Marie soutient notre espérance, à nous qui sommes encore en route.

Le 15 août, nous sommes invités à prier pour notre communauté nationale : nous avons une communauté de destin ; nous sommes embarqués dans une même aventure. Reconnaissons que nous avons besoin de plus de fraternité, de solidarité, de justice, d’écoute et de respect mutuel.

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Homélie prononcée pour la fête de l'Assomption de la Vierge Marie, par le cardinal Jean-Pierre Ricard, le 15 août 2017 à Bordeaux.

Chers frères et sœurs,

 

Dans cette fête de l’Assomption, l’Église nous invite à contempler la Vierge Marie, qui, au terme de son chemin sur la terre, est entrée au ciel dans la gloire de Dieu. Le Fils, premier ressuscité d’entre les morts, fait participer sa mère à sa puissance de résurrection. Oui, nous sommes invités à contempler Marie dans la gloire du ciel. Mais nous pouvons nous demander en quoi cette fête nous concerne, nous aujourd’hui, qui sommes encore en chemin.

 

Nous pouvons remarquer que toutes les prières de la liturgie viennent nous dire que cette fête de l’Assomption, qui est la fête de Marie, est aussi nôtre fête. Elle nous concerne. Comme le dit le texte de la Préface : « (Marie) guide et soutient l’espérance de ton peuple encore en chemin ». En effet, dans cette fête, Marie vient nous dire deux choses qui éclairent et soutiennent notre espérance.

 

La première, c’est que, nous aussi, nous sommes appelés à participer à cette puissance de résurrection du Christ et que nous serons tous réunis en Dieu avec la Vierge Marie dans la communion des saints. Vous le savez : ce qui fait la joie d’une mère de famille, c’est de voir un jour toute la famille rassemblée autour elle, dans la diversité des générations, dans la rencontre des petits et des grands. Souvent le temps des vacances permet un tel rassemblement. Même si parfois cela occasionne pour la mère de famille un surcroît de travail ou d’activité, c’est surtout pour elle une grande joie. Que serait la joie de Marie sans ses enfants réunis autour d’elle ? Marie est allée préparer la fête. Elle nous invite et nous attend. L’Assomption vient nous dire que nous sommes faits pour la vie, que la mort n’est pas le dernier mot de l’existence mais qu’elle est un passage vers la maison du Père où nous sommes attendus et où nous serons accueillis. Marie a terminé sa marche. Elle nous montre la direction et nous révèle le terme. Oui, elle soutient notre espérance, à nous qui sommes encore en route.

 

Mais Marie vient encore soutenir notre espérance d’une autre manière. Elle est souvent représentée, en écho au texte de la Genèse, comme celle qui lutte contre le dragon, qui écrase le serpent. Le serpent, c’est l’image du mal, l’image des forces du mal qui s’opposent au Règne de Dieu et qui contribuent au malheur de l’homme. L’Assomption de Marie met en lumière la coopération de la Vierge au combat et à la victoire du Christ sur le Malin et sur toutes les formes du mal. Cette fête nous dit que ce n’est pas le mal qui aura le dernier mot. Le dernier mot sera à Dieu et à son amour.

 

Nous avons besoin d’entendre cette parole de réconfort et d’espérance car, quand nous regardons autour de nous, il semble bien que ce soient ces forces du mal qui mènent le monde : désir d’un profit maximum, même s’il faut le payer par un coût humain onéreux, violence sous toutes ses formes, luttes d’intérêt, conflits économiques, politiques, ethniques, guerres renaissantes ou menaces de guerre, terrorisme à l’échelle mondiale qui vient encore de frapper (par cet attentat au Burkina Faso), volonté d’attiser des conflits religieux. Pourquoi, parfois, ces manifestations de haine entre les hommes ? A certains jours, nous pouvons avoir le sentiment que ce sont ces forces du mal qui semblent l’emporter.

 

Mais, ne rejetons pas trop facilement ces forces du mal en dehors de nous. Elles peuvent avoir en nous des complicités secrètes : individualisme, égoïsme, indifférence, jalousie, méchanceté, contentieux au cœur de nos familles, rancoeurs, rancunes, difficultés à nous réconcilier et à pardonner.

 

Nous pouvons aussi regarder notre pays, la France. Le 15 août, nous sommes invités à prier pour notre communauté nationale : nous avons une communauté de destin ; nous sommes embarqués dans une même aventure. Reconnaissons que nous avons besoin de plus de fraternité, de solidarité, de justice, d’écoute et de respect mutuel. Notre société aspire à plus qu’une bonne gestion. Elle a besoin de raisons de vivre, d’espérer et d’aimer. Les générations qui viennent risquent d’être en forte demande sur ce point. En effet, une société où manquent l’idéal et les raisons de vivre peut être la proie à toutes les dérives.

 

La Vierge Marie nous montre que le seul chemin qui conduit à la vie est celui que Dieu dans son Alliance a tracé pour son peuple, celui que Jésus propose à ses disciples, le chemin de l’amour et des Béatitudes. Marie a accueilli toute sa vie l’action de l’Esprit Saint. Elle s’est laissée guider par lui et habiter par lui. En cette fête de l’Assomption, elle nous invite à venir à sa suite et à nous rendre dociles à l’action du Saint l’Esprit. Il y a un an le Père Jacques Hamel était assassiné. On percevait alors à travers sa mort ce qu’avait été sa vie : tisser des liens de fraternité entre les êtres, bâtir des ponts, redonner foi, courage et espérance. Nous avons besoin de ces témoins, qui nous montrent où sont les véritables chemins de vie. C’est un appel qui aujourd’hui est adressé à tous.

 

Si nous prenons Marie, comme notre mère et notre compagne de route, elle nous aidera à toujours suivre le chemin de l’Évangile. En cette année du centenaire des apparitions de Marie à Fatima, nous pouvons nous confier à son Cœur Immaculé. Permettez-moi de conclure cette homélie par cette prière à la Vierge Marie, inspirée de la prière de consécration du pape François (13 octobre 2013) :

 

Bienheureuse Vierge Marie, nous nous consacrons à votre Cœur Immaculé.

Nous unissons notre voix à celle de toutes les générations qui vous proclament Bienheureuse.

Nous vous confions nos familles, nos paroisses, notre diocèse, notre pays.

Gardez notre vie entre vos bras.

Bénissez et renforcez tout désir de bien. Ravivez et nourrissez la Foi, Soutenez et éclairez l’Espérance. Suscitez et animez la Charité. Guidez-nous sur le chemin de la sainteté.

Enseignez-nous votre amour de prédilection pour les petits et les pauvres, pour les exclus et les souffrants, pour les pécheurs et ceux qui se sont égarés dans leur cœur.

Rassemblez-nous tous sous votre protection et remettez-nous tous à votre Fils bien-aimé, Jésus Christ, notre Seigneur. Amen

 

+ Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

Évêque de Bazas

 

Crédit photo : Assomption de la Vierge Marie - Cathédrale de Nantes

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