Les évangélisateurs passés nous invitent à relever les défis qui sont les nôtres.

La sécularisation de notre société doit susciter en nous des énergies nouvelles pour nous risquer à une première annonce, pour ouvrir des chemins nouveaux à l’Évangile.

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Homélie de la messe du bicentenaire de la société de Marie, prononcée par le cardinal Ricard, le 1er octobre 2017, en la cathédrale Saint-André.

Chers Pères,

Chères Sœurs,

Chers frères et sœurs dans le Christ,

 

Au lendemain de la Révolution, tout est à reconstruire en France. Il en va de même, ici, à Bordeaux. Les défis sont redoutables, car il ne suffit pas de réaménager des lieux de culte, qui comme cette cathédrale Saint-André ont été saccagés, ni de réorganiser la vie ecclésiale. Il faut travailler à la conversion des esprits et des cœurs, se lancer dans une nouvelle annonce de l’Évangile et initier patiemment à l’expérience chrétienne. Le bienheureux Guillaume-Joseph CHAMINADE et la prochaine bienheureuse Adèle de BATZ de TRENQUELLÉON vont s’atteler à cette tâche, tout particulièrement auprès des jeunes. Ils vont être de courageux évangélisateurs et de merveilleux éducateurs. Ils nous invitent à relever les défis qui sont les nôtres.

 

Nous vivons aujourd’hui dans une société sécularisée et laïcisée. Beaucoup se sont éloignés de l’imprégnation chrétienne qui avait marqué notre environnement en France depuis des siècles. Nos institutions catholiques sont devenues elles-mêmes terre de mission. Regardez - par exemple - le nombre de lycéens ou de prépas que touchent nos aumôneries, même au sein des établissements catholiques. Il est souvent confidentiel. Cela ne doit pas pourtant nous démoraliser ni nous démobiliser. Au contraire, cela doit susciter en nous des énergies nouvelles pour nous risquer à une première annonce, pour ouvrir des chemins nouveaux à l’Évangile. La centaine de catéchumènes adultes qui ont demandé le baptême cette année dans le diocèse de Bordeaux, les 185 adultes qui se sont présentés pour la confirmation et les nombreux recommençants dans la foi nous montrent, qu’en dépit de l’indifférence religieuse que nous pouvons souvent constater autour de nous, des hommes, des femmes et des jeunes sont en recherche, en attente, se posent des questions et peuvent être disponibles pour une proposition ou une invitation.

 

Alors que nous est-il demandé ? A cette question, le pape François répond sans hésiter : être des disciples missionnaires. Il nous faut être à la fois disciples et apôtres.

 

Disciples tout d’abord, c’est-à-dire des hommes, des femmes, des enfants et des jeunes qui ont fait une véritable rencontre personnelle avec le Seigneur. Aujourd’hui, moins que jamais, on peut être chrétien simplement par tradition ou par habitude. On ne peut l’être que par conviction personnelle, que parce que l’on est entré dans une amitié avec le Christ, une amitié que l’on découvre au jour le jour et que l’on n’a jamais fini d’approfondir. Cette foi personnelle, il faut l’aider à grandir, la nourrir, par la prière, par la lecture et la méditation de l’Ecriture, par une vie eucharistique, par un vrai service des autres. Avouons que nous courons souvent dans notre vie de tous les jours ; nous sommes parfois à court de souffle. Nous vivons à la surface de nous-mêmes. Arrêtons-nous, faisons silence, remettons-nous devant le Seigneur. Reprenons souffle en sa présence. Oui, le Seigneur nous appelle à le suivre et à être avec lui.

