaire et dans sa participation à la rédaction de la Constitution conciliaire Gaudium et Spes. Mais elle s’exprimera avec force dans sa première encyclique Redemptor Hominis. Il écrira : « Le Christ, Rédempteur du monde, est celui qui a pénétré, d'une manière unique et absolument singulière, dans le mystère de l'homme, et qui est entré dans son «cœur». C'est donc à juste titre que le Concile Vatican II enseigne ceci : « En réalité, le mystère de l'homme ne s'éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné…..Nouvel Adam, le Christ, dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l'homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation »… Par son Incarnation, le Fils de Dieu s'est en quelque sorte uni lui-même à tout homme» (n° 8). C’est pour défendre l’homme, que Jean-Paul II interviendra pour demander la liberté religieuse, promouvoir la justice sociale, un véritable développement et la paix entre les peuples, montrer la beauté de l’amour conjugal et de la famille, promouvoir une culture de vie, de la conception de l’homme jusqu’à sa mort naturelle.

Il a confirmé ses frères dans la foi

C’est de cette foi en la présence agissante du Christ aujourd’hui dans le monde, que le pape a tiré cette force de « confirmer ses frères dans la foi » comme Jésus l’avait demandé à Pierre. Tout le monde se souvient de son interpellation, le jour de l’inauguration de son pontificat, le 22 octo- bre 1978: « N’ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ, à sa puissance salvatrice, ouvrez les frontières des États, des systèmes politiques et économiques, les immenses domaines de la culture, de la civilisation et du développement ». Ces  paroles du pape s’adressaient à tous ceux et celles qui vivaient sous des dictatures. Mais le pape devait également les adresser à nos sociétés de consommation, invitant nos Eglises vivant dans des pays marqués par une forte sécularisation à relever le défi d’une nouvelle évangélisation. C’est aux jeunes, surtout, que Jean-Paul II souhaitait transmettre cette force que donne une amitié avec le Christ. Si tant de jeunes, dans le cadre des Journées mondiales de la Jeunesse, ont été touchés par sa parole, ce n’était pas seulement parce qu’ils se sentaient profondément aimés par lui mais parce qu’ils sentaient en lui le pas sûr du guide de montagne qui vous aide à franchir des passages difficiles et vous conduit vers les cimes. Paul VI avait dit : « L’époque actuelle écoute plus les témoins que les maîtres ». Jean-Paul II a été un témoin et un maître, mais un maître parce que témoin.

 


L’union au Christ  jusqu’au don total de soi

 


Cette union au Christ, Jean-Paul II l’a vécue jusqu’au bout. Il a senti que s’adressait aussi à lui cette parole de Jésus à Pierre : « Pais mes brebis. En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais jeune, tu nouais ta ceinture et tu allais où tu voulais ; lorsque tu seras devenu vieux, tu étendras les mains et c’est un autre qui nouera ta ceinture et qui te conduira là où tu ne voudrais pas. » (Jn 21,17-18). La maladie s’était saisie de Jean-Paul II et l’emprisonnait progressivement dans un corps qui se paralysait. Un geste d’impatience et d’impuissance lui échappait parfois, manifestant qu’il réalisait pleinement qu’il ne pouvait plus communiquer comme avant. Mais on sentait qu’il s’en était complètement remis à Dieu. Mystérieusement, comme l’apôtre Pierre,  il s’était senti appelé à entrer dans le mystère pascal et l’avait accepté. Totalement abandonné à Dieu, il se laissait conduire par lui. S’étant posé la question de sa démission, il s’en était remis entre les mains de Dieu. Une semaine avant sa mort, le dimanche de Pâques, il ne fut pas en mesure de prononcer les mots de la bénédiction Urbi et Orbi, se bornant à tracer le signe de la croix de sa main. Dans son livre Le vrai Jean-Paul II, Mgr Slawomir Oder, le promoteur de la cause de Jean-Paul II, écrit : « En s’éloignant de la fenêtre, profondément affligé par son évidente impotence, il prononce ses derniers mots de soumission à la volonté divine : « Si je ne peux plus remplir ma fonction de pasteur, être avec les gens, célébrer la sainte messe ; il est peut-être préférable que je meure », ajoutant aussitôt : « Que ta volonté soit faite Totus tuus. » (p. 137). Le cardinal Dziwisz, qui fut son secrétaire, nous rapporte ses dernières paroles : « Laissez-moi aller à la maison du Père ». Jean-Paul II y exprime ce qui a habité sa foi et son ministère : le désir de voir, dans le face à face éternel, le visage de ce Seigneur qu’il a cherché et contemplé tout au long de sa vie.

 

Puisse notre prière, par l’intercession de notre nouveau bienheureux, faire grandir en nous le désir et la volonté de nous enraciner toujours plus profondément dans le Christ !

 

†  Jean-Pierre cardinal RICARD
Archevêque de Bordeaux

 

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