Les saints nous appellent à la confiance

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Homélie du cardinal Jean-Pierre Ricard, prononcée pour la messe de la fête de tous les saints, le samedi 1er novembre 2014, en la cathédrale Saint-André à Bordeaux.

Chers frères et sœurs,

Y a-t-il un trait commun entre tous les saints, entre les apôtres, les martyrs, les grands saints que l’on fête dans le calendrier de l’Eglise et les saints qui ont vécu leur fidélité à l’Evangile dans une vie quotidienne la plus ordinaire et qui ne sont connus que de Dieu seul ? Bien sûr – me direz-vous – ils ont aimé le Seigneur de tout leur cœur, de toute leur âme et de tout leur esprit et leur prochain comme eux-mêmes. Cela est vrai. Mais il y a un trait plus précis que l’on retrouve chez tous les saints, de Saint Paul à Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, de sainte Faustine à Saint Jean-Paul II, c’est la confiance, l’importance donnée à la confiance, une confiance qui repose sur Dieu, une confiance ouverte sur l’avenir.

“Les saints viennent nous dire que la vraie confiance n’a pas son centre de gravité en nous mais en Dieu.”

Aujourd’hui, la confiance dans l’avenir est une denrée rare. Il y a 50 ans, l’air que l’on respirait était plutôt à l’optimisme. Les jeunes trouvaient sans problème du travail à la fin de leurs études. Les pays colonisés obtenaient leur indépendance  et entraient dans l’ère du développement. L’idéologie du progrès se portait bien. Demain serait mieux qu’aujourd’hui et à plus forte raison qu’hier.

De nos jours, l’avenir est plutôt inquiétant. La crise économique a tout l’air de s’installer durablement. L’équilibre écologique de la planète semble menacé. Le couple lui-même paraît fragilisé. En ville, un couple sur deux divorce. Des jeunes ont peur d’engager ensemble leur avenir. Oui, le futur paraît moins gros de promesses que de risques. Du coup, on essaie de se protéger. On n’a jamais autant invoqué qu’aujourd’hui le principe de précaution. Il faudrait d’ailleurs s’assurer contre tout. Les viticulteurs victimes de la grêle le savent bien. Des psychologues ont souligné l’aspect anxiogène de nos sociétés occidentales. Si nous constatons une forte addiction à la drogue et à l’alcool chez un certain nombre de jeunes, c’est parce qu’ils essaient de fuir une anxiété diffuse qui les habite.

Et c’est là que l’appel à la confiance que nous lancent les saints me paraît aujourd’hui particulièrement bienvenu. La confiance pour eux n’est pas l’optimisme. Elle n’est pas le fruit d’un tempérament heureux qui pense que tout finira toujours par s’arranger. Elle ne résulte pas d’un jugement qui apprécierait les chances davantage que les risques. Les saints viennent nous dire que la vraie confiance n’a pas son centre de gravité en nous mais en Dieu. Elle repose sur la certitude de l’amour de Dieu qui nous accompagne. Dieu est là. Il est ce roc sur lequel nous pouvons bâtir la maison de nos vies. Cela rejoint profondément ce que Saint Paul affirme aux chrétiens de Rome : « Oui, j’en ai l’assurance, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui s’est manifesté en Jésus Christ notre Seigneur » (Rm 8, 39). Comme il le dit à Timothée : « Je sais en qui j’ai mis ma foi » (2 Tim. 1, 12). Nous pouvons donc remettre nos vies entre les mains de Dieu dans cette conviction, comme dit l’apôtre que : « Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu » (8, 28). Je peux passer par des hauts et des bas, des moments de joie et des moments d’épreuves, si je garde la main que Dieu me tend, le Seigneur, comme un bon berger me conduira toujours vers la vie, la vraie vie. Les saints aussi au nom de Dieu nous tendent la main pour que nous puissions prendre avec eux le chemin de la confiance. Prenons la main qu’ils nous tendent. Péguy disait : « Celui qui ne donne pas la main, c’est celui-là qui n’est pas chrétien. Le pécheur tend la main au saint, donne la main au saint, puisque le saint donne la main au pécheur. Et tous ensemble, l’un par l’autre, l’un tirant l’autre, ils remontent vers Jésus, ils font une chaîne aux doigts indéliables ».

Cette confiance, à laquelle nous sommes invités, s’en remet à la miséricorde de Dieu. Jésus disait à Sainte Faustine : « Les grâces de ma miséricorde se puisent à l’aide d’un unique moyen – et c’est la confiance. Plus la confiance est grande, plus l’âme reçoit. Les âmes d’une confiance sans borne me sont une grande joie, car je verse en elles le trésor entier de mes grâces. Je me réjouis qu’elles demandent beaucoup, car mon désir est de donner beaucoup et abondamment. Par contre, je m’attriste si les âmes demandent peu, si elles resserrent leur cœur » (1578). Frères et sœurs, ne soyons pas des cœurs resserrés !

Cette confiance est profondément libératrice. Elle ne supprime pas les soucis mais chasse la peur ou l’anxiété. Elle fait prendre du recul mais elle ne démobilise pas. Elle est au contraire une force intérieure. Elle s’accompagne toujours d’une paix et d’une joie durables. Dans l’épreuve, elle aide à tenir. Elle offre assurance et persévérance. Elle est source de courage.

La confiance nous invite à apprivoiser la mort en nous abandonnant à Dieu, en remettant nos vies entre les mains du Père, comme Jésus l’a fait sur la croix : « Père, entre tes mains je remets mon esprit » (Lc 23, 46).

C’est la confiance qui habite notre prière pour les défunts. Nous les confions à Dieu et nous les remettons dans l’espérance et la paix du cœur entre les mains de son amour.

En cette fête de la Toussaint, à la suite de tous les saints, n’ayons pas peur de risquer la confiance. Elle ne nous décevra pas. Heureux les cœurs confiants, le Royaume de Dieu est en eux. Amen.

† Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux


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