“Seigneur, qu'attends-tu de nous ?”

Nos communautés sont invitées à vivre cette dynamique missionnaire. Celle-ci doit se vivre dans deux dimensions fondamentales : une dimension d’accueil et une dimension d’aller vers. (Mgr Jean-Pierre Ricard)

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Homélie de la messe d'ouverture du Jubilé pour les 700 ans du diocèse de Tulle, prononcée par Mgr Ricard le dimanche 24 septembre 2017, en la cathédrale de Tulle.

 

Excellences,

Chers Pères,

Chers frères et sœurs dans le Christ,

 

Fêter le septième centenaire du diocèse de Tulle ne peut pas se résumer à porter un simple regard sur le passé, même si connaître l’histoire de son Église est toujours instructif. Votre évêque d’ailleurs le déclarait récemment : « Cette année jubilaire ne veut pas être un retour sur un passé multiséculaire pour nous glorifier ou nous complaire dans la nostalgie ». Vivre un jubilé, c’est vivre un grand temps fort spirituel, c’est ouvrir son présent sur l’avenir, c’est se remettre ensemble devant le Seigneur et lui dire : « Seigneur, qu’attends-tu de nous ? A quoi nous appelles-tu ? Quels défis nous invites-tu à relever ? ». C’est la question des apôtres au lendemain de la résurrection. C’est la question que votre Église a régulièrement posée au Seigneur aux grands moments de son histoire, qui est aussi une histoire sainte, depuis les premiers évangélisateurs, qui, comme Saint Martial, premier évêque de Limoges, ont apporté en Gaule l’Évangile du Christ, jusqu’à ces missionnaires comme le Père Pierre DUMOULIN-BORIE, qui est parti annoncer le Christ au Tonkin et est mort martyr, le 24 novembre 1838, à l’âge de 30 ans. Mettons-nous à l’écoute de l’appel du Seigneur. Rappelons-nous que la fécondité apostolique n’est pas une question de nombre ni de moyens humains, mais de grâce du Seigneur et de disponibilité à le servir. N’oublions pas que l’aventure évangélique a commencé avec une poignée d’hommes et de femmes et que c’est toujours avec quelques cœurs généreux qu’elle repart.

 

Alors, « Seigneur, qu’attends-tu de nous ? ».

 

Le Seigneur attend de notre Église qu’elle soit une Église de disciples-missionnaires.

 

Aujourd’hui, comme aux premiers temps de l’Évangile, le Christ nous appelle à être ses disciples et ses apôtres. Saint Marc écrit : « Il (Jésus) monte sur la montagne et il appelle ceux qu’il voulait. Ils vinrent à lui et il en établit douze pour être avec lui et pour les envoyer prêcher avec pouvoir de chasser les démons » (Mc 3, 13-15). Aujourd’hui, le Seigneur nous invite à le rejoindre, à vivre dans son intimité, à nous mettre à l’écoute de sa parole puis à témoigner du salut qu’il vient nous apporter. On ne peut vraiment témoigner de lui que si on se ressource en lui. Ce n’est d’ailleurs que quand on l’a vraiment rencontré et appris à l’aimer que l’on a envie alors de l’annoncer. Dans son exhortation Evangelii gaudium le pape François nous rappelle avec vigueur que tous les chrétiens sont invités à être des disciples-missionnaires : « Tout chrétien est missionnaire dans la mesure où il a rencontré l’amour de Dieu en Jésus Christ ; nous ne disons plus que nous sommes « disciples » et « missionnaires » mais toujours que nous sommes des disciples missionnaires » (n° 120). C’est parce que nous avons le cœur touché par le Christ que nous désirons le faire connaître et le faire aimer.