 

Disciples, mais aussi apôtres. Le Christ nous invite à être ses témoins. Il nous envoie. Etre disciple et être témoin sont les deux faces d’une même expérience. Saint Marc d’ailleurs le souligne dans le récit de l’appel des Douze : « Il (Jésus) monte sur la montagne et il appelle ceux qu’il voulait. Ils vinrent à lui et il en établit douze pour être avec lui et pour les envoyer prêcher avec pouvoir de chasser les démons » (Mc 3, 13-15). Si Jésus nous dit : « Viens, suis-moi ! », il nous dit aussi : « Va, je t’envoie ». C’est parce que nous avons le cœur touché par le Christ que nous désirons le faire connaître et le faire aimer. La mission ne naît ni d’une consigne extérieure, ni d’une stratégie de reconquête mais du mouvement même de la foi et de l’amour du Seigneur. Dans son exhortation Evangelii gaudium le pape François le rappelle avec vigueur : « Tout chrétien est missionnaire dans la mesure où il a rencontré l’amour de Dieu en Jésus Christ ; nous ne disons plus que nous sommes « disciples » et « missionnaires » mais toujours que nous sommes des disciples missionnaires » (n° 120). Oui, le Seigneur compte sur nous. Il nous envoie pour que nous soyons les serviteurs et les témoins de sa Bonne Nouvelle. A chacun nous avons à proposer le cœur de l’Évangile et dire au nom du Seigneur : « Tu es aimé. Qui que tu sois, quelque soit le regard que les autres portent sur toi ou que tu peux porter sur toi-même à certains jours, dis-toi que tu es aimé, tu es le fils, la fille, bien-aimé(e) du Père. Laisse-toi aimer. Laisse cet amour demeurer en toi, t’habiter et tu feras l’expérience que ta vie va changer. L’Esprit va te transformer, va mettre en toi paix, joie, bienveillance, confiance, courage, amour des autres. Et si tu es aimé, à ton tour, tu es invité à aimer ». Nous devons être persuadés que l’accueil de l’Évangile est un plus pour l’homme, qu’il répond à une attente au plus profond de lui-même. Le pape François attire notre attention sur ce point. Il écrit : « On ne peut persévérer dans une évangélisation fervente, si on n’est pas convaincu, en vertu de sa propre expérience, qu’avoir connu Jésus n’est pas la même chose que de ne pas le connaître, que marcher avec lui n’est pas la même chose que marcher à tâtons, que pouvoir l’écouter ou ignorer sa Parole n’est pas la même chose, que pouvoir le contempler, l’adorer, se reposer en lui, ou ne pas pouvoir le faire n’est pas la même chose. Essayer de construire le monde avec son Évangile n’est pas la même chose que de le faire seulement par sa propre raison. Nous savons bien qu’avec lui la vie devient beaucoup plus pleine et qu’avec lui, il est plus facile de trouver un sens à tout. C’est pourquoi nous évangélisons » (Evangelii gaudium, n° 266). Je souhaite que vos établissements éducatifs et vos communautés soient des lieux courageux et joyeux d’une annonce de l’Évangile.

 

Cette annonce ne sera crédible, bien sûr, que si nous essayons de vivre nous-mêmes ce que nous annonçons. On ne peut témoigner de cet amour du Seigneur, que si on s’est laissé soi-même habiter et transformer par lui. Regardez les conseils que Saint Paul adresse aux Philippiens : « Ayez le même amour, les mêmes sentiments ; recherchez l’unité. Ne soyez jamais intrigants ni vaniteux, mais ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de ses propres intérêts ; pensez aussi aux autres. Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus » (2, 2-5). Paul nous rappelle que nous sommes invités à entrer dans la grande dynamique de vie du Christ qui donne sa vie, qui se donne lui-même au Père et aux hommes. Celui qui ne pense qu’à lui, qui veut gagner jalousement sa vie, la perdra. Celui qui se décentre de lui-même et se donne, celui-là la gagnera. Il sera habité par cette paix et cette joie que Dieu seul peut donner.

 

Celle qui a vécu pleinement ce don d’elle-même, celle qui s’est mise au service de ce que le Seigneur attendait d’elle, c’est la Vierge Marie, si chère au cœur de la famille marianiste. C’est elle que le Christ nous a donnée pour mère. Elle veille sur nous. Qu’elle nous aide à vivre pleinement aujourd’hui comme des amis du Christ et des serviteurs de l’Évangile. Amen.

 

+ Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

Évêque de Bazas

 

 

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