Noël : une greffe du cœur !

Relevez la tête, le Christ, le Sauveur, vient faire du neuf dans notre monde. Laissez-vous habiter par sa lumière, par la joie et l’espérance.

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Homélie de la messe de la Nativité du Seigneur, prononcée par le cardinal Jean-Pierre, le 24 décembre 2016 en la cathédrale Saint-André de Bordeaux.

Chers amis,

L’annonce d’un salut est au cœur du message de Noël. Saint Paul nous dit que « la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes » et il évoque « la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, Jésus Christ ». Dans l’Évangile, les anges annoncent aux bergers : « Aujourd’hui…il vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur ».

 

Oui, en venant parmi les hommes, s’étant fait homme lui-même, Jésus est venu apporter à l’humanité le salut. Mais que faut-il entendre par salut ? Ce mot, de nos jours, est démonétisé. Pour beaucoup il n’évoque rien. Or, ce terme vient nous dire quelque chose de fondamental, de vital : la transformation du cœur de l’homme. Les prophètes avaient annoncé que Dieu allait accomplir cette transformation. Il allait faire une nouvelle alliance avec son peuple. Par la bouche du prophète Ézéchiel il nous dit : « Je vous donnerai un cœur nouveau et je mettrai en vous un esprit nouveau ; j’enlèverai de votre corps le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair…je mettrai en vous mon propre esprit…vous serez mon peuple et je serai votre Dieu » (Ez. 36, 26-27).

 

Un cœur de pierre, c’est un cœur sec, fermé, indifférent aux autres, égoïste, surtout préoccupé de lui-même, c’est un cœur envieux, jaloux, qui veut se venger, qui ne pardonne pas, c’est un cœur violent, qui a peur, qui dresse des murs et s’enferme dans des forteresses. Avouons que ce cœur nous est familier. Il peut être le nôtre à certains jours ou celui d’un certain nombre de nos contemporains. Beaucoup se heurtent dans notre société à des portes fermées, à des cœurs de pierre, à des esprits indifférents : des chômeurs, des personnes seules, des pauvres, des sans domicile fixe, des migrants, des réfugiés… Oui, pour que des portes s’entrouvrent, il faut que les cœurs s’ouvrent eux aussi. Nous avons besoin pour cela d’une aide de Dieu, du secours de l’Esprit Saint. C’est lui qui transforme nos cœurs de pierre en cœurs de chair, en cœurs capables d’aimer. Le cœur de chair, c’est le cœur accueillant, hospitalier, compatissant et miséricordieux, c’est le cœur bienveillant, fraternel et solidaire, profondément attaché à la réconciliation et à la paix entre les hommes. À Noël, Jésus vient apporter aux hommes cette transformation intérieure. Il greffe en nous un cœur nouveau. Il met l’amour dans nos cœurs.

 

À Noël, nous voyons réunis ceux dont Jésus a renouvelé le cœur, Marie, la Vierge immaculée, qui a accueilli Jésus dans son corps et dans son cœur, Joseph, l’homme juste qui veut faire la volonté de Dieu, les bergers, ces réprouvés, qui se sentent accueillis par Dieu et qui chantent sa gloire, les mages qui adorent l’enfant et repartent transformés. L’Évangile de Noël nous révèle ce que produit cette transformation : un amour renouvelé, une lumière, une joie, une confiance, une paix, une hospitalité où chacun peut être sûr de se sentir accueilli et aimé. Ce sont là les vrais cadeaux de Noël, ces cadeaux que Dieu veut nous donner et que nous pouvons, nous aussi, nous offrir les uns aux autres.

 

Nous sentons combien notre monde, notre société, ont besoin de salut : le terrorisme, la guerre dans certains pays (et je pense à la Syrie), le chômage qui touche tant de personnes dans notre société, aussi bien des jeunes que des seniors, la solitude de beaucoup de personnes âgées, les inégalités sociales et la grande précarité, la difficulté de l’opinion publique à accueillir des réfugiés sont le signe d’une société où l’on crée plus de murs que de ponts. Il ne faut pas alors s’étonner si le climat est souvent plutôt au désenchantement, à l’amertume, à la perte d’espérance et à la tentation du repli du chacun chez soi et du chacun pour soi. Le message de Noël vient faire entendre une autre musique, est porteur d’une autre promesse. Relevez la tête, le Christ, le Sauveur, vient faire du neuf dans notre monde. Laissez-vous habiter par sa lumière, par la joie et l’espérance.

 

Mais me direz-vous, si Jésus vient inaugurer parmi les hommes, le Royaume de Dieu, le Règne de l’amour, pourquoi celui-ci n’est-il pas plus visible ? Pourquoi la transformation que le Christ apporte n’est-elle pas plus manifeste, plus radicale, plus totale ? Nous aimerions bien que Dieu transforme le monde d’un coup de baguette magique. Mais ce n’est pas le choix de Dieu, la façon de procéder de Dieu. Regardez : à Noël, il ne vient pas à grand renfort de trompettes. Il n’a pas voulu utiliser la même puissance que celle de l’empereur de Rome qui a mis en marche tout son empire pour procéder à un recensement. Dieu vient sous l’apparence fragile d’un nouveau-né. C’est le signe qui est donné aux bergers : « Vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire ». Quoi de plus petit, de plus fragile, de plus dépendant qu’un bébé qui vient de naître ? C’est pourtant ainsi que Dieu vient et qu’il apporte le salut aux hommes.

 

Pour mieux vous faire comprendre comment Dieu s’y prend avec les hommes pour offrir son salut, je vais vous raconter un petit conte de Noël. Un jour, quelqu’un apprend que vient de s’ouvrir un grand magasin qui est tenu par les anges. On vient lui dire : tu pourras demander tout ce que tu désires. Cet homme s’interroge : qu’est-ce que je vais bien pouvoir acheter. Il est généreux, il pense aux autres et dit à l’ange qui l’accueille : je voudrais la paix dans le monde, la disparition de la faim, la fraternité entre tous et l’ange de lui répondre : ici, nous ne vendons pas de produits finis, nous ne vendons que des graines ! Les graines sont pleines de vie, d’une vie qui ne demande qu’à se développer, mais qui ne se développera que si elle trouve une bonne terre qui l’accueille, qui lui permet de pousser et de porter du fruit. Dieu, en transformant nos cœurs, vient y mettre la graine de l’amour, de la paix, de la fraternité et du pardon. Mais il compte sur nous, sur notre liberté, sur notre coopération, pour que nous soyons cette bonne terre qui pourra permettre à la graine de pleinement se développer et communiquer la vie dont elle est porteuse. La transformation du monde passe par la transformation des cœurs. Elle appelle notre collaboration à cette transformation.

 

Alors, n’hésitons pas, nous aussi, à aller à la crèche, à accueillir l’enfant qui vient pour nous. Ouvrons notre cœur pour qu’il le transforme et qu’il y mette cette semence de l’amour qui ne demande qu’à croître. Que le Seigneur nous donne des cœurs, ouverts, accueillants, hospitaliers et bienveillants. Nous serons alors pleinement habités par la vraie joie de Noël. Amen.

 

+ Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

 

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