 

Oui, le premier appel que le Seigneur lance à notre Église, c’est : « Sois une communauté de foi », une communauté vivante qui suscite et soutient des disciples du Christ, c’est-à-dire des hommes, des femmes, des enfants et des jeunes qui ont fait une véritable rencontre personnelle avec le Seigneur. Aujourd’hui, moins que jamais, on ne peut être chrétien, simplement par tradition ou par habitude. On ne peut l’être que par conviction personnelle, que parce que l’on est entré dans une amitié avec le Christ, une amitié que l’on découvre au jour le jour et que l’on n’a jamais fini d’approfondir. Nos communautés chrétiennes doivent être des lieux sources pour la foi de leurs membres, des communautés où on nourrit cette foi par la prière, la qualité des célébrations, l’adoration et la célébration eucharistique, par la lecture de l’Écriture comme Parole de Dieu, par tous ces temps forts spirituels que nous pouvons nous donner, par exemple aux grands temps de l’année liturgique. Seules des communautés vivantes, priantes, joyeuses, vivant de l’Évangile peuvent être attirantes.

 

Des communautés qui vivent du Christ sentiront tout naturellement le besoin d’être missionnaires, non pas comme une consigne qui s’imposerait de l’extérieur mais comme un appel intérieur, le mouvement normal et spontané de la foi. Jésus - vous l’avez vu - appelle ses disciples pour être avec lui, pour écouter sa parole, pour vivre dans son amitié mais aussi pour être témoins de ce qu’ils ont vécu et découvert. Ils ont à dire à tous : « Nous avons trouvé la source d’eau vive. Elle nous désaltère. Nous l’avons trouvée mais elle ne nous appartient pas. Elle est pour tous. Si tu as soif, toi aussi, viens et vois. Viens et bois ». La mission évangélique n’est pas ce prosélytisme intempestif et peu respectueux où l’on voudrait imposer aux autres ses convictions, mais l’invitation à entrer dans une expérience : « Viens et vois ». C’est un véritable appel à la liberté : « Entre dans l’expérience et tu verras par toi-même ». Mais me direz-vous, quelle est cette source d’eau vive, cette Bonne Nouvelle que nous avons à annoncer ? C’est fondamentalement celle de la miséricorde de Dieu, de la tendresse du Seigneur. Si j’avais à résumer en quelques mots ce qui me paraît être le cœur de l’Évangile, je dirais : « Le Christ vient dire à chacun : tu es aimé. Qui que tu sois, quelque soit le regard que les autres portent sur toi ou que tu peux porter sur toi-même à certains jours, dis-toi que tu es aimé, tu es le fils, la fille, bien-aimé(e) du Père. Laisse-toi aimer. Laisse cet amour demeurer en toi, t’habiter et tu feras l’expérience que ta vie va changer. L’Esprit va te transformer, va mettre en toi paix, joie, bienveillance, confiance, courage, amour des autres. Et si tu es aimé, à ton tour, tu es invité à aimer ». Je crois que ce message, qui annonce et propose le salut de Dieu est beaucoup plus attendu que l’on ne croit, si nous écoutons en particulier ce que nous partagent les catéchumènes, les adultes qui demandent la confirmation et ceux que l’on appelle les recommençants, c’est-à-dire ces hommes et ces femmes qui se remettent en route sur le chemin de la foi ou de la vie ecclésiale.

 

Nos communautés sont invitées à vivre cette dynamique missionnaire. Celle-ci doit se vivre dans deux dimensions fondamentales : une dimension d’accueil et une dimension d’aller vers.

 

Tout d’abord accueillir. Toute notre pastorale, notre catéchèse, notre préparation aux sacrements, notre vie paroissiale, doit être repensée dans une perspective missionnaire. Ne nous plaignons pas que les gens n’aient pas la foi, ou soient mal croyants. Réjouissons-nous plutôt que nous soit donnée l’occasion d’une première annonce de la foi, d’une première proposition de l’Évangile.

