“ Marie nous invite à parcourir le chemin de la joie ”

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Homélie du cardinal Jean-Pierre Ricard, prononcée lors de la fête de l'Assomption au sanctuaire marial Notre-Dame de la Salette le vendredi 15 août 2014.

Chers frères et sœurs en Christ,

Chers amis,

Ce chant d’action de grâce de la Vierge Marie que nous venons d’entendre est un véritable appel à la joie. Aujourd’hui, dans cette fête de son Assomption, Marie nous invite à partager sa joie. Cette joie n’est pas un simple moment d’euphorie, de satisfaction  éprouvée lors d’un événement heureux. Elle est un don de Dieu. Elle est un fruit du Saint Esprit. Jésus avait promis à ses disciples cette joie : « Je vous dis tout cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie parfaite «  (Jn 15, 11). La joie que promet Jésus et qu’offre le Ressuscité à ses disciples est, dans le cœur, ce sentiment d’être rejoint par Dieu, d’être l’objet de son amitié, de sa tendresse. Elle est source de paix, de confiance et de vrai bonheur. Le pape François dans son exhortation La joie de l’Evangile écrit : « La joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. Avec Jésus Christ la joie naît et renaît toujours » (n° 1).  La première qui a bénéficié de cette joie, c’est la Vierge Marie. C’est dans sa propre chair, qu’en acceptant d’être la mère du Fils de Dieu, elle a accueilli le salut de Dieu et ce salut l’a remplie de joie. En la saluant, l’ange d’ailleurs ne lui dit-il pas : « Réjouis-toi, Marie » (Lc 1, 28). Oui, Marie nous invite à parcourir avec elle le chemin de la joie. Sur ce chemin, il y a des stations, des lieux sources où la joie nous est offerte. Je vais avec vous parcourir quelques-unes de ces stations, mais il y en aurait bien d’autres que celles que je vais développer.

“Laisse-toi aimer et tu goûteras la joie.”

C’est tout d’abord la prière qui est source de joie. Dans le Magnificat, nous voyons Marie en prière et Luc nous dit aussi que Marie « gardait tous ces événements dans son cœur » (Lc 2, 51), les méditait, les priait. Dans sa prière, Marie perçoit l’amour du Père, sa tendresse pour elle mais aussi pour tout son peuple, pour tous les hommes. La prière nous remet devant Dieu, ce Dieu qui nous aime chacun inconditionnellement. Au cœur de l’Evangile jaillit cette bonne nouvelle : tu es aimé. Qui que tu sois, quel que soit le jugement des autres sur toi, ou le jugement que tu peux porter sur toi-même à certains jours, dis-toi que tu es aimé, que tu es le fils, la fille bien-aimés du Père. Laisse-toi aimer. Accueille cet amour en toi. Il est une puissance de renouvellement et de vie nouvelle. Laisse-toi aimer et tu goûteras la joie.

À la prière, il faut joindre l’écoute de la Parole, une écoute attentive, aimante et obéissante. Marie écoute la parole de l’ange, l’envoyé de Dieu et se met en situation de servir le Seigneur : « Je suis la servante du Seigneur. Qu’il me soit fait selon ta Parole » (Lc 1, 38 ). Marie nous invite à écouter le Seigneur et nous dit comme aux serviteurs de la noce à Cana : « Faites tout ce qu’il vous dira » (Jn 2, 5).Être à l’écoute de la Parole, se laisser éclairer et mettre en route par elle, la laisser germer dans nos vies, non pas comme dans les terrains pierreux mais comme dans la bonne terre, est source de joie profonde. Prenons le temps de lire l’Ecriture et faisons naître en nous le goût de méditer la Parole.

“Frères et sœurs, ce matin Marie nous invite à accueillir cette joie qui vient de Dieu.”

