“ Quoi de neuf à Pâques ? ”

Y a-t-il du neuf à Pâques ? Y a-t-il du neuf dans le monde, du neuf dans nos vies ? La question est redoutable, car le Christ est venu pour créer du neuf. 

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Homélie du cardinal Jean-Pierre Ricard, prononcée au cours des célébrations de Pâques, en l'église Saint-Romain de Blaye le samedi 31 mars, et à la cathédrale Saint-André le dimanche 1er avril 2018.

Chers frères et sœurs,

 

Il nous arrive dans la vie de tous les jours de poser cette question : « Quoi de neuf ? » et souvent l’autre de répondre : « pas grand chose ! ». Cette interrogation prend une signification toute particulière si on l’applique à Pâques : « Y a-t-il du neuf à Pâques ? Y a-t-il du neuf dans le monde, du neuf dans nos vies ? ».

 

La question est redoutable, car le Christ est venu pour créer du neuf. Jésus n’est pas venu simplement donner un message, offrir une vision du monde, proposer une sagesse pratique. Il est venu transformer le cœur de l’homme, donner à l’homme, comme le disent les prophètes, un cœur nouveau, un esprit nouveau. Dieu, par la bouche d’Ézéchiel, avait fait cette promesse : « Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau, j’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair » (Ez. 36, 26). En Jésus, Dieu crée du neuf. Il renouvelle la vie de ceux qui accueillent son amour. Il transforme l’existence de ceux qui se laissent habiter par son Esprit.

 

Certes, Dieu sait que cet accueil et cette transformation ne sont pas évidents, car les hommes restent souvent prisonniers de leurs peurs, de leur égoïsme, de leur violence ou de leur haine. C’est pour les libérer de l’esclavage du péché, de la complicité avec le mal, que Jésus dans sa passion va livrer son combat contre ces forces du mal qui séduisent et ligotent les hommes. Son sacrifice se veut un combat et sa passion une délivrance. Le Christ crée du neuf. Il apporte une libération intérieure de l’esclavage du péché et offre une vie nouvelle toute aimantée par l’amour.

 

Cette volonté de salut du Christ risque pourtant d’être démentie par sa mort. Si Jésus meurt, ne risque-t-on pas de mettre avec lui au tombeau l’espérance qu’il avait fait naître ? Jésus est-il vraiment l’envoyé de Dieu ? Ne serait-il pas qu’un prophète qui se serait trompé ? Un rêveur, un idéaliste ? La mort de Jésus sur la croix apparaîtrait alors comme un rêve fracassé. Une passion sans résurrection rend vide la foi chrétienne. C’est ce que Saint Paul rappelle aux Corinthiens : « Si le Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vide et vide aussi notre foi …Et si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est illusoire, vous êtes encore dans vos péchés » (1 Cor. 15, 14, 17). Si le Christ n’est pas ressuscité, il n’y a pas de salut, pas de transformation, pas de nouveauté. Et alors, à la question : « Quoi de neuf ? » la réponse est évidente « Rien ! ».

 

Or, en ressuscitant son Fils, le Père manifeste qu’il est bien avec lui, que la mort de Jésus sur la croix est une victoire et que, loin d’être un scandale incompréhensible, elle s’inscrit dans le dessein de Dieu. Par sa résurrection, le Christ livre aux hommes son Esprit, il met dans leur cœur sa propre vie et cette vie transforme leur existence.

 

Au cours de cette célébration, nous allons renouveler notre profession de foi baptismale. Vivons pleinement notre baptême. Accueillons le pardon de Dieu. Il nous tourne vers l’avenir et nous redit l’amitié de Dieu. Laissons-nous aimer par Dieu. Vivons dans la dynamique de son amour et nos relations changeront. Dieu établira nos cœurs dans la confiance. Il nous donnera la paix, la joie, la certitude d’être aimé et le pouvoir d’aimer. Si cet amour nous habite, nous en rayonnerons autour de nous. Notre société sera alors moins inhumaine, plus fraternelle, plus solidaire. Nous serons les artisans du Règne de Dieu qui vient.

 

Cette transformation sera un fruit de l’Esprit mais ne se fera pas en nous d’un coup de baguette magique. Elle appelle notre collaboration, notre coopération, notre engagement, et à certains jours notre combat spirituel. Oui, avec nous, le Seigneur peut faire du neuf en nous, dans la vie de notre Église, dans le monde. Nous sommes d’ailleurs invités par la conversion de nos vies à manifester cette nouveauté. Si rien n’apparaît comme neuf, nouveau, suggestif et parlant dans nos existences, c’est le témoignage donné au Christ et à l’Évangile qui en est affecté.

 

Ceux qui viennent témoigner de cette nouveauté parmi nous, ce sont les catéchumènes adultes qui se préparent au baptême. Ils nous disent la nouveauté qu’a apportée dans leur vie leur rencontre avec le Christ. Ils ne voient plus les choses comme avant. Leurs yeux se sont ouverts, leurs relations changent. Ils expérimentent, sans toujours le savoir, la nouveauté apportée par le Christ. Leur démarche nous questionne : qu’en est-il pour nous, chrétiens de plus vieille date ? Laissons-nous le Christ nous renouveler de l’intérieur, nous bousculer, nous réveiller de notre torpeur ou de notre tiédeur ? Ces baptisés de Pâques nous relancent. Écoutons leur appel.

 

Puissions-nous témoigner par notre vie, à la fois personnellement et ecclésialement, de l’action dans le monde de Celui qui nous dit : «Voici, que je fais toutes choses nouvelles » (Ap. 21, 5). Amen.

 

 

+ Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux 

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