 

Mais il ne suffit pas d’accueillir, surtout à une époque où beaucoup ne viennent pas ou ne viennent plus frapper à notre porte. Il faut aller vers, aller à la rencontre. Comme dit le pape François, l’Église doit « sortir », aller à la rencontre des hommes et des femmes de notre temps. Elle ne doit pas ressembler à la femme recourbée de l’Évangile, celle qui ne regarde que son nombril. L’Église ne doit pas se refermer sur elle-même, ne se préoccuper que de sa propre animation, ni s’intéresser qu’à son organisation interne, elle doit aujourd’hui sortir, aller à la rencontre, dialoguer, ouvrir des chemins nouveaux à l’Évangile. N’hésitons pas à prendre des initiatives puis à échanger ensemble sur toutes les actions missionnaires que nous avons pu mener les uns les autres.

 

N’oublions non plus pas que l’évangélisation implique aussi un lent compagnonnage des hommes et des femmes de notre temps, un témoignage donné à l’Évangile dans ce qui fait notre vie la plus quotidienne. Regardez Jésus lui-même. Il s’adresse aux foules. Il parle parfois longuement mais il se laisse aussi toucher par les détresses humaines. Il va à la rencontre des pauvres, des malades, des possédés, des lépreux, des prostituées, des pécheurs. Il les accueille, les écoute, les bénit, les guérit, leur pardonne leurs péchés. Il donne à chacun un signe concret de la tendresse du Père. Le pape François nous dit que l’on ne peut regarder le Christ en croix sans suivre son regard qui rejoint tout son peuple, sans entrer dans sa compassion. Les disciples de Jésus ne doivent pas avoir peur de toucher la chair souffrante du Seigneur à travers toutes les souffrances, les drames, les appels et les attentes de tous ceux qui vivent autour d’eux. La mission appelle à ce compagnonnage !

 

Frères et sœurs, relisez les Orientations pastorales diocésaines données par votre évêque. Vous y trouverez des suggestions et des propositions pour vraiment entrer dans cette dynamique missionnaire que je viens d’évoquer.

 

Enfin, je vous invite à renforcer la fraternité au sein de vos communautés chrétiennes. Seules des communautés fraternelles peuvent être appelantes et donner le goût de l’Évangile. Jésus a rappelé à ses disciples que c’est au signe de l’amour fraternel que le monde reconnaîtrait qu’ils sont envoyés par lui. Dans un monde où la fraternité est souvent absente, ce signe ecclésial est d’autant plus attendu. Nous sommes frères parce que nous sommes enfants d’un même Père. Cette fraternité implique accueil mutuel, écoute, bienveillance, accueil des différences, patience, sens de la réconciliation et du pardon. Trop souvent, nous sommes durs entre nous et pas toujours charitables. Le pape François parle du « caquetage » qu’il a rencontré dans certaines paroisses : on parle beaucoup les uns sur les autres et pas toujours en bien ! Je suis frappé de voir que l’on redécouvre de plus en plus aujourd’hui, et même en dehors de la sphère ecclésiale, l’importance de la bienveillance. Soyons bienveillants les uns avec les autres ! Nous respirerons la joie. N’hésitons pas d’ailleurs à vivre cette vie fraternelle dans le cadre de petites fraternités comme votre évêque vous y invite. On sent d’ailleurs que c’est une recherche qui se fait un peu partout en France. J’étais cet été au Sénégal. J’ai découvert que les paroisses sénégalaises avaient développé en leur sein de nombreuses petites fraternités. C’est une belle façon de vivre l’Église, source de vitalité ecclésiale et de dynamisme apostolique !

 

Frères et sœurs, voici donc quelques appels qu’à la suite du pape François et de votre évêque, je me suis senti invité à vous lancer ce soir de la part du Seigneur. La tâche vous paraît peut-être impressionnante, les défis difficiles à relever. Dites-vous que vous n’êtes pas seuls, que le Seigneur donne toujours la grâce d’assumer la mission qu’il nous confie. C’est lui qui est à l’œuvre. C’est lui qui touche les cœurs. Je suis frappé de tous les témoignages que j’en reçois. Alors, n’ayez pas peur. Gardez confiance. Que ce Jubilé vous donne force, courage et joie. Bonne route à tous pour la mission ! Amen.

 

 

+ Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

Évêque de Bazas

 

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Crédit photo : © Diocèse de Tulle