S’il y a un autre lieu où la joie nous est offerte, c’est le lieu du pardon. Certes, Marie, conçue sans péché n’a pas eu besoin d’accueillir pour elle le pardon de Dieu. Mais participant à la mission de son Fils, elle est venue aussi pour les pécheurs. Elle les invite à se convertir, à se tourner vers son fils et à accueillir le pardon qui vient de Dieu. Tous les grands sanctuaires consacrés à la Vierge Marie sont des lieux d’accueil pour les pécheurs, sont des lieux sources où le pardon du Père est redonné, où le cœur peut être renouvelé et l’avenir ré-ouvert. Marie nous conduit toujours vers son Fils. N’hésitons pas à vivre ici à La Salette, dans la célébration du sacrement de pénitence et de réconciliation la joie du pardon. Le Père est là, comme celui de l’enfant prodigue, qui nous attend, parfois depuis longtemps, pour nous nous ouvrir les bras et nous offrir sa joie. Car c’est bien de joie, dont il s’agit. Le père de l’enfant prodigue ne parle-t-il pas de festoyer et de se réjouir parce que son fils qui était mort est vivant, parce qu’il était perdu et qu’il est retrouvé (cf. Lc 15, 32) ?

Mais, s’il y a un lieu de joie que Marie nous invite tout particulièrement à visiter dans cette fête de l’Assomption c’est l’espérance que nous donne notre foi en la résurrection. Le Christ ressuscité ne garde pas pour lui sa force de vie et de résurrection qu’il reçoit du Père. Il vient la communiquer à tous les hommes et en premier lieu à sa Mère. Elle est la première à entrer avec son Fils dans ce monde de la résurrection. Mais, elle ne sera pas la seule. Saint Paul nous dit que le Christ Ressuscité est « le premier-né d’une multitude de frères » (Rm 8, 29). J’aime beaucoup cette fresque byzantine que l’on peut admirer dans cette petite église de Saint Sauveur in Chora à Istambul. On y voit le Ressuscité, avec des vêtements d’une blancheur éblouissante qui vient dans les enfers, c’est-à-dire le séjour des morts, délivrer Adam et Eve, symbole de l’humanité, pour les faire entrer avec lui dans le Paradis. Cette fresque est traversée par un mouvement puissant : le Christ prend par la main Adam et Eve et les entraîne dans une joyeuse ascension. Marie, dans son Assomption, vient nous dire quel est le terme du chemin : une vie pleine avec Dieu. Du coup, la mort n’est pas le naufrage final, la fin d’une existence que beaucoup entrevoient. Elle est un passage, une pâque, une mutation, une nouvelle naissance. Les obsèques chrétiennes ne tournent pas les esprits uniquement vers le passé et l’évocation des souvenirs que l’on peut avoir du défunt. Elles sont une célébration tournées vers l’avenir. On confie à Dieu, celui à qui on dit un au revoir, dans l’espérance de la revoir un jour. Cette lumière jetée sur la mort par la Résurrection du Christ et l’Assomption de Marie est source de paix, de confiance et d’espérance. Elle fait naître la joie, la joie de Pâques qui est au cœur de la foi chrétienne. Jésus avait promis à ses disciples cette joie. Il nous la donne aujourd’hui : « Vous êtes maintenant dans l’affliction ; mais je vous reverrai à nouveau et cette joie nul ne vous la ravira » (Jn 16, 22).

Frères et sœurs, ce matin Marie nous invite à accueillir cette joie qui vient de Dieu. Mais si elle nous appelle à la faire nôtre, ce n’est pas pour la garder jalousement pour nous mais pour que nous la partagions, la rayonnions, en témoignions. Le pape François nous le rappelait. Il disait : « Tous ont le droit de recevoir l’Evangile sans exclure personnes, non pas comme quelqu’un qui impose un nouveau devoir, mais bien comme quelqu’un qui partage une joie, qui indique un bel horizon, qui offre un banquet désirable » (La Joie de l’Evangile, n° 14).

Frères et sœurs, que cette fête de l’Assomption de la Vierge Marie fasse de nous aujourd’hui des messagers de la joie.

† Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

Évêque de Bazas

 

 

 

 

 

 

 

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